Dans la 1° lecture, nous poursuivons notre lecture de la lettre aux Romains et, dans le passage, que nous avons entendue, Paul ouvre son cœur et nous fait partager la plus grande de ses souffrances. Dieu sait s’il a souffert après sa conversion, dans la 2° épitre aux Corinthiens, il y a quelques versets dans lesquels il nous partage une partie des épreuves qu’il a endurées et il est bon de les réentendre de temps en temps pour relativiser nos épreuves ! Cinq fois, j’ai reçu des Juifs les trente-neuf coups de fouet ; trois fois, j’ai subi la bastonnade ; une fois, j’ai été lapidé ; trois fois, j’ai fait naufrage et je suis resté vingt-quatre heures, perdu en pleine mer. Souvent à pied sur les routes, avec les dangers des fleuves, les dangers des bandits, les dangers venant de mes frères de race, les dangers venant des païens, les dangers de la ville, les dangers du désert, les dangers de la mer, les dangers des faux frères. J’ai connu la fatigue et la peine, souvent le manque de sommeil, la faim et la soif, souvent le manque de nourriture, le froid et le manque de vêtements, et j’aime particulièrement comme il termine cette énumération : sans compter tout le reste ! 2 Co 11,24-28 Que de souffrances endurées !
Mais toutes ces souffrances ne sont rien en comparaison de celle qu’il nous partage aujourd’hui et qu’il introduit par ces mots : j’ai dans le cœur une grande tristesse, une douleur incessante. Toutes les autres épreuves qu’il a citées ont occasionné des souffrances passagères, liées aux mauvais moments qu’il traversait, mais il y a une douleur qui est incessante, une grande tristesse qui envahit son cœur de manière permanente : c’est le fait que ses frères juifs n’accueillent pas la foi en Christ. Et il a cette parole très forte quand il dit qu’il accepterait, lui, d’être séparé du Christ pour que ses frères de sang et de foi puissent rencontrer le Christ, se laisser transformer par la foi en Christ.
D’une certaine manière, Paul les comprend, il comprend que ça ne soit pas évident pour eux. Lui-même a persécuté les chrétiens, il a mis toute son énergie pour faire disparaitre les chrétiens qu’il jugeait comme appartenant à une secte dangereuse qui mettait en péril la foi juive révélée par le Seigneur à ce peuple qu’il avait choisi entre tous. Il lui a fallu cette rencontre avec le Christ sur le chemin de Damas pour comprendre que Jésus était bien le Messie promis et qu’il venait accomplir l’espérance d’Israël. L’ayant compris, il a voulu passer sa vie à essayer de convaincre les juifs et il a mis le meilleur de lui-même dans sa prédication cherchant à montrer comment le Christ accomplissait les Ecritures. Quoiqu’envoyé vers les païens, il aura passé beaucoup de temps dans les synagogues car il ne pouvait se résigner à voir ses frères refuser le Christ. Ce refus aura été la cause de cette grande tristesse et cette douleur incessante qui habitaient son cœur. Certes il a connu bien des succès mais ils n’ont jamais apaisé cette douleur-là. C’est la passion du pasteur qui aime avec passion son peuple et qui souffre de voir qu’il ne parvient pas à partager cette passion.
En méditant sur ces versets, je me disais que ça serait bien que nous soyons envahis, nous aussi, par une grande tristesse, une douleur incessante, devant le constat que tant de nos contemporains tournent le dos à la foi. Certains ont été baptisés mais n’ont jamais permis à leur baptême de porter des fruits et tant d’autres n’ont même pas été baptisés. Au cours de la retraite que j’ai vécue à Ars, la semaine dernière, dans l’après-midi, nous pouvions participer à des temps de prière animés par différentes familles spirituelles. Je suis allé à l’une des prières animées par le Prado, fondé par le bienheureux père Chevrier, un prêtre lyonnais, né en 1826. Ce qui fut à l’origine de ce qu’on pourrait appeler sa conversion spirituelle, c’est justement cette prise de conscience que tant de ses contemporains étaient loin de la foi, loin du Christ. Il en prend conscience en méditant devant la crèche, à Noël 1856, voilà ce qu’il dit, en utilisant les mots de l’époque : « Je me disais : le Fils de Dieu est descendu sur la terre pour sauver tous les hommes, et convertir les pécheurs et cependant, que voyons-nous ? Les hommes continuent à se damner. Alors je me suis décidé à suivre Notre-Seigneur de plus près, pour me rendre capable de travailler efficacement au salut des âmes ».
J’admire la patience infinie de Jésus vis-à-vis de ses détracteurs pharisiens qui sont toujours en train de chercher comment ils pourraient le coincer, nous le voyons encore dans l’Evangile d’aujourd’hui. Lui, il est venu pour guérir, sauver et eux, il n’y a que le respect tatillon de la loi qui les intéresse, qu’est-ce que ça a dû être dur pour lui de ne pas les rejeter car il était aussi venu pour eux, pour les sauver.
Mais faisons bien attention, parce que nous pourrions parfois reproduire cela. En effet, à chaque fois que nous nous engageons dans des débats sur le respect pointilleux, par exemple, des rubriques liturgiques ou sur la langue de la liturgie qui doit être privilégiée, dans ces cas et bien d’autres, nous ne permettons pas à Jésus de déployer sa mission de Salut. Les gens se meurent spirituellement et nous, nous glosons à l’infini sur des détails, quel drame !
Alors, vraiment, par l’intercession de Notre Dame de Laghet, de St Paul, du Père Chevrier et de tous les grands disciples-missionnaires demandons cette grâce de ne pas perdre notre temps en débats stériles, de ne pas rester insensibles devant le fait que tant de nos frères restent loin du Christ. Demandons, pour nous aussi, la grâce de suivre Jésus de plus près pour devenir des témoins toujours plus crédibles conduisant au Christ tous ceux qui en ont tant besoin.
