Chers frères et sœurs pèlerins, vous me permettrez, dans cette homélie comme dans toutes les homélies de cette semaine, de m’adresser plus particulièrement aux prêtres du diocèse de Lyon pour qui je prêche une retraite. Ils sont accompagnés par l’un de leurs évêques auxiliaires, Mgr Lagadec et, en milieu de semaine, Mgr De Germay, l’évêque de Lyon nous rejoindra. Même si je parle d’abord pour les prêtres, le Saint-Esprit saura vous faire profiter de l’un ou l’autre point qui pourront aussi vous aider dans votre croissance spirituelle et ce que vous entendrez, adressé aux prêtres, pourra alimenter votre prière pour eux, les prêtres qui vivent cette retraite et les prêtres dont vous bénéficiez du ministère.
Nous commençons la lecture de la lettre aux Hébreux qui nous accompagnera de manière heureuse tout au long de cette semaine de retraite et bien au-delà puisque nous la lirons jusqu’au 8 février ! Ce n’est pas très fréquent dans la liturgie qu’une épitre soit lue de manière quasi-continue sur un temps aussi long. Si l’Eglise nous propose de rester 4 semaines sur cette lettre, c’est que le message qu’elle contient est de toute première importance. Je ne veux pas faire un cours d’exégèse, je n’en ai d’ailleurs pas la compétence, mais je vous propose quelques points de repère sur cette lettre qui nous aideront à mieux en accueillir le message tout au long de ces semaines.
Un exégète qui ne manquait pas d’humour introduisait son cours sur la lettre aux hébreux en disant nous avons, au moins 3 certitudes à propos de cet écrit : 1/ Ce n’est pas une lettre 2/ Il n’est pas de St Paul 3/ Il ne s’adresse pas aux Hébreux ! Reprenons rapidement chacune de ces 3 affirmations, mais dans un autre ordre !
Commençons par l’auteur de cette lettre : nous ne le connaissons pas. Certains pensent que ça pourrait être Barnabé dont je parlerai bientôt dans un enseignement puisqu’il fait partie de ces géants qui nous accueillera sur ses épaules. D’autres pensent plutôt que ça pourrait être Apollos, mais, rien dans cet écrit ne nous permet de connaître précisément son auteur. Par contre, ce qui est sûr, c’est que ce n’est pas St Paul, parce que lui, il commence toujours ses lettres en se désignant comme l’auteur de ce qu’il écrit.
Ce n’est pas une lettre non plus, c’est plutôt un exposé, le père jésuite Albert Vanoye, devenu cardinal, qui est le grand spécialiste de cet écrit aime parler du sermon sacerdotal, ou de prédication sur le sacerdoce du Christ. En effet, l’objectif fondamental de cet écrit est justement de montrer en quoi Jésus est bien le grand prêtre qu’il nous fallait. Il n’y aura que les 4 derniers versets de cet écrit qui peuvent être considérés comme une lettre. Tout le reste, c’est une méditation très profonde, une prédication extrêmement bien réfléchie et parfaitement écrite, mais pas une lettre. Et vous voyez tout de suite, à cause de son contenu, combien la méditation de cette lettre sera profitable pour nous en cette semaine de retraite où nous demanderons, par l’intercession de Notre Dame de Laghet, de pouvoir repartir en étant un peu plus, un peu mieux, prêtre configuré à l’unique grand-prêtre qu’est Jésus-Christ.
Enfin si on parle d’un écrit qui s’adresse aux Hébreux, c’est précisément parce que, attribuant ce titre de grand prêtre à Jésus, il fait beaucoup référence aux pratiques sacerdotales, à la liturgie du Temple que les hébreux connaissaient bien. Toutefois, le cardinal Vanhoye regrette ce titre en disant qu’il pourrait décourager ceux qui ne sont pas hébreux de prendre au sérieux le contenu de cette prédication en imaginant qu’elle n’est pas pour eux. Or, nous le verrons, nous qui ne sommes pas hébreux, nous sommes vraiment destinataires de cette prédication sur le sacerdoce du Christ.
Ce sermon sacerdotal qu’est l’épître aux Hébreux va donc essayer de montrer en quoi le Christ mérite le titre de grand prêtre et, finalement, lui seul le mérite. Jusque-là les grands prêtres successifs vivaient comme des hommes séparés du peuple, rendus purs par une série de purifications rituelles qui devaient les tenir éloignés de ceux qui pouvaient les contaminer en leur refilant leurs impuretés. Jésus va inverser ce principe. Avec lui, désormais, ce n’est plus l’impur qui contamine le pur en le touchant, mais c’est le pur qui contaminera l’impur en le touchant.
C’est bien ce que Jésus mettra en œuvre dans toutes les guérisons, particulièrement celles des personnes lépreuses. Normalement, personne ne s’approche d’un lépreux de peur de contracter son impureté, Jésus osera s’approcher d’eux ou il les laissera s’approcher de lui car dans le contact qu’il osera, c’est sa pureté à lui qui anéantira l’impureté de ceux qui étaient déclarés tels. Pour nous qui avons été configurés au Christ prêtre, la méditation de ce sermon sacerdotal sera donc extrêmement profitable. Elle nous aidera à devenir toujours plus et mieux prêtres, à l’image du seul prêtre, Jésus le Christ en refusant de nous enfermer dans une tour d’ivoire pour nous préserver.
Quant à l’Evangile, de manière providentielle, en ce début de retraite, il nous fait entendre le récit d’appel des premiers disciples, je ne le commente pas parce que j’ai déjà commencé à le faire dans l’enseignement de ce matin. Mais retenons juste que ce texte, lu en début de retraite est une invitation pour nous à retrouver l’élan premier qui nous a rendus capables de tout quitter pour suivre Jésus. Dans la lettre à l’Eglise d’Ephèse qu’on trouve dans le livre de l’Apocalypse, le Seigneur fait ce reproche cinglant à cette communauté : J’ai contre toi que ta ferveur première, tu l’as abandonnée. La ferveur première qui est évoquée dans ce verset, ce n’est pas un sentiment religieux qui pouvait nous pousser à faire des heures d’adoration. Non, ce que vise cette expression, c’est d’abord la capacité à faire des choix clairs. La ferveur première, c’est cet élan d’amour, tellement fort, que nous disions facilement non à tout ce qui nous éloignait du Christ pour mieux lui dire oui. Au fil des ans, cette ferveur première peut s’émousser et nous voulons dire oui, sans toujours trouver la force et le courage de dire non !
Par l’intercession de Notre Dame de Laghet, nous demandons pour vous, pour nous de retrouver l’élan de cette ferveur première pour quitter ce qu’il faut quitter afin de suivre le Seigneur de plus près comme nous y invite le père Chevrier, ce bon prêtre de chez vous.
