Parmi tous les enseignements que nous aura laissés le pape François, il y en a un que je trouve particulièrement percutant, c’est celui qui concerne ce qu’il appelait la mondanité, il a très souvent développé ce thème. J’avais prêché une récollection pour les prêtres du diocèse d’Annecy sur ce sujet, ce qui m’avait obligé à faire quelques recherches et j’avais découvert que le pape François s’était largement inspiré des réflexions qu’avaient pu faire, en son temps, le père de Lubac à la fin de son célèbre livre « Méditations sur l’Eglise ». Mais ce n’est pas non plus le père de Lubac qui avait inventé le mot, il l’avait emprunté à un bénédictin, Don Vonier. Pourquoi ai-je envie d’évoquer, en ce jour, cet enseignement du pape François ? Tout simplement parce qu’il me semble être un très bon commentaire qui pourra nous aider à comprendre ce que nous avons entendu dans la 1° lettre de Saint Jean.
En effet, ce que dit St Jean n’est pas facile à entendre, je rappelle quelques paroles : « N’aimez pas le monde, ni ce qui est dans le monde. Si quelqu’un aime le monde, l’amour du Père n’est pas en lui ! » C’est un peu étonnant parce que le même St Jean dit dans l’Evangile : « Dieu a tellement aimé le monde qu’il a donné son Fils unique, afin que quiconque croit en lui ne se perde pas, mais obtienne la vie éternelle. » Alors qu’est-ce qu’on fait ? On aime le monde à la manière de Dieu ou on ne l’aime pas, comme Jean le demandait dans la 1° lecture ? Pour comprendre et pouvoir lire ces deux versets comme en stéréo, il faut comprendre ce que signifie le mot monde et ce que signifie aimer le monde, sachant que cette expression va revêtir un sens différent quand c’est Dieu qui aime le monde et quand ce sont les hommes qui aiment le monde
Dans l’évangile de St Jean et dans ses lettres, le mot monde revêt une signification particulière. On le comprend bien dans cette expression que Jésus va utiliser dans cette grande prière qu’il adresse à son Père avant sa passion, la prière sacerdotale dans laquelle il dit à propos de ses apôtres : ils sont dans le monde mais ils ne sont pas du monde. Pour Saint Jean, le monde, c’est le monde sans Dieu, le monde dans ses aspirations qui le tirent vers le bas.
Et c’est là que la réflexion du pape François peut éclairer ces paroles pour que nous puissions les mettre en pratique. Il a donc souvent parlé de la mondanité et mis en garde tous les chrétiens et spécialement les ministres ordonnés de ne pas tomber dans ce piège de la mondanité. La mondanité, pour le pape François, ce n’est pas de boire le thé en levant le petit doigt ou roucouler dans les salons dorés. A la suite du père de Lubac, quand il parlait de mondanité, il parle d’autre chose, de plus sérieux et de plus grave : pour lui, la mondanité, c’est de se laisser gagner par l’esprit du monde. Et l’extrait de la 1° lettre de St Jean que nous avons entendu donne quelques pistes non exclusives pour définir cet esprit du monde : convoitise de la chair, convoitise des yeux, arrogance de la richesse. Voilà ce dont il faut se préserver. Et, vous aurez remarqué avec l’introduction de la lecture que cette mise en garde est valable pour tous, du plus jeune au plus vieux !
Je cite une intervention du pape François sur le sujet pour que ça soit bien concret : La mondanité anesthésie les âmes, fait perdre la conscience de la réalité. Avec un cœur mondain, on peut se rendre à l’église, on peut prier, mais on ne peut pas comprendre la nécessité et le besoin des autres… Un chrétien ne peut pas avoir le Ciel et la terre. Quand on veut suivre à la fois Jésus et le monde, la pauvreté et la richesse, il s’agit d’un christianisme à moitié. Trois choses nous éloignent de Jésus : la richesse, la vanité, l’orgueil. Les richesses sont dangereuses parce qu’elles conduisent à la vanité et au fait de se croire important. Alors cela te monte à la tête et tu t’égares. Il est triste de voir un chrétien, qu’il soit laïc consacré, prêtre, évêque, suivre Jésus et la mondanité. C’est un contre-témoignage et ça éloigne les personnes de Jésus. Je pense que c’est suffisamment clair !
Venons-en à l’Evangile qui est la suite de celui d’hier que je n’avais pas commenté et qui évoquait la présentation de Jésus au Temple. Aujourd’hui, les versets entendus, nous donnent en exemple Anne, cette femme prophète. L’Evangile nous dit qu’elle avait déjà 84 ans, ce qui pour l’époque était très âgé … rappelons-nous le psaume 90 qui dit qu’une belle durée de vie, c’est 70, 80 pour les plus vigoureux ! Anne avait encore dépassé les 80 ans qui étaient donc considérés comme un exploit.
Ce que je trouve très beau, c’est qu’à son âge, elle était encore animée par une belle espérance, celle de voir le Messie. Pourtant elle avait traversé des galères dans sa vie puisqu’on nous dit que 7 ans après son mariage, elle avait perdu son mari. Elle aurait donc pu en vouloir à la vie, au Bon Dieu, mais non, à 84 ans, elle restait animée de l’immense désir de voir l’accomplissement des promesses, elle voulait voir le Messie et c’est ce qui explique qu’elle ne s’éloignait pas du Temple, servant Dieu jour et nuit dans le jeûne et la prière. Quel modèle cette femme parce qu’on le sait, avec l’âge, bien des personnes ont tendance à se plaindre et on peut aussi les comprendre. Mais Anne, elle ne se plaignait pas de ce qui arrive souvent aux personnes âgées qui vivent des nuits plus courtes, plus hachées … plutôt que de s’en plaindre, Anne en profitait pour assurer le service de la prière aussi la nuit ! Elle ne s’éloignait pas du Temple, servant Dieu jour et nuit dans le jeûne et la prière. Et puisque l’appétit était moins bon, eh bien, elle en profitait carrément pour jeûner. Autrement dit, elle a su transformer toutes les difficultés de sa vie en opportunités ! « Transformer les difficultés en opportunités » c’est aussi une expression du pape François qu’il a utilisée à propos de St Joseph, mais elle convient aussi parfaitement à la situation de cette femme qui nous est donnée en exemple.
Le dernier point que je veux souligner, à propos de cette vieille femme d’exception, m’est inspiré par ces paroles qui sont dites d’elle quand elle a eu la certitude que le Seigneur avait exaucé son désir en lui permettant de voir le Messie. Le texte dit : elle parlait de l’enfant à tous ceux qui attendaient la délivrance de Jérusalem. Elle n’avait encore rien vu de ce que cet enfant-Messie allait faire quand il serait plus grand, mais elle parlait déjà de lui, de la réussite de sa mission. Quelle foi ! Et nous qui avons vu ce qu’il a fait, dans l’Evangile puis tout au long de l’histoire de l’Eglise et dans nos propres histoires, parlons-nous aussi de lui avec la même audace à tous ceux qui attendent leur délivrance ?
Par l’intercession de Notre Dame de Laghet, demandons la grâce de fuir toute mondanité, de transformer toutes nos difficultés en opportunité et d’avoir l’audace de parler de Jésus à tous ceux qui ont soif d’être libérés.
