De tout temps, les hommes ont eu le désir de se tourner vers les dieux, vers Dieu. L’athéisme est finalement une invention assez récente ! Ce désir inscrit dans le cœur des hommes traduit bien ce que disait St Augustin : tu nous as fait pour toi, Seigneur, et notre cœur est sans repos tant qu’il ne demeure pas en toi. Les religions ont donc cherché, avec plus ou moins de bonheur, dans leurs réalisations historiques, à accompagner ce désir, à proposer des voies pour que les hommes puissent entrer en relation avec leurs dieux (au pluriel) au temps du polythéisme et avec leur Dieu (au singulier) au temps des monothéismes.
Le judaïsme a donc mis en place, lui aussi, un système religieux codifié avec des prêtres qui auront mission d’accompagner les hommes dans leur recherche de Dieu. Ce qui fait la particularité du judaïsme, c’est cette conviction que Dieu est Saint, c’est-à-dire qu’il est, comme on dit, le Tout Autre, le Tout Puissant. Du coup, on le voit dans le Premier Testament, quand l’homme est mis en contact avec Dieu, il est pris de panique. Rappelons-nous la panique d’Isaïe dans le récit de sa vocation quand il est mis en présence de Dieu : « Malheur à moi ! je suis perdu, car je suis un homme aux lèvres impures, j’habite au milieu d’un peuple aux lèvres impures : et mes yeux ont vu le Roi, le Seigneur de l’univers ! »
Il ne sera donc pas simple d’entrer en contact avec Dieu. Puisque Dieu est saint, il faudra soi-même s’imprégner de sainteté si on veut entrer en contact avec lui. Or, dans le Premier Testament, on estime que le peuple ne peut acquérir, par lui-même, cette sainteté et pourtant il garde le désir de pouvoir être en contact avec Dieu, alors comment faire ? Le judaïsme a répondu en veillant à ce que l’une des tribus soit mise à part, la tribu de Lévi et, c’est de cette tribu, plus précisément de la famille d’Aaron que seront issus les prêtres. Ils recevront une consécration particulière, ils vivront toute une série de rituels permanents de purification, ils éviteront soigneusement tous les contacts avec les païens et toutes les personnes impures pour conserver cette sainteté qui les rend capable d’approcher Dieu. Du coup, on comprend que, seuls les prêtres appartenant tous à cette tribu, pourront approcher de Dieu dans le Temple, cet espace totalement saint, et offrir, au nom du peuple, les sacrifices qui mettront en lien Dieu et le Peuple.
Mais pourquoi donc fallait-il offrir des sacrifices pour rencontrer Dieu ? Eh bien, parce que le prêtre, même avec sa consécration, même avec ses rituels de purification, il reste un homme, il n’est pas totalement du côté de Dieu. Alors, on choisit un animal sans défaut et on va le sacrifier, c’est-à-dire qu’on va le faire passer du côté du sacré, c’est ça le sens du mot sacrifier, étymologiquement, ça signifie « faire du sacré ». Cet animal on le rend sacré pour qu’il passe du côté de Dieu en étant porteur de toutes nos intentions. Et en retour, celui qui offre le sacrifice par l’intermédiaire du prêtre espère recevoir une série de bienfaits.
Avec ces éléments que je viens de préciser, nous en savons assez pour plonger dans le message de la lettre aux hébreux que le Cardinal Vanoye, grand spécialiste de cet écrit préférait appeler « le sermon sacerdotal ». L’auteur de la lettre aux Hébreux réalise un coup de force en donnant à Jésus le titre de prêtre et même de grand-prêtre. En effet dans l’Evangile, jamais ce titre ne lui est attribué et jamais Jésus ne s’attribue lui-même ce titre. En plus, il ne faisait pas partie de la tribu de Lévi et son ministère ne s’est pas concentré dans l’enceinte du Temple, ce lieu sacré, mais en Galilée, le carrefour des nations où rien ne pouvait être pur et saint en raison du brassage des populations.
Pour attribuer à Jésus ce titre de Grand-prêtre et pour parler de sa mort comme un sacrifice, l’auteur de la lettre aux Hébreux va donc renouveler considérablement la conception du sacerdoce et des sacrifices. Nous aurons l’occasion de le comprendre dans les jours qui viennent, mais nous en avons déjà une première explication dans la lecture d’aujourd’hui et avec tout ce que je vous ai dit, vous comprenez le sens de la démonstration que fait l’auteur de la lettre aux Hébreux pour expliquer pourquoi il n’est pas illégitime de donner à Jésus ce titre de grand-prêtre.
Juste un mot sur l’Evangile. Nous sommes au tout début du ministère de Jésus, c’est seulement le chapitre 2 de l’Evangile de Marc et Jésus est déjà confronté à des problèmes. Il y en a déjà qui trouvent à redire sur son comportement ! Quand un homme politique arrive au pouvoir on parle souvent d’un état de grâce qui accompagne ses débuts … après les difficultés commencent ! Eh bien, je ne sais pas si Jésus a bénéficié de cet état de grâce, on le voit bien ici, dans l’Evangile de Marc. Et, dans l’Evangile de Luc, c’est dès sa 1° sortie à Nazareth, qu’on cherche à le faire mourir ! Voilà, nous sommes prévenus la vie chrétienne ne sera pas de tout repos parce que là où le bien cherche à triompher, l’esprit du mal se déchaine.
Ensuite, il y a cette finale de l’Evangile qui nous invite, si nous voulons être de bons chrétiens, à ne pas se contenter de raccommodage mais à nous laisser renouveler profondément. Ce que le Seigneur nous demande, ce n’est pas de ne pas être trop mauvais, c’est d’être vraiment bon ! Evidemment, nous n’en sommes pas capables par nous-mêmes, c’est pourquoi, il nous faut accueillir au plus profond de nous-mêmes le vin nouveau de son amour. Mais comment pourrons-nous recueillir ce vin nouveau si nous avons des cœurs rafistolés ? A vin nouveau, outres neuves !
Le Seigneur nous invite à ne pas faire du bricolage, du rafistolage, du raccommodage, il nous dit que seul un renouvellement profond nous permettra de contenir le bon vin de son amour et de le distribuer généreusement. Et celui qui renouvelle, c’est l’Esprit-Saint, nous le chantons : ô Seigneur envoie ton Esprit, qui renouvelle la face de la terre. S’il est capable de renouveler la face de la terre, il sera capable de renouveler chacun de nos cœurs. Mais, ce qui est sûr, c’est qu’il ne le fera jamais si nous ne lui donnons pas carte blanche.
Par l’intercession de Notre Dame de Laghet, demandons la grâce de renoncer à tous nos rafistolages en acceptant d’avance la nouveauté dans laquelle il veut nous faire entrer, nouveauté dont nous ne pourrons jamais programmer à l’avance les conséquences !

Seigneur !continue à renouveler profondément nos cœurs afin d’être saint