25 octobre : samedi 29° semaine ordinaire. Pourquoi le mal ? Cercle vicieux, cercle vertueux : à nous de choisir !

Nous continuons la lecture de cette lettre aux Romains, une lettre un peu difficile qui demande courage et attention pour en recueillir les fruits. Aujourd’hui, nous commençons le chapitre 8 de cette lettre. Ce chapitre est le chapitre charnière qui va nous faire passer d’une partie à l’autre. Après avoir entendu pendant 7 chapitres tout ce que Dieu a fait pour nous, nous devons forcément nous poser la question : et nous que devrons-nous faire ? Ou plutôt que pouvons-nous faire pour mener une vie qui se montre digne d’un tel don ? C’est donc à partir du chapitre 12 que Paul répondra à cette question. Mais avant de répondre, il commence par faire ce magnifique développement sur la vie dans l’Esprit. Et vraiment ces chapitres 8 à 12 sont très beaux. 

Le chapitre 8 que nous commençons aujourd’hui, il est tellement décisif dans la réflexion de Paul que la liturgie a choisi de nous le faire lire pratiquement en entier. Nous arons donc l’occasion de revenir sur les thèmes que Paul va développer. Sur le texte d’aujourd’hui, je ne veux m’arrêter que sur un point car je veux garder un peu de temps pour l’Evangile, il s’agit de cette expression étonnante qu’on a entendue au début de la lecture : la loi de l’Esprit. Je relis le verset dans lequel on trouve l’expression : « Car la loi de l’Esprit qui donne la vie dans le Christ Jésus t’a libéré de la loi du péché et de la mort. » Paul réfléchit donc à ce combat intérieur auquel nous sommes tous confrontés, à cette division intérieure qui était si bien exprimée dans la formule entendue hier : « Le bien que je voudrais faire, je ne le fais pas assez souvent et le mal que je ne voudrais pas faire, je le fais trop souvent. » Et, bien sûr, nous en faisons tous l’expérience ce n’est pas toujours, pas assez souvent que, dans ce combat intérieur, le bien l’emporte. C’est tellement douloureux que parfois nous serions tentés de dire : j’y peux rien, c’est comme ça, je suis comme ça ! Et le plus terrible, c’est que le péché est comme un engrenage qui finit par nous happer tout entier : on commence par y mettre le petit doigt et tout le corps risque d’être happé. Oui, je suis comme ça, oui Dieu m’aime comme je suis, mais il ne veut pas que je reste comme je suis !

Du coup, les versets d’aujourd’hui, je les entends comme une bonne nouvelle. Paul nous dit que, de même qu’il y a un cercle vicieux qui nous entraine toujours plus profond dans le péché, il y a, mais avec encore plus d’intensité, un cercle vertueux de l’Esprit, c’est le sens de cette expression « loi de l’Esprit ». De même que l’engrenage du péché finit par nous happer tout entier, il existe un engrenage vertueux qui est encore plus capable de nous happer tout entier, c’est la loi de l’Esprit. Cette loi vient s’opposer à la loi du péché, à l’engrenage du péché. Et, je le redis, cette loi de l’Esprit est bien plus puissante que la loi du péché. Vous avez entendu, à la fin de la lecture, que c’est par la force de l’Esprit-Saint que Dieu a pu ressusciter Jésus. La puissance de l’Esprit-Saint est telle qu’Il a pu ressusciter Jésus qui était mort ! Alors, ce n’est pas un problème pour l’Esprit-Saint de nous faire sortir de chaque petite mort dans laquelle nous plonge le péché, ce n’est pas un problème pour l’Esprit-Saint de nous tenir sur le chemin de la vie, de l’amour … ce n’est pas un problème pour lui, mais encore faut-il que nous, nous soyons branchés sur lui et le laissions travailler !

Venons-en à l’Evangile qui commence par rapporter deux faits divers dramatiques : un massacre commis par la garde de Pilate et l’effondrement d’une tour sur de pauvres passants. D’un côté, il y a un mal commis par la méchanceté d’un homme, Pilate, de l’autre un mal commis par une catastrophe naturelle. Dans les deux cas, la même question revient pour les victimes : pourquoi ? Et même pourquoi moi ? A l’époque on pensait que tout ce qui arrivait était la volonté de Dieu, le bien étant accueilli comme une bénédiction et le mal comme une punition, alors, on vient interroger Jésus : ceux qui sont morts de manière aussi effroyable étaient-ils plus coupables que les autres, plus pécheurs que les autres ? Jésus tord le cou à cette idée si répandue du mal, de la maladie qui arrive comme punition de Dieu. Aux enfants qu’il aimait recevoir, Jésus n’aurait jamais dit : si tu fais des bêtises, le Bon Dieu te voit et il va te punir ! La réponse de Jésus est claire et elle tient en 3 mots : PAS DU TOUT qu’il va répéter par deux fois ! Ceux qui sont morts dans ces deux drames ne sont PAS DU TOUT plus pécheurs que les autres. Mais là où ça se complique, c’est la suite : « Mais, vous, si vous ne vous convertissez pas, vous périrez tous de même. » 

Le PAS DU TOUT nous convenait bien, mais la suite nous gratouille un peu parce qu’elle laisserait presque entendre que Jésus se contredit en envisageant la mort comme une punition sanctionnant une conduite déviante. Je vous partage comment, moi, je comprends cette parole, mais je ne vous oblige pas à partager ce que je pense ! Il me semble que c’est un peu comme si Jésus disait : ces pauvres personnes qui sont mortes victimes de la garde de Pilate ou en passant sous la tour de Siloé, elles sont mortes bêtement. Oui, c’est vraiment bête, comme on dit aujourd’hui, elles étaient au mauvais moment, au mauvais endroit. Elles n’y sont pour rien, c’est le sens du PAS DU TOUT ! Il n’y a pas d’explications à chercher, tout ce que nous dirons pour chercher à expliquer le mal sera toujours une bêtise.  

Dès lors, dans son invitation à la conversion, il me semble que c’est comme si Jésus nous disait : vous non plus, vous ne choisirez pas comment vous allez mourir, peut-être que, vous aussi, il vous arrivera d’être au mauvais moment, au mauvais endroit, oui, peut-être que vous allez mourir bêtement. Alors, de grâce, convertissez-vous pour ne pas vivre bêtement. Mourir bêtement, ça peut nous arriver à tous sans que nous ne le choisissions évidemment. Mais ne pas vivre bêtement, c’est à nous qu’il revient de le choisir. Et pour ne pas vivre bêtement, il est nécessaire d’entrer dans un chemin de conversion permanente. Et c’est pour nous tenir sur ce chemin de conversion permanente, que, nous qui connaissons notre faiblesse, avons besoin du Saint-Esprit dont la force, comme le disait Paul, est capable de donner à nos vies leur vrai sens en nous permettant de choisir de vivre dans l’amour. 

Je termine en évoquant cette belle parole de Saint Bonaventure qui disait : « l’Esprit-Saint ne vient que là où il est aimé, là où il est invité, là où il est attendu. » Alors, nous qui pourrions mourir bêtement, si nous ne voulons pas vivre bêtement, nous savons ce qu’il nous reste à faire : aimer, inviter et attendre le Saint-Esprit. C’est ce que nous demandons par l’intercession de Notre Dame de Laghet.

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