7 novembre : vendredi 31° semaine ordinaire … une parabole assurément authentique puisqu’embarrassante !

J’ai lu, sous la plume d’un exégète que l’authenticité de certaines paroles de Jésus pouvait quasiment se prouver par ce qu’il appelait « l’argument d’embarras. » Ça signifie que lorsqu’une parole de l’Evangile est vraiment très embarrassante, c’est le signe qu’elle est vraiment authentique parce qu’on n’inventerait pas des paroles compliquées, on ne laisserait pas perdurer des formulations complexes si elles n’étaient pas sorties de la bouche de Jésus lui-même ! Je crois que c’est bien le cas pour cette parabole !

C’est vrai que cette histoire est compliquée parce que cet homme dont le maître fait l’éloge, il n’a pas grand-chose pour lui ! D’abord, il est nul dans l’accomplissement de son métier, il est gérant, chargé de faire prospérer la fortune de son maître et c’est tout l’inverse qui se produit. On ne sait pas si c’est le résultat d’actions malhonnêtes, le texte ne le dit pas, mais ce qui est sûr, c’est que le maître se retrouve avec une fortune largement diminuée. Ensuite, cet homme va lui jouer encore un mauvais tour quand il apprendra qu’il est renvoyé alors qu’au vue de la situation, cette décision semble légitime. Et avec tout ça, ce maître qui a été totalement floué, à la fin du texte, il fait l’éloge de celui qu’il n’aurait jamais dû embaucher, tant il lui a fait perdre de l’argent ! Alors que ce maître manque de lucidité passe encore, mais que Jésus, lui-même, se serve de cette histoire de « loser » (anglicisme péjoratif qui signifie perdant !) pour faire la leçon à ses disciples, c’est à y perdre notre latin ! Alors essayons quand même d’y voir un peu plus clair !

Ce qui est sûr, évidemment, c’est que Jésus ne fait ni l’apologie de la malhonnêteté, ni l’apologie de l’incompétence. Ce que Jésus va louer c’est son habileté. C’est bien ce qui est dit dans cette phrase qu’on peut considérer comme la pointe, la leçon de cette parabole : Le maître fit l’éloge de ce gérant malhonnête car il avait agi avec habileté. On peut déjà en tirer une première conclusion, c’est que, jamais une personne qu’on regarde comme nulle, n’est totalement nulle. Il y a toujours des ressources, parfois très enfouies, qu’il faut savoir détecter pour permettre à chacun de donner sa mesure. Un peu comme dans le film « les choristes » où, à l’audition, le petit Pepino tellement nul en chant, au lieu d’être écarté de la chorale, se trouve promu au rang de « pupitre » c’est lui qui tiendra les partitions pour le chef de chœur, ça aurait pu être un bon rôle pour loi ! Bon, mais ça, même si c’est une leçon bien sympa, c’est une leçon quand même un peu marginale de la parabole !

Pour comprendre la leçon principale, il faut savoir qu’à cette époque, les intendants, les gestionnaires de biens n’étaient pas forcément payés par le maître qu’ils servaient. C’était à eux de se faire leur salaire et ils avaient toute latitude pour inventer des systèmes qui leur permettraient de trouver une rémunération juste et même juteuse. C’est ainsi qu’ils pouvaient prêter de l’argent ou des biens qu’ils prenaient sur la fortune du maître et fixer eux-mêmes les taux d’intérêt pour le remboursement. Ce gérant s’il avait dilapidé les biens de son maître, c’est sans doute qu’il avait pris de trop grands risques en prêtant trop à des taux d’intérêt trop élevés à des personnes quasi-insolvables. 

Ce gérant de l’Evangile, c’est clair, il a joué avec le feu et n’est pas prêt de trouver quelqu’un qui l’engage à nouveau. En espérant beaucoup gagner, il a tout perdu. Et c’est en cela qu’il était malhonnête, ses activités n’étaient sans doute pas malhonnêtes, mais, vivre sur le dos des pauvres qui avaient besoin d’emprunter, en les asphyxiant par des taux d’intérêt dignes des usuriers les moins scrupuleux, ça c’est malhonnête ! Alors, le texte nous dit qu’il fait passer le reçu de cent barils d’huile à cinquante. A l’endroit de la parabole où se trouve cette précision, il est clair qu’en transformant le reçu, le gérant ne vole pas le maître, il renonce simplement à toucher sa part.

Il comprend enfin que c’était de la folie de fixer de tels taux d’intérêt. Du coup, en desserrant l’étau, il fait deux heureux : le maître qui pourra être remboursé parce que la somme devient raisonnable et celui qui doit rembourser puisqu’il voit sa créance diminuée de moitié. Mais, pour lui, une question se pose : que faire maintenant ? Pour des raisons peu glorieuses, il ne se voit pas effectuer un travail pénible et encore moins vivre comme un mendiant. Il comprend, en un éclair, que, finalement, la richesse la plus désirable, c’est la vie relationnelle. 

C’est déjà pour cette découverte que Jésus veut faire l’éloge de cet homme. Certes, cette découverte est un peu tardive, mais c’est souvent comme ça que ça se passe dans la vie : c’est quand on a des grosses tuiles qu’on découvre ce qui est le plus important, les valeurs les plus fondamentales.

Seulement voilà, dans sa situation, pour obtenir cette suprême richesse, il n’y avait pas 36 solutions, il n’y en avait qu’une : il fallait qu’il accepte de renoncer à sa propre richesse. C’est pour cela qu’il fait venir tous ceux à qui il avait prêté quelque chose et qu’il leur fait un nouveau reçu en diminuant considérablement ce qu’ils auront à rembourser, renonçant ainsi à sa marge. Et c’est vraiment pour cette décision traduite immédiatement en actes que Jésus va faire son éloge. Voilà un homme qui a enfin compris qu’il fallait concentrer toute l’énergie de sa vie à investir sur ce qui ne passe pas et à délaisser une bonne fois pour toutes ce qui ne pourra que mourir. Il renonce à l’argent pour vivre des relations de qualité. Derrière cette attitude, on peut retrouver l’histoire de tant de vocations d’hommes et de femmes qui, eux aussi, ont fait cette découverte qui a réorienté totalement leur vie. Ils ont décidé de quitter ce qui ne peut que passer pour s’attacher à ce qui ne passera pas. Jésus dit que c’est une démarche très habile parce que, finalement, c’est l’investissement qui a le taux de rentabilité le plus élevé puisqu’il permet de vivre déjà sur terre ce qui se passera dans le Royaume.

C’était sans doute cela « l’Evangile » que Paul a prêché aux Romains comme il nous était dit dans cet avant-dernier passage de la lettre aux Romains. En prêchant de manière si magistrale l’Evangile de la grâce dans cette épitre aux Romains, Paul a montré que le Salut, c’est le Christ qui nous l’a obtenu par le don total de sa vie. Il nous invite donc à accepter de renoncer à tout ce que nous cherchons à accumuler en croyant que c’est ce qui nous facilitera l’entrée au Royaume. Par l’intercession de Notre Dame de Laghet, demandons la grâce de propager, nous aussi cet Evangile.

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