L’enseignement de Jésus dans l’Evangile d’aujourd’hui, nous le connaissons bien puisque, chaque année, pour notre entrée en carême, c’est le texte que nous lisons. Bien sûr, nous le lisons dans la perspective du carême en accueillant ce qu’il est désormais convenu d’appeler les 3 P, prière, partage, pénitence comme un appel à la conversion. Aujourd’hui, nous pouvons entendre ce texte avec un autre arrière-fond qui lui donnera une autre coloration. Depuis notre retour dans le temps ordinaire, il y a 8 jours, nous sommes plongés dans la lecture du sermon sur la montagne, les chapitres 5 à 7 de l’Evangile de Matthieu. Ce sermon sur la montagne, il commence par la proclamation des Béatitudes, ce grand appel au bonheur que Jésus nous adresse. A la suite de cette proclamation, il y a toutes les consignes que Jésus donne dans le chapitre 5 et que nous avons lues ces derniers jours.
Dans ces consignes, comme je l’ai répété plusieurs fois, Jésus montre que l’accomplissement parfait de la loi, c’est l’amour et non le légalisme pointilleux. Ces consignes étaient, pour Jésus, une manière de préciser les béatitudes en affirmant qu’il ne pouvait pas y avoir de bonheur possible sans amour et un amour qui ne soit pas fait que de bons sentiments, mais qui s’incarne dans des attitudes extrêmement précises et exigeantes que nous n’arriverons pas à mettre en œuvre si nous ne nous laissons pas, chaque jour un peu plus, parfaire par le Saint-Esprit. Le texte d’aujourd’hui peut être lu comme un prolongement de ce que je viens de dire. En insistant sur ces 3 P, prière, partage, pénitence, Jésus nous dit que ces 3 attitudes fondamentales sont essentielles pour entrer dans le bonheur qu’il nous souhaite.
Alors, quand je dis ça, certains pourraient être étonnés en se disant que ces 3 P évoquent plutôt des efforts difficiles ce qui ne semble pas immédiatement aller avec le bonheur. En fait, nous le savons tous, par expérience, il n’y a pas de vrai bonheur sans vrais renoncements. La facilité conduit rarement au bonheur et ce n’est pas pour rien que notre société qui érige souvent la facilité en règle de vie soit qualifiée de « société dépressive ». Les gens ont de plus en plus de moyens de vivre, mais comme ils ont de moins en moins de raisons de vivre, ils sont inexplicablement tristes ! Ces 3 P, prière, partage, pénitence vont justement nous donner des raisons de vivre en nous obligeant à nous décentrer. Car, finalement, ce qui fait souvent notre malheur, c’est le fait d’être trop autocentrés, autoréférencés, comme aimait le dire le pape François.
Si, dès le matin, quand je me lève, je n’ai qu’une préoccupation, moi, il y a bien des chances que la journée ne soit pas extraordinaire car j’aurai mal ici et encore là, il me manquera ceci ou cela, mes projets risquent d’être contrariés plus d’une fois dans la journée … Ceux qui ne pensent qu’à eux ne peuvent pas être heureux, ce n’est pas possible. Ces 3 P nous invitent donc à sortir de cette préoccupation exagérée, voire exclusive de nous-mêmes : la prière nous tourne vers le Seigneur, le partage nous tourne vers les autres et la pénitence nous apprend à vivre dans la sobriété. En lisant ce texte de cette manière, avec ces 3 P, nous avons de très bons repères pour diagnostiquer les raisons de notre tristesse quand elle n’a pas de raisons objectives. Est-ce ma prière qui est devenue trop pauvre, est-ce le partage que je ne vis pas assez, suis-je tombé dans le relâchement … et peut-être que ce sont les 3 à la fois ! Pour retrouver le chemin du bonheur, avec ces 3 P, je connaitrai assez vite le ou les remèdes dont j’ai besoin. Sachant que pour sortir de mes habitudes de vie trop autoréférencée, j’aurais besoin de la grâce du Seigneur.
Quelques mots sur la 1° lecture qui n’est pas sans lien avec ce que je viens de dire. Hier, déjà, et aujourd’hui, encore, Paul exhorte les Corinthiens à la générosité en faveur de l’Eglise de Jérusalem pour laquelle il organise une collecte. Pour lui, c’est absolument clair : puisque l’Eglise de Jérusalem est l’Eglise-mère, elle doit être soutenue et elle en a particulièrement besoin car les chrétiens y étaient moins aisés qu’en bien d’autres lieux. Aujourd’hui, c’est Rome qui est l’Eglise-mère de toutes les Eglises et c’est elle que nous soutenons, chaque année, par la collecte du Denier de St Pierre qui a lieu habituellement le dimanche le plus près de la fête de St Pierre et Saint Paul … et cette année, ça tombera un dimanche.
Cette action de Paul en faveur de l’Eglise de Jérusalem est très belle car, à Jérusalem, Paul avait un certain nombre d’adversaires qui pensaient que sa grande ouverture aux païens se faisait trop au détriment de ceux qui étaient issus du judaïsme et qui voulaient encore en respecter les coutumes essentielles. Mais pour Paul, dans le soutien financier à l’Eglise de Jérusalem, il ne s’agissait pas de développer un esprit de copinage et de récompenser ceux qui l’auraient soutenu. Pour lui, c’est une question de foi et ce, à un double titre. D’abord, la foi est venue de Jérusalem, de ce que Jésus a vécu avec ses disciples, il faut donc manifester notre gratitude par le partage et ensuite, si des chrétiens sont en difficulté, quelle que soit l’affinité pour eux il faut les soutenir, partager. Paul, comme tous les curés, va donc exhorter les Corinthiens à la générosité en leur expliquant que leur générosité sera le test de la vitalité de leur foi. Et si je relie tout cela à ce que j’ai dit en commentant l’Evangile, nous comprenons que le partage financier n’est pas seulement source de bienfaits pour ceux qui en sont bénéficiaires mais aussi pour ceux qui donnent puisque, en donnant, ils expérimenteront quelque chose du vrai bonheur.
Par l’intercession de Notre Dame de Laghet, demandons la grâce de nous réorienter sur le chemin du bonheur en pratiquant toujours mieux les 3 P.
