Aujourd’hui, je ne commenterai pas la lecture d’Ezéchiel, pourtant très intéressante, mais l’Evangile va suffisamment nous occuper. Est-ce que vous vous êtes déjà demandé pourquoi Pierre avait interrogé Jésus sur le nombre de pardons à donner ? Il y a deux réponses possibles !
- 1° réponse, Pierre voulait vérifier s’il était suffisamment miséricordieux. Peut-être connaissait-il l’enseignement des rabbins qui disaient qu’il fallait pardonner 3 fois. Mais, sachant que Jésus était très miséricordieux, il imagine bien que 3, ce n’est pas suffisant pour Jésus, alors, il teste 7 fois, plus du double de ce qui était recommandé, pas mal … oui pas mal, mais est-ce que ça convient à Jésus ?
- 2° réponse à la question pourquoi Pierre a-t-il interrogé Jésus sur le nombre de fois qu’il fallait pardonner. Pierre a posé cette question parce qu’il voulait vérifier s’il n’en faisait pas trop ! Puisque les rabbins disaient 3, est-ce que 7, ça n’est pas trop ? Parce que vous savez ce qu’on dit : bon et bête ça commence par la même lettre et Pierre veut bien être bon mais pas être bête !
Et vous savez ces deux hypothèses correspondent à deux types de psychologie : il y a ceux qui ont toujours peur de ne pas en avoir fait assez et ceux qui ont toujours peur d’en faire trop ! Alors, voyons voir ce que Jésus va répondre.
La réponse de Jésus est claire, ce n’est ni 3, ni 7, c’est 70 fois 7 fois. Essayons de comprendre !
D’abord une petite précision qui s’impose : avec ces 70 fois 7 fois, Jésus n’indique pas le nombre de pardons à donner dans toute une vie, mais le nombre de pardons à donner chaque jour ! Oui, vous avez bien entendu, il nous faut pardonner 70 fois 7 fois par jour !
Maintenant demandons-nous où Jésus a trouvé cette idée de répondre 70 fois 7 fois ? Est-ce uniquement pour simplifier l’opération de calcul mental que Jésus répond 70 fois 7 fois ? Il aurait pu dire aussi 31 fois 16 ! A un chouïa prêt, ça donne le même résultat ! Mais Jésus n’a pas dit 31 fois 16, il a dit 70 fois 7 fois !
Pour comprendre, il faut savoir que les juifs aiment jouer avec les chiffres. Alors, pour décrypter la portée de certains passages de la Bible, il est important de connaître la symbolique des chiffres avec laquelle Jésus, en bon juif, aimera jouer.
7 c’est un chiffre qui indique une plénitude. Je donne quelques exemples : une semaine pleine, c’est 7 jours ; la création a été achevée le 7° jour. Il y a une grande année sabbatique tous les 50 ans c’est-à-dire l’année qui vient après 7 fois 7 années. Au jours de leur mariage, les juifs reçoivent 7 bénédictions pour manifester que Dieu les comble de toutes les bénédictions.
Donc 70 fois 7 fois, ou 7 fois 70 fois, c’est la totalité multipliée par la totalité, multipliée encore par 10, ou si vous préférez la totalité au carré multiplié par 10, c’est donc équivalent à l’infini. Rassurez-vous, j’ai fini mon cours de maths ! Mais vous avez compris que lorsque Pierre demande à Jésus combien de fois il doit pardonner, en répondant 70 fois 7 fois, finalement, Jésus refuse de répondre. Parce que c’est bien connu : quand on aime, on ne compte pas. Ce que St Bernard a si bin exprimé dans cette formule ramassée : la seule mesure pour aimer, c’est d’aimer sans mesure !
En disant cela, Jésus se réfère à ce qu’il connait, l’amour du Père du ciel ; il sait que le Père du ciel nous aime sans mesurer son amour. Si vous préférez, à notre Baptême, Dieu ne nous a pas dit : je te donne un permis à point, tu auras x points et, à chaque fois que tu iras te confesser, j’enlèverai un point et quand tu n’auras plus de points, je ne pourrai plus rien pour toi ! Pour Dieu, c’est trop clair, la seule mesure pour nous aimer, c’est de nous aimer sans mesure ! Voilà ce que Jésus dit à Pierre : tu veux te comporter en enfant de Dieu ? Eh bien agis comme Dieu, il aime sans mesure et donc pardonne sans compter, agis de même. Voilà ce que signifie la formule 70 fois 7 fois.
Et pour que tout soit clair, Jésus va illustrer son propos par une parabole qui explique clairement que si on se met à compter, Dieu comptera aussi et qu’à ce petit jeu, on sera forcément perdant !
Très bien, me direz-vous, on a compris, mais comment on fait pour pardonner sans limite à ceux avec qui on vit et surtout à ceux qui nous ont fait des coups très tordus ? Dieu, il ne compte pas, mais il est Dieu, moi, je ne suis pas Dieu ! C’est vrai et c’est bien de le reconnaître !
D’abord, il convient de s’entendre sur ce que pardonner veut dire. Pardonner, ce n’est pas dire à l’autre qui m’a offensé : pas de problème, on efface tout et on repart comme avant ! Il y a des choses qui ne s’effacent pas et qui ne s’effaceront jamais ! Pardonner, finalement, c’est dire à l’autre, d’une manière ou d’une autre : ce que tu m’as fait m’a profondément blessé, m’a profondément fait souffrir, mais je crois que tu vaux plus que ce que tu as fait, je ne veux pas te réduire au mal que tu m’as fait, je veux croire qu’en toi. Quand une telle pensée habite notre cœur, le pardon est en germe, un avenir s’ouvre. Mais, parfois, il faudra rajouter : maintenant, je vais m’éloigner de toi pour me protéger, mais je décide de croire que tu vaux plus que ce que tu as fait.
Vous allez me dire que, dans certaines situations, ça, c’est déjà largement au-dessus de nos forces, c’est vrai ! Pour avoir accompagné un certain nombre de victimes de violences sexuelles perpétrées dans l’Eglise, j’ai mesuré que cette attitude n’était pas accessible à tous, en tout cas pas immédiatement. Oui, en cas de mal profond, il faudra être bien accompagné et se donner du temps, parfois beaucoup de temps pour y parvenir. Et quand le pardon n’est pas encore envisageable, il faut, au moins travailler à éliminer la haine et la rancune qui pourrissent la vie de celui ou celle qui est victime. Un psy disait fort justement : la rancune menotte à son agresseur
C’est sans doute ce que voulait dire un psychiatre dont j’avais écouté la conférence. Il parle de pardon, mais je le redis parfois, il faut juste lutter contre la rancune. Je le cite : Le pardon, c’est le choix que fait une personne blessée ou agressée de renoncer au ressentiment et à la vengeance envers son ou ses agresseurs. Il ne s’agit ni d’effacer, ni d’oublier, ni de banaliser ce qui s’est passé. Pardonner, c’est au contraire, décider de s’en libérer pour ne plus en souffrir. Un proverbe dit : Pardonne aux autres, non parce qu’ils méritent le pardon, mais parce que, toi, tu mérites la paix ! Pardonne aux autres, non parce qu’ils méritent forcément ton pardon, mais parce que, toi, tu mérites la paix !
Parfois, toutes ces histoires, toutes ces blessures sont comme un vrai paquet de nœuds, eh bien confions tout cela à Marie qui défait les nœuds et demandons-lui de mettre sur notre route les bonnes personnes qui pourront nous accompagner.

Le péché nous émette, la grâce nous édifie.