Nous poursuivons la lecture de la lettre aux Galates. Nous sommes toujours dans ce témoignage que Paul livre des suites de sa conversion nous partageant comment il a commencé la mission de devenir l’apôtre des nations, mission que le Seigneur lui avait confiée sur le chemin de Damas. Ce que l’on peut dire, c’est que les débuts de sa mission n’ont pas été forcément très faciles. A Jérusalem, il n’avait pas été accueilli les bras ouverts, son passé de persécuteur faisait peur et puis il faut le dire son caractère entier et sa manière de s’imposer en expliquant à Pierre ce que le Seigneur lui demandait de faire a un peu bousculé les apôtres. On les comprend bien, si, aujourd’hui, un converti de fraiche date au passé douteux venait nous voir pour nous expliquer qu’il a été choisi par le Seigneur pour une mission d’une ampleur inouïe, on aurait tendance à chercher à le modérer !
D’autant plus que ça ne fait que commencer, dans le passage d’aujourd’hui, Paul nous raconte un autre voyage à Jérusalem, 14 ans après, dans lequel il va expliquer à Pierre qu’il a eu une nouvelle révélation du Seigneur qui oriente définitivement sa prédication sur ce fameux Evangile de la grâce destiné à tous en précisant que, lui, le Seigneur lui a demandé de s’occuper des païens au même titre qu’il avait demandé à Pierre de s’occuper des juifs. On peut imaginer que ça a encore donné lieu à pas mal de discussions entre Pierre et Paul. Mais le texte nous laisse entendre que ce qui a convaincu Pierre et les autres apôtres, c’est le récit que Paul a fait de ses différentes missions. C’est vrai que, bien souvent, un témoignage est plus convaincant qu’un long discours. Alors, il y a ce beau geste des apôtres qui se donnent la main en signe de fraternité et de reconnaissance de leurs ministères différents qui ne mettront pas à mal l’unité de l’Eglise.
Et la fin de la lecture nous livrait une passe d’armes entre Pierre et Paul à la suite d’un incident inadmissible aux yeux de Paul, Pierre ayant fait machine arrière dans son ouverture aux païens. Tout cela aboutira à l’assemblée de Jérusalem, le 1° concile de l’histoire de l’Eglise.
Comme nous le voyons, les débuts du ministère de Paul, comme les débuts de l’histoire de l’Eglise n’ont pas été toujours simples, il y a eu des incompréhensions, des discussions que je qualifierai de viriles. Tous ces détails nous invitent à porter un regard réaliste sur les débuts de l’Eglise et de laisser tomber tous les clichés que nous pouvons avoir de communautés et d’apôtres totalement accordés sur tout. Mais ce qui est important c’est de repérer deux points importants.
– 1° point, Paul n’a jamais voulu faire cavalier seul, il a toujours voulu en référer à Pierre et à l’Eglise. Toutes les missions solitaires conduisent à des impasses. Dans les révélations à propos de l’abbé Pierre, nous voyons qu’il a agi, du point de vue de l’Eglise, en franc-tireur, n’étant relié à aucune instance d’Eglise, ni aucun responsable. C’est la porte ouverte à toutes les dérives.
– 2° point, Paul a toujours reconnu à Pierre l’autorité que Jésus lui avait conférée. Certains jours, il a dû vivre douloureusement sa soumission à Pierre, mais il ne l’a jamais remise en cause même s’il a été très direct avec lui pour lui dire quand il lui semblait que Pierre déraillait. Aujourd’hui encore, rien de grand, de juste ne pourra se faire par ceux qui rêvent de ne plus dépendre de celui qui a reçu la charge du ministère pétrinien. Bien sûr, cela n’exclut pas le dialogue, d’ailleurs, ce dialogue se mène actuellement dans le synode.
Il ne me reste pas beaucoup de temps pour commenter l’Evangile, mais comme il raconte ce moment où Jésus a confié à ses apôtres le trésor de la prière du Notre Père, nous ne sommes pas en terrain inconnu ! Je soulignerai juste trois points.
– 1° point : ce n’est pas à n’importe quel moment qu’un disciple va lui demander : Seigneur apprends-nous à prier. Luc nous dit que cette demande se situe au retour de Jésus qui était parti prier. On peut donc imaginer que la prière transfigurait le visage de Jésus et qu’il en revenait tellement rayonnant que les disciples se sont dit : nous aussi, on veut un tel visage ! Comme tous les juifs, ils priaient, enfin ils récitaient des prières et, là, ils comprennent que Jésus peut les aider à passer un cap, ils en ont le grand désir. Demandons à l’Esprit-Saint de transfigurer nos visages pour que, lorsque nous sortons de la prière, nos seuls regards deviennent évangélisateurs.
– 2° point : Dans une des catéchèses qu’il a données sur le Notre Père, il a fait remarquer qu’il y avait un mot qui était absent de cette prière, un mot que nous utilisons pourtant sans arrêt. Et s’il est absent, c’est parce que Jésus a voulu que cette prière du Notre Père nous rééduque. Ce petit mot absent, c’est le pronom personnel « je ». Dieu sait si nous l’utilisons dans une journée, en le renforçant souvent : moi, je ! La prière du Notre Père nous rééduque en nous apprenant à dire Nous ; même quand nous sommes seuls, nous disons « Notre Père ». Laissons-nous rééduquer par cette prière que nous reprenons si souvent.
– 3° point qui est un prolongement du précédent : Les 3 premières demandes nous tournent vers le Seigneur et ce qui est le plus important à ses yeux. Jésus nous apprend à prier en ne commençant pas par nos demandes : moi, je veux ceci ou cela ! Non ! Que Ton nom soit sanctifié, que Ton règne vienne, que Ta volonté soit faite. C’est la belle parole du Seigneur à Catherine de Sienne : Occupe-toi de mes affaires et moi, je m’occuperai des tiennes ! Un temps viendra pour présenter mes demandes, mais ça ne sera pas par-là que je vais commencer. En m’inspirant de Tertullien, je dirai : n’hésitons pas à utiliser la force des paroles du Fils que le St Esprit met sur nos lèvres pour toucher le cœur du Père !
Par l’intercession de Notre Dame de Laghet demandons que le St Esprit vienne aujourd’hui nous apprendre à prier et qu’il nous donne à la manière de Paul de ne jamais agir en franc-tireur.
