16 mai : jeudi 7° semaine de Pâques : Paul, rusé comme un serpent, pur comme une colombe !

La fin de cette grande saga racontée par le livre des Actes est proche puisque Paul a été arrêté. Il sentait bien que ça allait devenir inévitable puisqu’hier dans son émouvant adieu aux anciens d’Ephèse, il leur avait dit qu’ils ne reverraient plus son visage. Eh bien, voilà, c’est donc fait, il est arrêté, 1° acte d’une série d’événements qui le conduiront à Rome pour y être jugé par l’empereur.

Pour comprendre ce qui se joue dans cette lecture que nous avons entendue, il est nécessaire de savoir qu’il y avait plusieurs courants dans le judaïsme. Le texte parle particulièrement des pharisiens et des saduccéens. Je dis quelques mots sur chacun. 

  • Ça va peut-être vous étonner, mais les pharisiens étaient plutôt des gens bien ! Vous allez me dire que c’est étonnant parce qu’on entend souvent Jésus ferrailler avec eux. Oui, c’est vrai qu’il ferraillait souvent avec eux, mais c’est justement parce qu’il trouvait que c’étaient des gens bien, qu’il les reprenait si souvent. Ce courant pharisien était né un peu à la manière du Renouveau Charismatique. Il y a eu un moment dans l’histoire du judaïsme où ceux qui avaient reçu la charge d’accompagner la vie spirituelle du peuple de Dieu avaient complètement déraillé. Ça ne pouvait plus durer, c’est alors que le St Esprit a mis dans le cœur d’un groupe de laïcs de prendre la tête d’un mouvement de renouveau qui contesterait la manière dévoyée dont se vivaient la foi. Et, ces laïcs sont revenus à la pureté de la loi, redécouvrant sa radicalité. Le problème, c’est que, ce qui était bien parti, au long du temps, va se trouver gâté par le légalisme et c’est contre cette déviance que Jésus va lutter, pas contre les pharisiens en tant que tels. D’ailleurs, on l’a entendu, Paul était plutôt fier de pouvoir se présenter comme étant un pharisien, fils de pharisien.
  • Les saduccéens, je vais être plus rapide pour les présenter, nous pouvons retenir qu’ils représentaient tout ce que les pharisiens avaient en horreur. C’étaient des prêtres, ils faisaient donc partie de ceux qui s’étaient arrangés avec la religion et continuaient de s’arranger avec elle recherchant d’abord leurs intérêts. Tous les prêtres n’étaient pas saduccéens, ce courant recrutait uniquement dans l’aristocratie sacerdotale, donc ceux qui étaient issus des meilleures familles qui avaient réussi en défendant parfaitement leurs intérêts.

Avec ce que je viens de dire, vous comprenez déjà que les pharisiens et les saduccéens ne risquaient pas de passer leurs vacances ensemble ! Mais en plus de cet antagonisme séculaire, il y avait aussi des différences doctrinales comme la foi en l’au-delà. Que se passait-il après la mort ? Les saduccéens refusaient de croire en la résurrection alors que les pharisiens y croyaient fermement.

Vous avez bien compris que si j’ai pris le temps de vous expliquer tout cela, c’est parce que Paul va se servir de ces divisions entre pharisiens et saduccéens pour essayer de se sortir de la mauvaise passe dans laquelle il se trouve. 

Il est arrêté, l’officier romain qui doit l’entendre ne comprend rien à ces histoires de religion, il convoque les membres du grand conseil juif pour se faire expliquer où est le problème. Si les membres de ce conseil avaient été unis, Paul aurait été condamné immédiatement. C’est ce qui s’était passé pour le procès de Jésus, d’ailleurs c’était peut-être le seul moment où ils avaient été capables de se mettre d’accord, unis pour tuer le Fils de Dieu, quel drame ! Mais, là, comme ils ne sont pas unis, Paul va subtilement jouer sur cette division pour que les membres du conseil se querellent entre eux et s’intéressent un peu moins à lui. C’est pour cela qu’il lance le sujet de la résurrection des morts, il était sûr de son coup, ils allaient se chamailler entre eux et lui, il aurait un peu de répit !

Je vous avoue que j’aime beaucoup ce côté rusé de Paul. L’Esprit-Saint ne nous rend pas naïfs, au contraire ! Jésus avait dit à ses disciples : « Soyez rusés comme des serpents et purs comme des colombes. » Mt 10,16 On se demande souvent comment il est possible d’allier ces deux qualités qui nous semblent si opposées, eh bien, dans ce texte, Paul nous montre que c’est possible et que c’est l’action du Saint-Esprit en nous qui nous permettra, nous aussi, de devenir rusés comme des serpents et purs comme des colombes.

Quelques mots sur l’Evangile, je vais juste m’intéresser à ce que Jésus demande avec insistance au Père pour ses disciples : « Que tous soient un, comme toi, Père, tu es en moi, et moi en toi. Nous sommes encore loin de l’unité et je ne parle pas d’abord de l’unité entre chrétiens, mais de l’unité dans nos communautés, dans nos familles. Nous pourrions même parfois penser que l’unité, c’est mission impossible ! Du coup, nous avons envie de dire à Jésus : Seigneur, on va déjà essayer de se supporter, et ça sera pas mal ! Seulement, si nous lui disons cela, Jésus nous répondra : ça ne me suffit pas ! Parce que lorsque je prie pour que vous soyez unis, ma demande n’est pas que vous vous supportiez mais que vous deveniez supporter les uns des autres, ça s’écrit pareil, mais ça ne se prononce pas de la même manière et ça change tout ! 

Si Jésus nous le demande, c’est que ça doit être possible ! Et, oui, ça sera possible, mais pas par nos propres forces. C’est d’ailleurs ce que suggère la manière dont Jésus a formulé cette demande. Quand Jésus dit : « Que tous soient un, comme toi, Père, tu es en moi, et moi en toi. » Il est intéressant de s’arrêter sur le petit mot « comme ». En grec, il y a deux mots pour dire « comme », « os » et « kathos ». Il y a deux mots parce qu’en français, ce mot a deux sens différents. Soit il désigne l’imitation : j’aimerais grimper en montagne, comme le meilleur des alpinistes, eh bien, il me faudra faire beaucoup d’efforts pour y parvenir et je ne suis pas sûr d’y arriver ! Mais ce mot « comme » il peut aussi désigner un rapport de causalité : j’ai les yeux bleus comme ma mère, et c’est vrai, ma mère m’a donné ses yeux bleus, je n’ai eu aucun effort à faire, elle me les a donnés ! 

Vous avez déjà compris que lorsque Jésus prie en disant : Que tous soient un, comme toi, Père, tu es en moi, et moi en toi, Jésus n’utilise pas le comme d’imitation, mais le comme de causalité. C’est donc comme s’il disait : qu’ils accueillent l’Esprit-Saint qui nous unit et c’est lui qui les conduira à l’unité. Et il y a un grand enjeu à vivre dans l’unité, à devenir supporter les uns des autres, c’est que le monde puisse croire. 

En ces jours qui nous séparent de la fête de Pentecôte demandons, par l’intercession de Notre Dame de Laghet de compter sur l’Esprit-Saint pour grandir dans l’unité, pour devenir, à l’image de Paul, rusés comme des serpents et purs comme des colombes.

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