Quand on entend ce texte, on a envie de demander à Jésus, de manière ironique : et tu n’as pas envie d’en rajouter encore ? Ce que demandait la loi n’était déjà pas facile à accomplir, mais ce qu’a demandé Jésus tous ces derniers jours, si nous sommes un peu lucides sur nous-mêmes, c’est tout simplement impossible. Il a poussé la loi à bout en appliquant le principe de Paul : l’accomplissement parfait de la loi, c’est l’amour. Mais au jourd’hui, avec cette conclusion de la 1° partie du sermon sur la montagne, Jésus va encore plus loin en transformant la demande que Dieu avait faite à Moïse. En effet, à Moïse, Dieu avait dit : « Soyez saints, car moi, le Seigneur votre Dieu, je suis saint. » Là, Jésus va beaucoup plus loin, il dit : « Vous donc, vous serez parfaits comme votre Père céleste est parfait ! » Saint c’était déjà un bel objectif, mais ça ne suffit pas à Jésus, il veut que nous devenions parfaits … comme Dieu ! Et, on peut dire, finalement, que devenir parfaits, c’est le résumé de toutes les exigences, de tous les appels de cette partie du sermon sur la montagne que Jésus a prononcé dans l’élan de la proclamation des Béatitudes.
Je suis à peu près sûr que Jésus fait exprès de nous en demander bien plus que ce que nous étions capables de faire. S’il nous demandait juste un peu plus que nos capacités habituelles, nous serions capables, en nous forçant vraiment, d’y parvenir. Mais là, nous pouvons bien nous forcer, nous ne parviendrons jamais à devenir parfait comme Dieu ! Ça restera toujours bien au-delà de ce que nous sommes capables ! Alors comment faire ? Eh bien, il faut comprendre cette demande de la manière la plus juste possible.
En français, on peut jouer sur le verbe faire et le décliner de cette manière : faire, refaire et parfaire. Et vous allez voir, ça peut devenir lumineux. Dieu nous a fait, c’est la création. Mais voilà, le péché est venu contrarier le grand projet de Dieu. Pour autant, Dieu n’a pas baissé les bras, il a envoyé son fils dans le monde pour qu’il puisse refaire ce que le péché avait défait, c’est la Rédemption.
Avec humour, je dirai qu’il y a eu une réunion au sein de la Trinité pour se partager le job ! Dieu le Père a dit, je vais m’occuper de tout faire, la création sera ma plus belle œuvre. Le Fils a dit, je vais m’occuper de tout refaire ce que le péché a défait, la Rédemption sera ma mission. Et ils se sont alors tournés vers le Saint-Esprit et ils lui ont demandé : et Toi, quelle va être ta mission ? Le Saint-Esprit a répondu : si, Toi, le Père, tu t’occupes de faire et si, Toi, le Fils, tu t’occupes de refaire, moi, le Saint-Esprit, je vais m’occuper de PARFAIRE, ça sera ma grande mission.
Vous voyez, tout est lumineux : Faire, c’est la création, œuvre du Père ; refaire, c’est la rédemption, œuvre du Fils ; parfaire, c’est la sanctification et c’est l’œuvre du Saint-Esprit. Ainsi donc, quand Jésus dit : soyez parfaits comme votre Père est parfait, il ne nous demande pas de faire des efforts inconsidérés qui ne donneront jamais que de maigres résultats… il nous demande de nous remettre entre les mains du Saint-Esprit pour nous laisser parfaire, pour devenir des saints.
Voilà donc le secret d’une vie chrétienne réussie, le secret d’une vie chrétienne féconde, c’est de se remettre entre les mains du Saint-Esprit parce que c’est lui qui va faire en nous ce que nous sommes incapables de réaliser. Les saints ne sont pas devenus des saints parce qu’ils étaient plus forts que les autres. D’ailleurs ils ont à peu près tous dit, avec leurs mots à eux, que si le Seigneur avait trouvé plus pauvre qu’eux, cette personne aurait été choisie pour que Dieu puisse réaliser, à travers elle, son œuvre. Les saints sont devenus des saints parce que, conscients tout à la fois de leur extrême pauvreté et de la grandeur de l’appel de Dieu qui dépassait tellement leurs capacités, ils se sont remis entre les mains du Saint-Esprit pour se laisser parfaire.
Quelle bonne nouvelle, ce ne sont pas les parfaits ou les presque parfaits ou ceux qui se pensent comme tels qui seront promis à un bel avenir chrétien. Souvent, avec eux, le Seigneur ne peut pas grand-chose parce qu’ils comptent trop sur eux. Ce sont les pauvres qui sont promis au plus bel avenir parce que, eux, ils savent, connaissant trop bien leurs pauvretés et leurs limites qu’ils ne pourront répondre à l’appel du Seigneur qu’en se remettant entre ses mains lui qui les a faits, il ne rechignera jamais à leur donner Jésus qui pourra toujours refaire ce que le péché a défait et Jésus les encouragera à se remettre entre les mains du Saint Esprit qui va, peu à peu, les parfaire.
Par l’intercession de Notre Dame de Laghet, demandons cette grâce de nous laisser parfaire chaque un peu plus par le Saint-Esprit.
