Hier, dans la 1° lecture, nous avons entendu le Seigneur appeler et envoyer Moïse auprès de Pharaon pour demander la libération de son peuple car le Seigneur avait vu la misère de son peuple et entendu son cri. Dieu avait affirmé à Moïse qu’il allait lui permettre d’accomplir toutes sortes de merveilles pour appuyer cette demande. Mais il avait aussi prévenu : je sais, moi, que le roi d’Égypte ne vous laissera pas partir s’il n’y est pas forcé. Aussi j’étendrai la main, je frapperai l’Égypte par toutes sortes de prodiges que j’accomplirai au milieu d’elle. Après cela, il vous permettra de partir. Dans la lecture d’aujourd’hui, nous avons entendu le terrible plan que le Seigneur compte déployer pour convaincre enfin Pharaon de libérer son peuple : Je traverserai le pays d’Égypte, cette nuit-là ; je frapperai tout premier-né au pays d’Égypte, depuis les hommes jusqu’au bétail.
Mais Dieu avait assuré que le peuple des hébreux ne serait pas frappé par ce terrible fléau ; pour cela, toutes les maisons des hébreux devront comporter une marque de sang sur le linteau. Cette marque sera faite avec le sang de l’agneau qui sera mangé en cette nuit dans les familles, l’agneau de la 1° pâque des juifs. Car, en hébreu, pâque, pesah, signifie « sauter », l’ange exterminateur sautera par-dessus les maisons ayant cette marque.
Evidemment tout cela demande des explications car ce projet de Dieu nous choque : comment peut-il, même si c’est pour sauver son peuple, précipiter tant d’innocents égyptiens dans la mort ? Pour comprendre, il faut d’abord faire un effort de ne pas projeter sur ce texte nos références d’aujourd’hui, ce que nous savons de Dieu car Jésus nous l’a révélé, à avoir que Dieu est miséricorde infinie et qu’il ne veut pas la mort du pécheur. Quand le texte est écrit, nous ne sommes même pas encore dans la période de la loi du talion ; en effet cette loi sera donnée à Moïse avec la Loi générale sur Sinaï … et là, nous sommes avant que la loi ne soit donnée. A cette époque, le régime commun était donc celui de la vengeance. Pharaon avait fait mourir les premiers-nés des juifs pour stopper la prolifération du peuple, il était donc normal que Dieu, en représailles, en fasse autant et même pire ! Donc, il n’y a rien de choquant pour l’époque !
Oui, pour l’époque, ce n’était pas choquant, mais pour nous, ça l’est et certains se demandent pourquoi nous lisons encore ce genre de textes ? Eh bien, si nous les lisons, c’est parce qu’en en faisant une lecture non plus littérale, mais symbolique, ces textes peuvent beaucoup nous apprendre et les rabbins ont ouvert la voie à ce type de lecture. Nous le voyons avec Paul, célèbre rabbi qui compare l’eau du baptême à celle de la Mer Rouge. L’eau du baptême noie le vieil homme en nous comme les eaux de la Mer Rouge ont noyé Pharaon et les Egyptiens.
La lecture symbolique de ce passage nous invite donc à considérer que les hébreux, Pharaon et les Egyptiens sont en chacun de nous. La part, la meilleure, que Dieu veut sauver représente les hébreux, mais qu’il y a aussi en chacun de nous cette part moins glorieuse que Dieu veut anéantir pour nous rendre la liberté et cette part représente, symboliquement, pharaon et les Egyptiens. Et, toujours avec cette lecture symbolique, nous découvrons que la part la moins glorieuse ne se rend pas facilement, comme Pharaon s’est défendu et c’est donc pour venir à bout de notre pharaon intérieur que Dieu annonce que tout ce que cette mauvaise part a produit en nous sera supprimé, c’est ce que symbolise ce massacre des nouveau-nés égyptiens. J’espère que vous avez pu me suivre et que cette lecture ne vous parait pas trop tirée par les cheveux, mais, pour moi, elle est la seule possible si nous voulons, comme chrétiens, continuer à lire ces textes.
Quant à l’Evangile nous a rendu témoins de l’une des nombreuses controverses qui oppose Jésus aux pharisiens à propos de la Loi. Evidemment, il faut toujours le redire, Jésus n’a rien contre la loi ! Puisqu’elle a été donnée par Dieu, elle ne peut qu’être bonne. Oui, mais, dans la loi, il y a cet impératif non négociable de respecter le sabbat et c’est l’objet du conflit de ce jour. Jésus respectait le sabbat, vivait les liturgies du sabbat et ça ne lui faisait pas problème.
Mais, ce jour-là, pris par la faim, ses disciples avaient arraché des épis de blé et les avait mangés. Il y avait des gestes interdits le jour du sabbat, arracher des plantes en faisait partie. Jésus va prendre la défense de ses apôtres. Au passage, vous aurez remarqué que, lui, Jésus, il ne l’a pas fait ! Mais ça ne fait rien, il prend la défense des apôtres en essayant de montrer aux pharisiens comment le légalisme ne grandit pas ceux qui le pratiquent. Pour cela, il donne deux exemples qui montrent que le sabbat peut être enfreint en cas de force majeure, l’un tiré de la Bible, l’autre tiré des règles qui régissent la vie des prêtres. Mais au-delà de ces exemples, Jésus aimerait que les pharisiens comprennent en profondeur le sens du sabbat. Plusieurs fois, il y reviendra pour rappeler que si on ne doit rien faire, ce jour-là, ce n’est pas parce que la loi l’exige mais parce qu’on veut être totalement disponible pour honorer Dieu. Or Dieu serait-il honoré si, sous prétexte de respect du sabbat, on laissait les gens mourir de faim ? Si, sous prétexte de respect du sabbat, on ne faisait pas de bien ?
Saint Paul qui a été un juif champion de l’accomplissement de la loi, du parti des pharisiens dont il se considérait un membre exemplaire dira, après sa conversion : l’accomplissement parfait de la Loi, c’est l’amour. En effet, le risque serait d’être un champion de l’accomplissement de la loi jusque dans ses moindres détails sans mettre la moindre parcelle d’amour dans mon accomplissement de la Loi, est-ce ainsi que je vais plaire à Dieu ? Evidemment non !
Par l’intercession de Notre Dame de Laghet, demandons la grâce de pouvoir lire les Ecritures, éclairés par le Saint-Esprit pour qu’elles puissent toujours nous guider. Demandons-lui la grâce d’une juste compréhension de la Loi pour que tout ce que nous fassions honore vraiment Dieu.
