Introduction : Deux moyens pour ne pas rabâcher.
Vous le savez, quand Jésus enseigne la Prière du Notre Père, il le fait juste après avoir donné une consigne essentielle : quand vous priez, ne rabâchez pas ! Mt 6,7. Et heureusement qu’il a donné cette consigne parce que, même avec cette consigne, que de Notre Père sont rabâchés ! Alors s’il ne l’avait pas donnée, on pourrait redouter que ce soit pire ! Il y a deux moyens qui peuvent nous aider à ne pas rabâcher quand nous prions un texte répétitif.
- Le 1° moyen, c’est d’invoquer le Saint-Esprit parce qu’il est l’animateur de la prière. St Paul le dit très bien, au moins par deux fois :
- Nous ne savons pas prier comme il faut, alors l’Esprit-Saint vient au secours de notre faiblesse. Rm 8,26
- Vous avez reçu un Esprit qui fait de vous des fils ; et c’est en lui que nous crions « Abba ! », c’est-à-dire : Père ! Rm 8,15
Invoquer le Saint-Esprit avant de prier le Notre Père, c’est donc un bon moyen pour ne pas rabâcher et c’est bien le sens de l’introduction liturgique qui nous rappelle que nous prions « unis dans le même Esprit ». Soit dit en passant, si nous sommes unis, ça veut dire que chacun ne prie pas à son rythme mais au rythme communautaire !
- Le 2° moyen pour ne pas rabâcher, c’est de reprendre, régulièrement, conscience du sens des paroles que nous prononçons. J’ai prêché une retraite récemment sur le Notre Père et je crois que la préparation m’a aidé à moins rabâcher et que la prédication a aidé les participants à moins rabâcher.
Eh bien, nous pouvons dire, de la même manière, que ces deux moyens restent valables pour nous aider à prier, sans rabâcher, la prière du « Je vous salue Marie » qu’on appelle aussi « la salutation angélique » puisqu’elle reprend les paroles adressées par l’ange à Marie lors de l’annonciation.
- Nous serions bien inspirés avant de démarrer un chapelet d’invoquer le Saint-Esprit. Puisque c’est Lui qui est l’inspirateur de ces paroles que l’ange va adresser à Marie, il pourra nous aider à les prier sans rabâcher.
- Dans cet enseignement, je me propose de méditer, avec vous, ces paroles pour qu’elles puissent retrouver du sens, pour que nous puissions redécouvrir la richesse contenue dans ces paroles.
Je termine cette introduction en disant que ce n’est pas moi qui ai décidé de faire cet enseignement sur ce thème mais que c’est la proposition du sanctuaire qui a élaboré un programme pour 3 ans : 2026 : l’Annonciation ; 2027 : la Visitation ; 2028 : le Magnificat. Alors, certes le thème de 2026 est plus large que la salutation angélique, mais il la contient. Et je me suis dit que, puisqu’en une heure il était difficile de tout faire, autant se concentrer sur ce qui nous rendrait le plus service à savoir réapprendre à prier le « je vous salue Marie » sans rabâcher !
1. La salutation de l’ange : « Réjouis-toi, Marie, comblée de grâce. »
Vous remarquez tout de suite que je ne cite pas les paroles que nous prions habituellement : je vous salue Marie, comblée de grâce. Vous savez que le Nouveau Testament a été écrit en grec et qu’il a ensuite été traduit en latin (ainsi que l’A.T.) par St Jérôme. Pour les paroles françaises du « je vous salue Marie » on s’est inspiré du texte latin … que vous entendrez sûrement dans l’une ou l’autre procession, ici, à Lourdes : « Ave Maria, gratia plena. » Le « ave Maria » a été traduit fort logiquement par : je vous salue Marie. Mais, en grec, donc texte plus originel, l’ange ne dit pas tout à fait cela, il dit : Χαῖρε kεχαριτωμένη, kaire kekaritoménè, c’est-à-dire : Réjouis-toi, comblée de grâce. Peut-être qu’un jour, une nouvelle traduction de la prière sera proposée qui intégrera cela … et qui nous permettra de tutoyer Marie car c’est quand même, pour le moins, un sujet d’étonnement que de tutoyer Dieu, le Père créateur de tout et de vouvoyer Marie, la créature ! Je sais que changer les paroles d’une prière aussi traditionnelle, c’est compliqué, mais on l’a bien fait pour le Notre Père !
Je voudrais faire deux remarques sur cette salutation de l’ange qui constitue les premières paroles de la prière du « je vous salue Marie. »
- L’invitation à la joie
Tout commence par une invitation à la joie : réjouis-toi, Χαῖρε, c’est un verbe à l’impératif. Avec ces aroles de l’ange, c’est véritablement la bonne nouvelle, l’Evangile qui commence. Lui redire cette invitation dès le début de notre prière, c’est comme lui demander que sa joie puisse devenir la nôtre, que nous puissions avoir part à sa joie.
Cette joie, on le comprend assez vite, elle est motivée par le fait que LA promesse est en train de s’accomplir. La promesse du Seigneur, relayée par tous es prophètes, de venir habiter au milieu des siens, est en train de s’accomplir. Nous le chantons à Noël : depuis plus de quatre mille ans, nous le promettaient les prophètes ; depuis plus de quatre mille ans, nous attendions cet heureux temps. Alors plus de 4000 ans, c’est exagéré, même si on se réfère à nous qui chantons aujourd’hui, mais c’est sûr que la promesse relayée avait fait naître un immense désir et voilà qu’il est en train de s’accomplir … quelle joie pour celle qui va permettre à cette joie de se répandre !
En acquiesçant, par son fiat, Marie choisira d’être dans la joie, une joie qui n’est pas d’abord une affaire d’état d’âme. D’ailleurs son âme sera transpercée par un glaive de douleurs lui annoncera Syméon quelques mois plus tard. Non, cette joie, nous en connaitrons quelques mots plus loin la raison profonde, c’est que le Seigneur est en elle, voilà pourquoi il nous est bon de commencer à la prier en rappelant cette joie et son fondement pour que, par notre prière, nous puissions partager cette même joie.
Nous le verrons, le Seigneur ne sera jamais avec nous, en nous, comme il a pu être avec et en Marie, mais le Seigneur est quand même avec nous. Et, donc, prier ces paroles, c’est donc redire notre désir de partager son bonheur et choisir que ce bonheur ait le même fondement : la présence du Seigneur en nous. Et cette joie, nul ne peut la ravir pas-même les circonstances les plus tragiques de notre vie.
1.2 L’identité la plus profonde de Marie n’est pas définie par son nom
Dans la salutation de l’ange, vous l’avez entendu, le nom de Marie n’est pas prononcé tout de suite comme nous le faisons dans la prière. L’ange dit : réjouis-toi, comblée de grâce, Χαῖρε kεχαριτωμένη, kaire kekaritoménè. Le nom de Marie n’est pas prononcé. Et d’un certain point de vue, c’est très bien comme ça car ça signifie que son identité profonde n’est pas définie par son nom mais par ce qu’elle est : comblée de grâce. Mais puisque la prière mentionne le nom de Marie, arrêtons-nous quelques instants sur la signification de ce nom et ce que son invocation peut représenter.
1.2.1 Le nom de Marie et son invocation.
L’ange ne dit pas le nom de Marie tout de suite, mais il le dira un peu plus loin quand il l’invitera à ne pas craindre. Et, quoiqu’il en soit, le texte de l’annonciation nous donne son nom avant-même de nous faire entendre la salutation de l’ange : Le sixième mois, l’ange Gabriel fut envoyé par Dieu dans une ville de Galilée, appelée Nazareth, à une jeune fille vierge, accordée en mariage à un homme de la maison de David, appelé Joseph ; et le nom de la jeune fille était Marie. Lc 1,26-27
En préparant, j’ai découvert que ce nom, qui se dit Maryam en araméen, signifiait « l’éducatrice. » C’est très beau car Marie sera une éducatrice hors-pair pour Jésus mais aussi pour nous qui la prions et c’est aussi pour cela que nous la prions, pour qu’elle devienne l’éducatrice de notre foi et dans notre vie. Ce nom de Maryam, il ne désigne pas qu’une éducatrice, il peut aussi désigner, de manière étonnante, une étoile de mer. Et c’est de là que vient l’appellation traditionnelle de Marie comme Stella Maris. Mais il ne s’agit plus d’une étoile de mer mais d’une étoile dans la mer, cette étoile qui sert à guider les marins dans la nuit.
Et c’est ce qui a inspiré la si belle prière de St Bernard qui sera à l’origine du chant que nous aimons tant : Ô toi, qui que tu sois, qui te penses aujourd’hui flotter sur les flots de ce monde au milieu des tempêtes et des bourrasques, plutôt que de marcher sur la terre ferme, ne détourne pas les yeux de la splendeur de cette étoile, si tu ne veux pas bousculer sous la tempête. Si les vents des tentations s’élèvent, si tu heurtes les récifs des tribulations, regarde l’étoile, invoque Marie. Si tu es ballotté par les vagues de l’orgueil, de l’ambition, de la détraction ou de la jalousie, regarde l’étoile, invoque Marie. Si la colère, l’avarice, les séductions de la chair secouent la barque de ton âme, regarde Marie. Si, troublé par l’immensité de tes crimes, confus de la laideur de ta conscience, effrayé par la terreur du jugement, tu commences à sombrer dans le gouffre de la tristesse, dans l’abîme du désespoir, pense à Marie. Dans les dangers, les angoisses, les doutes, pense à Marie, invoque Marie. Que son nom ne quitte pas tes lèvres, qu’il ne quitte pas ton cœur ; et pour obtenir l’aide de sa prière, ne néglige pas l’exemple de sa vie. En la suivant, tu ne t’égares pas. En la priant, tu ne désespères pas.
En pensant à elle, tu ne te trompes pas. Si elle te tient par la main, tu ne tombes pas. Si elle te protège, tu ne crains rien. Si elle te guide, tu ne te fatigues pas. Si elle te favorise, tu parviens au but.
Invoquer le nom de Marie, au début de la prière, c’est donc nous identifier à ces marins affolés qui ont besoin de fixer leur regard sur la « stella maris » pour pouvoir avancer.
1.2.2 Comblée de grâce
C’est donc ainsi que l’ange va définir l’identité de Marie, elle est comblée de grâce, kεχαριτωμένη, kekaritoménè. Je fais plusieurs remarques sur ce mot.
Ce terme grec nous raconte toute l’histoire d’amour de Dieu pour elle. Le temps auquel ce verbe est utilisé et sa signification pourrait se traduire ainsi : celle qui a été comblée d’amour par Dieu dans le passé, c’est-à-dire au moment de sa conception et qui demeure pour toujours dans cet état de grâce.
Ce mot de grâce, karis, en grec il est lourd de sens et, de fait en français, il pourra avoir au moins 3 sens : gracié, gracieux et gratuit. Ce sont bien ces 3 sens qui sont déployés dans la salutation de l’ange.
- Marie est graciée comme un condamné qui est gracié. C’est ce que dira le dogme de l’Immaculée Conception, proclamé seulement en 1858, mais déjà en germe dans cette déclaration de l’ange et qui sera repris par le missel au jour de cette fête : dès le premier instant de sa vie, Marie a été préservée de tout péché par une grâce venant déjà de la mort de son Fils.
- Marie a reçu cette grâce absolument gratuitement. De fait, elle ne lui a pas été accordée parce qu’elle aurait été une enfant puis une jeune fille exemplaire puisqu’elle a reçu cette grâce à sa conception : acte de pur amour gratuit de la part de Dieu.
- C’est ce qui fera de Marie, une personne à la vie gracieuse puisqu’elle n’a pas été « alourdie » par le péché : nous aussi, entourés de cette immense nuée de témoins, et débarrassés de tout ce qui nous alourdit – en particulier du péché qui nous entrave si bien –, courons avec endurance Hb 12,1. Donc tout a été gracieux en Marie. D’ailleurs, dans beaucoup d’apparitions, il est souligné qu’elle est très belle. Cette beauté intérieure de l’absence de péché rayonne … cf. les carmélites de Mazille. Sa vie fait la joie de Dieu qui se complet en elle et en elle, il n’y a rien qui puisse déplaire à Dieu.
Alors, on peut imaginer que Marie a été stupéfaite d’entendre cela. Le pape Jean-Paul II disait : « Comblée de grâce » est le nom de Marie aux yeux de Dieu. Mais Marie ne connaissait encore pas ce nom, son nom ! Avait-elle eu conscience d’être sans péché ? Sans doute pas ! Car, c’est un paradoxe, mais il n’y a que des pécheurs qui peuvent s’imaginer être sans péché … ce que disent parfois certaines personnes qui, pourtant, viennent se confesser ! Marie n’avait jamais dû penser cela d’elle !
Je fais une petite digression parce que certains pensent que le fait que Marie ait été sans péché depuis sa conception a pipé les dés et que ça ne lui permettait pas de dire non à la demande de l’ange. Ce n’est pas vrai ! Car Eve, par définition, avant le péché, était sans péché or, ça ne l’a pas empêché de mal choisir. Marie était donc comme Eve, totalement libre dans son choix. Et, du coup, on comprend qu’elle ait reçu le titre de « nouvelle Eve ». On pourrait développer plus longuement mais ce n’est pas le sujet !
Il nous faut avancer si nous voulons arriver au bout de la prière !
2. Le Seigneur est avec toi.
Cette affirmation, je ne vais pas la commenter trop longtemps puisque je l’ai déjà évoquée dans le point précédent. Le fait que le Seigneur est en Marie, c’est le fondement de sa joie.
Il convient cependant de préciser qu’au moment où l’Ange lui dit que le Seigneur est avec elle, le Saint-Esprit n’a pas encore conçu Jésus en elle. Il fallait attendre son « fiat », son acquiescement. Dieu n’a pas envoyé l’ange juste pour la forme en ayant de toutes façons déjà fait le travail !
Le Seigneur est avec toi, cette parole est tout à la fois un constat et une annonce.
- Un constat. C’était le grand désir de Dieu d’être avec son peuple, d’être Emmanuel, c’est pour cela qu’il a créé les hommes et qu’ensuite il a fait alliance avec les hommes. Mais la présence de Dieu avec les hommes était une présence qu’on pourrait qualifier d’intermittente. Non pas parce que Dieu aurait décidé de ne pas être toujours avec les hommes, mais c’est le péché des hommes qui brisait cette communion et rendait sa présence intermittente. Avec Marie, puisqu’elle est sans péché, cette présence n’a jamais été intermittente.
Je signale juste que cette présence a été comme « matérialisée » par l’Arche d’alliance (contenant tables de la loi, manne et bâton de Moïse) qui représentait, pour les juifs, ce que représente le tabernacle pour les catholiques. On comprend que le titre d’arche d’alliance ait été donné à Marie.
- Une annonce aussi : quand elle aura dit oui, cette présence de Dieu se réalisera de manière si intime qu’elle sera unique en Marie.
3. Vous êtes bénie entre toutes les femmes et Jésus le fruit de vos entrailles est béni
Je pourrais m’arrêter là dans mon enseignement puisque cette année 2026 est consacrée à l’annonciation et que la suite de la prière « tu es bénie entre toutes les femmes et Jésus le fruit de tes entrailles est béni » est la salutation d’Elisabeth lors de la visitation. Je pourrais donc laisser au prédicateur de l’année prochaine le soin de continuer la méditation ! Mais certains d’entre vous ne seront pas là l’année prochaine et il n’est pas sûr que le prédicateur de l’année prochaine choisisse de commenter la suite de la prière ! Je vais donc continuer, mais plus rapidement en soulignant trois points … je me suis inspiré du commentaire du père Jérôme, moine de Sept-Fons, décédé.
- Marie est bénie. « Benedicere » en latin signifie « dire du bien ». Le 1° récit de la création est plein de bénédictions : Dieu vit que cela était bon et même après la création de l’homme et de la femme, c’est très bon. A combien plus forte raison, devant Marie, Dieu peut dire que cette créature est très bonne puisqu’elle n’est pas et ne sera jamais entachée par le péché, elle ravit le cœur de Dieu !
- Elle est « bénie entre toutes les femmes ». Ce « entre toutes les femmes » vient encore nous rappeler que Marie fait réellement partie de l’humanité. Elle a été véritablement femme, pas demi-dieu !
Cuisiner, entretenir le linge, assurer une présence dans son foyer, avoir l’œil à tout, savoir mettre tout le monde à l’aise : telles sont les qualités que nous avons trouvé chez nos mères. Eh bien, à n’en point douter, Marie, la Mère de Dieu a su accomplir parfaitement ces tâches. Elle est au-dessus des autres femmes sans être si différente, au moins extérieurement.
- Et Jésus, le fruit de vos entrailles, est béni. Oui, bien sûr, si Marie est bénie, à combien plus forte raison, Jésus est béni. Mais il est proclamé béni comme fruit des entrailles de Marie et la précision est suggestive. Nous le savons, ce qui accapare le cœur, l’attention, de toute femme, c’est évidemment son enfant. Celui-ci peut d’ailleurs devenir la cause du repliement de la mère qui ne s’occupe que de lui, ce qui fait souffrir l’époux qui ne trouve plus sa place. Mais, c’est tout le contraire dans le cas de Marie. Sa maternité sera l’origine de sa relation inconditionnelle avec chacun de nous parce que son Fils est lui-même le Frère et le Sauveur de tous les humains. La Sainte Vierge Marie ne me dira jamais : « Je me dois à lui d’abord. Ensuite, quand je pourrai, je m’occuperai de toi ! » Elle me dira tout au contraire : « Je ne crains rien pour lui ; donc toi d’abord, et aussi longtemps que tu auras besoin de moi. » En Marie, sa Mère, Jésus n’est plus l’unique béni : je le suis aussi ; nous le sommes tous car Jésus, au moment où il était cloué sur la croix a prononcé ces mots : « Femme, voilà ton Fils. » Quelle merveille que de réaliser cela quand nous prions le « je vous salue Marie » !
4. Sainte Marie, mère de Dieu, prie pour nous, pauvres pécheurs, maintenant et à l’heure de notre mort.
Dans cette phrase, il y a 4 points que je reprends successivement.
4.1 Sainte Marie, Mère de Dieu
Je vous lis carrément ce que disait le père Jérôme, c’est très beau ! La demande commence de façon câline et insinuante. Voici enfin proclamé le titre de noblesse qui fonde tous les autres titres ; voici le nom premier, le privilège sans partage ; voici le motif de votre intimité avec le Dieu Très-Haut, et de toute votre gratitude, ô grande Dame ! Sans ce privilège de « Mère de Dieu », l’ange n’aurait pas volé vers Nazareth et il n’y aurait pas eu de salutations, ni celle de l’ange, ni celle des chrétiens. Et de cette omission seraient sorties bien des sombres conséquences : la pratique religieuse serait moins attirante, la persévérance moins facile. Il y aurait moins de courage dans nos vies, moins de pureté dans notre idéal, moins de beauté dans la liturgie, moins de chefs-d’œuvre dans l’art, et dans le cœur des moines (je rajoute : et dans le cœur des chrétiens) moins d’espérance.
4.2 Priez pour nous, pauvres pécheurs
Voilà enfin notre demande qui est exprimée. Jusqu’à maintenant, dans la prière, nous n’avons fait qu’énoncer l’identité profonde de Marie, maintenant, nous lui adressons notre demande, elle est simple, elle est claire, elle est orientée vers l’essentiel : que Marie puisse joindre ses mains et prier pour nous.
Dans son commentaire, le père Jérôme dit fort justement : ce « priez pour nous » contient toutes nos demandes. Nous ne faisons pas de listes, nous nous en remettons à Marie qui sait mieux que nous ce dont nous avons besoin et qui, comme mère aimante, le demande pour nous.
4.3 Maintenant
Je lis encore le commentaire du père Jérôme, c’est tellement beau ! Après avoir prononcé ce mot, arrêtons-nous, comme nous l’avons fait au début du « je vous salue, Marie. » Arrêtons-nous : puisque la Mère de Dieu se met à prier pour nous, laissons-lui prendre la relève. Puisque, pour obéir au désir que nous venons d’exprimer, Elle se tourne vers Dieu en notre faveur, laissons-lui le temps de parler à Dieu. Ne rappelons pas trop vite, vers nous, son attention…Ne sentez-vous pas que durant ce moment où vous vous taisez, où c’est Elle qui prie, vous êtes protégé ? Je viens d’écrire « protégé. » Oui pensons aux passages protégés qu’il y a dans les villes : chaque fois que, au bout d’un « je vous salue, Marie » nous avons dit : « Priez, maintenant », c’est comme l’ouverture du passage pour les piétons : Alors, vite avançons, pendant qu’Elle prie « maintenant », avançons vite vers l’autre bord, vers l’Eternel. Il n’y a plus de danger durant ce « maintenant » pendant lequel la Mère de Dieu prie pour nous !
4.4 Et à l’heure de notre mort
On a l’habitude de dire que dans notre vie, il y a deux moments essentiels : maintenant et à l’heure de notre mort. C’est dans ces deux moments essentiels que nous demandons le secours de la Vierge Marie. « Maintenant » pour que je fasse le choix d’aimer dans chaque « maintenant » de ma vie et quand viendra l’heure de ma mort pour que je fasse encore le choix d’aimer. C’était la prière du curé d’Ars : Ah ! Faites-moi la grâce de souffrir en vous aimant, de vous aimer en souffrant, et d’expirer un jour en vous aimant et en sentant que je vous aime. Et plus j’approche de ma fin, plus je vous conjure d’accroître mon amour et de le perfectionner. Que Marie prie pour nous pour que nous puissions mourir en aimant, en aimant le Seigneur, mais aussi en aimant les autres quels que soient les difficultés qui auront jalonné nos relations.
Je vous lis encore le commentaire du père Jérôme : Durant ma vie entière vous m’avez tenu par la main, ô ma Mère. Se pourrait-il qu’à cette heure-là, je sente vos doigts se dénouer et votre main me lâcher ? Certes non ! Si votre main souveraine quittait ma main, ce serait certainement pour saisir un pan de votre manteau et m’en couvrir. Mère de mon long cheminement et Mère à mon instance suprême, oui, enveloppez-moi dans la retombée de votre manteau Durant ce court moment, après lequel, sûr d’avoir passé la porte, je me dégagerai soudain, pour vous faire entendre mon rire, le rire de l’enfant, qui rit, qui rit parce que, par les soins de sa mère, il a tout réussi.
Conclusion : L’acquiescement de Marie à la demande de l’ange
Puisque nous sommes dans l’année de l’annonciation, en complément du commentaire de la prière du « je vous salue Marie » que je viens de faire, il me faut quand même dire quelques mots du « fiat » de Marie.
Je l’ai dit, la demande de l’ange s’adresse à une femme dont la liberté est entière. St Bernard, et bien d’autres avec lui, ont dit que toute la destinée de l’humanité dépendait de ce qui allait sortir de la bouche de Marie, tout le ciel retenait son souffle en attendant que Marie prononce son Oui. Origène, un écrivain du 2e siècle, commentera ce passage en disant : C’est comme si Marie disait à l’ange, me voici, je suis une tablette de cire (ces tablettes sur lesquelles on écrivait à l’époque) que l’écrivain divin écrive sur moi ce qu’il voudra. Nous dirions aujourd’hui, me voici Seigneur, je te signe un chèque en blanc !
Mais regardons de plus près l’Evangile pour entendre quel fut le mot exact qui est sorti à ce moment-là de la bouche de Marie quand l’Ange lui demande si elle accepte cette mission ? Il est clair que Marie n’a pas dit : fiat ! Tout simplement parce que Marie ne parlait pas latin ! Alors, qu’a-t-elle dit ? Parce que Marie parlait araméen, à la demande de l’Ange, elle a répondu : voici la servante du Seigneur (je ne sais pas le dire en araméen !) et elle a ajouté : Amen ! C’est ce mot-là que Marie a répondu, un mot extraordinaire que nous connaissons bien même si nous n’en connaissons pas forcément tout le sens. Les Evangiles, en français, mentionneront la réponse de Marie en ces termes : Voici la servante du Seigneur ; que tout m’advienne selon ta parole ! Mais on peut dire que la traduction la plus littérale serait : Voici la servante du Seigneur, Amen à ta Parole.
Pour comprendre la richesse de ce mot, Amen, on peut regarder comment Luc l’a traduit dans son Evangile écrit en grec. Luc était un très très fin connaisseur de la langue grecque, le mot qu’il a choisi, il l’a donc choisi entre 1000 pour qu’il soit le plus juste possible, qu’il rende le plus justement le mot araméen-hébreu « Amen ». St Luc, dans son Evangile grec a écrit : « genoito » Ce choix de Luc est très intéressant car le verbe « genoito » qu’on a traduit en français par « advenir », Luc l’a utilisé à un mode qui est très particulier en grec et qui n’existe pas en français, c’est l’optatif.
En Français, nous connaissons, l’indicatif, le grec a, en plus, l’optatif. Ce mode est utilisé pour exprimer le désir que quelque chose arrive et même l’impatience. Et, en plus, le temps qui est utilisé donne encore plus de force à la réponse de Marie. Le temps est utilisé est l’aoriste qui n’existe pas non plus en français. L’aoriste sert à définir une action qui commence mais n’est pas finie. Ça signifie que le oui de Marie n’est pas un oui résigné, mais un Oui nuptial : je suis contente de faire ce que le Seigneur veut, je suis contente que cela commence vite en moi ! On pourrait dire : ça me plait parce que ça plait à Dieu ; c’est du solide puisque ça vient de Dieu et je veux vite entrer dans sa volonté. Et vous voyez, ce mot Amen est tellement important qu’on ne l’a pas traduit, il est comme une relique !
Marie pourra donc nous accompagner pour que, tout au long de cette année, nous puissions dire, à notre tour, oui à Dieu, mais un Oui qui ne soit pas résigné. Et vous savez que ce petit mot Oui, il est très important puisque c’est celui qui décide de l’orientation d’une vie, c’est le mot du mariage, c’est le mot de l’ordination : est-ce que tu veux ? Oui !
Par l’intercession de Notre Dame de Lourdes, demandons que cette méditation nous aide à moins rabâcher quand nous prions.
