Nous approchons de la fin de la lecture du livre des Actes des Apôtres et, avec la lecture d’aujourd’hui, nous comprenons que Paul va connaitre bien des difficultés. Personne ne le reconnait vraiment coupable, mais personne non plus ne veut prendre la responsabilité de le libérer, de peur de déplaire à tel dirigeant ou à tel groupe de pression. Comme souvent, c’est une série de lâchetés qui va sceller son sort. Mais lui, il reste confiant sachant que quoi qu’il lui arrive, il reste dans la main de Dieu. On pourra bien le tuer, on ne l’arrachera pas de la main de Dieu. Voilà une belle attitude qui pourrait nous aider à guérir toutes nos angoisses : quoiqu’il m’arrive, rien, ni personne ne pourra m’arracher de la main de Dieu et me voler ma destinée éternelle.
Venons-en maintenant à ce très beau texte d’Evangile. Après la résurrection, Jésus est apparu à ses disciples, il leur a même donné un acompte d’Esprit-Saint pour les envoyer en mission. Mais Pierre et les autres se sont retrouvés bien désemparés devant cet envoi, ils se sentaient encore écrasés par le poids de leur abandon, et pour Pierre, c’est encore pire, la culpabilité résultant de son triple reniement l’étouffait. Du coup, puisque Pierre ne voit pas comment répondre à l’appel de Jésus qui l’envoie en mission avec les autres apôtres, il décide de reprendre la pêche. La mission, il ne connait pas bien, du moins, la mission sans Jésus, l’effraie d’autant plus que, désormais, il sait clairement ce qu’il vaut. Alors le plus simple, pour lui, c’est de reprendre ce qu’il sait bien faire, son métier, il part donc à la pêche et entraine une bonne partie des apôtres avec lui. C’est donc clair, au lieu de la mission, c’est la démission ! Lui et les apôtres, partis avec lui, passent toute la nuit sans rien prendre. Quand on n’est pas là où le Seigneur nous envoie, il ne peut pas y avoir de fécondité !
Et voilà qu’au petit matin, Jésus les rejoint en restant sur le rivage, les apôtres ne le reconnaissent pas tout de suite. Celui qu’ils prennent pour un inconnu les interroge sur leur pêche : ils n’ont rien dans les filets, pourtant ils ont déployé beaucoup d’efforts, mais sans résultat. Jésus, sans leur faire aucun reproche quant à leur démission, leur demande de jeter encore leurs filets et, merveille, ils font une nouvelle pêche miraculeuse. Pour St Jean, tout devient clair, c’est un coup de Jésus, il le dit à Pierre qui se jette à l’eau pour rejoindre Jésus.
Pierre veut rejoindre Jésus au plus vite car il n’en peut plus de porter ce poids de culpabilité, il recherche ce tête-à-tête parce qu’il a perçu qu’il pourrait devenir un cœur à cœur empli de miséricorde. Seulement, voilà, les autres arrivent trop vite pour que la discussion entre Jésus et Pierre puisse s’engager. Alors, tous, vont partagent un barbecue que Jésus, dans son extrême délicatesse, avait préparé ; encore une fois, sans tenir compte du fait qu’en allant à la pêche, ils avaient une nouvelle fois démissionné. Jusqu’au bout, Jésus saura prendre soin de ses apôtres déployant une patience infiniment miséricordieuse. Et c’est à la fin du barbecue que Jésus invite Pierre à faire quelques pas sur la plage. Quand on va en Terre Sainte, sur cette plage parfaitement identifiée, il est tellement impressionnant de relire ce texte.
Une remarque préalable avant d’entrer dans le point de ce dialogue que je voudrais souligner. A aucun moment, Jésus ne demande à Pierre : est-ce que tu me promets de ne plus recommencer ? Face à une telle question, Pierre aurait été dans un très grand embarras ! Retenons bien que, jamais, Jésus ne veut nous mettre dans l’embarras dans les tête-à-tête, les cœurs à cœurs qu’il nous propose.
Ce dialogue entre Jésus et Pierre est de toute beauté. La traduction française ne permet pas de l’entendre parce que, en grec, il existe 3 verbes pour traduire l’unique verbe aimer en français. Les questions de Jésus à Pierre vont justement jouer sur les nuances qu’apportent le grec. Les commentateurs insistent souvent là-dessus, je ne développe pas. Je voudrais surtout m’arrêter sur la 1° question de Jésus et la réponse de Pierre.
Dans la 1° question, Jésus demande à Pierre : Simon, fils de Jean, m’aimes-tu vraiment, plus que ceux-ci ? Manifestement, Jésus teste Pierre. Il y a le « vraiment » qui essaie de rendre compte de la force du verbe grec qui suggère d’aimer jusqu’à donner sa vie et l’élément de comparaison : « plus que ceux-ci « » Pierre va-t-il fanfaronner encore en se croyant capable de donner sa vie, en se croyant capable d’aimer Jésus plus et mieux que les autres, ce qu’il prétendait avant ?
Non, Pierre ne fanfaronne plus ! Il répond : je t’aime Seigneur, mais je t’aime d’amitié, je ne peux pas te répondre sur l’amour capable d’aller jusqu’au bout, je connais tellement ma faiblesse, je ne veux plus me mettre en avant. Et c’est pour cela que Pierre refusera de se comparer, de se présenter comme le meilleur, il sait désormais ce qu’il vaut ! Il aime Jésus, c’est sûr, mais il ne dit rien sur le « plus que les autres » ni sur sa capacité à aller jusqu’au bout de l’amour.
Et ce qui va être très beau, c’est que, en réponse à sa question, comme pour les autres questions, Jésus demandera une preuve d’amour à Pierre. C’est comme s’il disait à Pierre : si tu m’aimes d’une amitié vraie, il va falloir me le montrer. Comment ? Pas en étant impeccable, en ne commettant plus aucun péché. Non, ce n’est pas ce que Jésus demande, il connait parfaitement les faiblesses de Pierre et les nôtres ! Ce qu’il lui demande comme preuve d’amour c’est que Pierre prenne soin de l’Eglise : paix mes brebis ! C’est comme si Jésus lui disait : ce que je viens de faire pour toi, fais-le pour les autres. Je viens de prendre soin de toi en pardonnant ton triple reniement, prends soin de ceux qui seront confiés à ton ministère. Alors, c’est très fort pour nous, la meilleure preuve d’amour que nous pourrons donner à Jésus, la plus grande, la plus belle, ce n’est pas de réaliser des prouesses, de chercher à devenir impeccables, sans péché, c’est de prendre soin de ceux que Jésus aime et qu’il nous confie d’une manière ou d’une autre.
Par l’intercession de Notre Dame de Laghet demandons que tous les pasteurs de l’Eglise soient renouvelés dans leur amour du Seigneur pour prendre soin des brebis que Jésus leur confie et que, tous les chrétiens manifestent leur amour de Jésus en prenant soin de ceux qu’il aime.
