26 juillet : 17° dimanche du temps ordinaire. Tournons le dos aux prières d’Adolphin !

Savez-vous ce qu’est une prière d’Adolphin ? C’est Pagnol dans Manon des sources qui met ce mot sur les lèvres du curé dans le célèbre sermon qu’il prononce au moment de la sécheresse. Vous connaissez l’histoire, il y avait une source et elle ne coule plus, la sécheresse met tout le village en danger. Alors, même ceux qui n’avaient pas l’habitude d’aller à la messe, y vont ce jour-là, parce que le curé avait annoncé qu’elle serait célébrée pour implorer le ciel qu’il ouvre les écluses et que la pluie vienne sauver tout ce qui pouvait encore l’être. Tout le village est là, dans l’église, alors le curé en profite pour leur dire tout ce qu’il a sur le cœur parce que, d’habitude, quand il célèbre la messe, il les voit rarement aussi nombreux ! Relisez ce sermon, il est extraordinaire !

C’est donc là que, dans son sermon, il va parler de ces prières d’Adolphin que les gens sont venus faire. Il explique que l’Adolphin, c’était un cousin de ses parents qui ne s’occupaient jamais des membres de sa famille, qui ne prenait jamais de nouvelles, qui ne venait jamais aux fêtes de famille. L’Adolphin, disait-il, quand on le voyait arriver, on était sûr qu’il avait besoin de quelque chose ! Au début, il faisait semblant de s’intéresser à la famille, mais personne n’était dupe et, invariablement, juste avant de partir, quand il avait déjà remis son chapeau sur la tête, il disait : à propos, tu n’aurais pas une charrue en trop car la mienne vient de casser ! Voilà quel était le véritable objet de sa visite ! Eh bien, dit le curé à ses paroissiens, dans ce sermon inégalable, vos prières d’aujourd’hui sont des prières d’Adolphin ! Vous êtes venus, non pour honorer le Bon Dieu et lui manifester votre amour, vous êtes venus parce que vos légumes dans votre jardin, vos bêtes dans vos étables sont en train de crever à cause de la sécheresse… Vos prières sont de véritables prières d’Adolphin qui ne réjouissent pas le cœur de Dieu !

La 1° lecture nous présentait la si belle prière de Salomon, mais en la lisant, je me suis dit qu’elle pouvait aussi être une prière d’Adolphin. Oui, mais Dieu ne l’entendra pas de cette manière et je vais expliquer pourquoi en montrant ce qui sauve cette prière et lui permet de toucher le cœur de Dieu. Toutefois, la démarche de Salomon ressemblait quand même à celle de l’Adolphin ! Pour s’en rendre compte, il faut faire un tout petit peu d’histoire. Le roi David avait réussi à unifier les 12 tribus que Dieu avait fait sortir d’Egypte et établies en Terre Promise. Mais chaque tribu était autonome, sur une portion de territoire. David parviendra à mettre fin à ces clans qui étaient souvent en querelle les uns contre les autres. Il sera ainsi à la tête d’un beau Royaume, encore petit, mais bien plus fort que lorsque les hébreux étaient divisés en clans. Pour vous situer tout cela dans le temps, David est roi dans les années 1000 avant J.C. Il va finir par mourir vers 973 et la question de sa succession se pose.

La coutume règle ce problème en donnant toute légitimité au fils ainé du roi. Or, Salomon n’était pas le fils ainé, il avait 3 frères plus âgés que lui. Je n’entre pas trop dans les détails, mais sachez que Salomon va pas mal magouiller, utiliser coups tordus et violence pour éliminer ses frères. Sa mère, l’une des femmes de David, la préférée sans doute, mettra tout son poids pour aider son fils dans la conquête du pouvoir. Et le voilà donc, après bien des péripéties, qui arrive au pouvoir, un pouvoir qui avait failli lui échapper au dernier moment puisque l’un de ses frères, plus légitime que lui, avait réussi à se faire sacrer. Mais il parvient, in extremis, à retourner la situation en sa faveur. Vous imaginez bien qu’en étant arrivé au pouvoir de cette manière, Salomon n’avait pas que des amis dans son entourage et dans le peuple ! Et cela, il l’a très vite compris, c’est pourquoi, la certitude monte en lui qu’il doit absolument avoir le Seigneur avec lui, autrement ça sera très dur !

Comme nous l’avons entendu au début le la lecture, avant même que Salomon ne s’adresse au Seigneur, c’est le Seigneur qui vient à lui et qui veut le tester : va-t-il faire une prière d’Adolphin ? Dieu s’adresse à Salomon et lui dit : Demande ce que je dois te donner. C’est un vrai test ! Et j’imagine qu’il y a eu un véritable combat en Salomon. Dans sa situation, la tentation était grande de dire : ce que je te demande, c’est d’anéantir tous ceux qui sont contre moi et de me donner puissance, prospérité et richesse. Mais ce n’est pas ce que va demander Salomon, comme quoi, on peut toujours se convertir !

Il a magouillé pour arriver au pouvoir, mais maintenant qu’il y est, il demande la grâce de devenir un bon roi, avec, un cœur attentif capable de discerner le bien et le mal. Vous l’aurez compris, c’est cette demande qui sauve la prière de Salomon et qui la différencie d’une prière d’Adolphin ! Car, c’est trop évident, les prières d’Adolphin ne peuvent pas toucher le cœur de Dieu. Mais la prière de Salomon, ainsi formulée, touche tellement le cœur de Dieu qu’il va dire à Salomon : Puisque c’est cela que tu as demandé, et non pas de longs jours, ni la richesse, ni la mort de tes ennemis, mais puisque tu as demandé le discernement, l’art d’être attentif et de gouverner, je fais ce que tu as demandé : je te donne un cœur intelligent et sage, tel que personne n’en a eu avant toi et que personne n’en aura après toi.

Alors, nous pouvons tous nous interroger : mes prières ne seraient-elles pas parfois des prières d’Adolphin ? Est-ce que je me tourne vers Dieu surtout quand j’ai besoin de lui ? Est-ce que, dans ma prière, j’occupe toute la place, je ne lui parle que de moi, de ce que je veux ? Est-ce que je sais vraiment demander l’essentiel ? Pour nous encourager, je dirai que si nous sommes mal partis, nous ne devons pas désespérer pas, Salomon, lui aussi était mal parti et il a redressé la barre pour échapper à ces prières d’Adolphin ! Mais je vous le dis aussi, hélas, il a mal fini ! En effet, sans doute grisé par le pouvoir, il va, au fil des années, moins compter sur Dieu, moins exercer le charisme de discernement et de gouvernement qu’il avait reçu et se mettre à compter sur les compétences acquises, sur son pouvoir. Du coup, il se laissera envahir par des désirs beaucoup moins glorieux que ceux qu’il avait présentés au Seigneur dans la nuit de ce songe. Bref, ses prières vont redevenir des prières d’Adolphin. Et c’est ainsi qu’au moment de sa mort, le Royaume va se déchirer et l’unité réalisée par David n’existera plus jamais. C’est cette unité du grand Israël qui fait encore rêver les sionistes, aujourd’hui. Méfions-nous donc, il ne suffit pas de bien partir, encore faut-il ne pas faiblir en route !

Vous me direz qu’avec tout ça, je n’ai pas parlé de l’Evangile et que l’homélie a déjà été longue ! C’est vrai ! Mais c’est facile de faire le lien : notre manière de prier révèle, en fait, ce que nous considérons comme le véritable trésor de notre vie. Ce que nous demandons avec insistance, c’est ce que nous considérons comme le vrai trésor. Et Jésus nous prévient : attention, le véritable trésor de ta vie ne peut pas être du superficiel ; le véritable trésor, il est caché au fond de ton cœur. Si nous vivons à la surface de nos vies, si nous sommes attirés par tout ce qui brille, si nous n’allons pas creuser au fond du fond de notre cœur, le vrai trésor de nos vies, nous ne le trouverons jamais.

Par l’intercession de Notre Dame de Laghet demandons la grâce de trouver ce trésor en cultivant l’intériorité car c’est ainsi que nos prières ressembleront de moins en moins à des prières d’Adolphin.

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