Semaine du 10 au 16 mars

13 mars 2019 3 Par Père Roger Hébert

Je suis très en retard dans la rédaction de mon journal ! Mais comme les activités se calment, je m’y mets ! Et je complète la semaine dernière en l’incluant dans cette semaine !

Jeudi 7 mars

Jeudi soir de la semaine dernière, nous avons eu une rencontre très intéressante avec quelques responsables nationaux du Renouveau Charismatique et une petite équipe, issue du Renouveau, chargée de mettre en place un grand projet.
Le Renouveau charismatique qui est bien mieux accueilli ici que chez nous. Il gagne peu à peu les paroisses. Les curés ne sont pas toujours favorables, en effet, le cléricalisme est encore fort ici où tout doit passer par le curé, les laïcs ont cette mentalité et les curés sont bien contents d’être les chefs ! Des groupes de prière où ce sont des laïcs qui sont responsables et qui conduisent (avec le St Esprit !) la prière même quand le curé est là, ça ne passe pas forcément bien !
Pourtant, tout le monde est obligé de reconnaître les bienfaits du Renouveau. Quand un curé cherche des laïcs pour telle ou telle mission, responsabilité dans la paroisse, il demande toujours à des gens du Renouveau ! Ceux qui ont reçu l’effusion du St Esprit sont reconnus comme fiables, honnêtes et formés.
Pourtant, ici, comme chez nous, il arrive qu’on reproche au Renouveau de trop se cantonner au spirituel, à la prière, alors que la situation du pays est si préoccupante notamment à cause du chômage de masse qui plonge tant de familles dans la pauvreté.
Les gens du Renouveau ont entendu l’appel et ils ont fait appel à certains de leurs membres qui travaillent dans le monde de la Finance. Ils ont mis au point un grand projet, en lien avec la Caritas (secours catholique local) qui, pour faire simple, va développer les micro-crédits.

IMF = institut de Mico Finances

On entend souvent parler de tels projets, un économiste, inventeur de ces micro-crédits a même reçu le prix Nobel d’économie. Le principe est simple, les gens qui veulent créer un petit job pour sortir de la misère ont besoin d’un coup de pouce pour acheter un vélo par exemple qui leur permettra de devenir livreur (c’est un exemple, mais ici, on livre tout en vélo, même des canapés !) Seulement, jamais une banque ne leur prêtera avec leur niveau de ressources. Les micro-crédits garantis par des organismes comme Caritas, rendent cela possible. Le Renouveau va se lancer dans l’aventure, mais comme c’est une grande aventure et qu’il faut des fonds, ils vont commencer par créer des MUSO = MUtuelle de SOlidarité entre leurs membres. Je ne peux pas expliquer tout le processus, mais j’ai trouvé ce projet excellent. Bien sûr, il faudra attendre quelques années pour qu’il soit opérationnel au niveau micro-crédit ouvert à tous, mais c’est un projet courageux, ambitieux et qui est tellement accordé à l’évangile.

Une autre diapo de présentation du projet

Vendredi 8 mars

Journée studieuse pour préparer mes deux enseignements du lendemain, avec quand même quelques entretiens d’accompagnement, de confession pour des membres du Foyer et des personnes extérieures.

Samedi 9 mars

Lever de bonne heure, petit déjeuner 6h30 et départ 7h15 pour Boukeye à une heure de voiture, c’est en direction de Ngozi, donc je connais bien la route !

La sœur Joséphine est avec nous, elle est responsable de la formation dans la congrégation des sœurs Bene-Tereziya, c’est elle qui a organisé la journée. Béatrice et Albert, membres du Foyer sont du voyage. Ils profitent de la voiture pour aller voir l’abbé Viateur qui est parti se reposer justement à Bukeye, c’est son village (petite ville) d’origine ainsi que pour le père Amand. Nous avons un chauffeur qui est au service de la congrégation, un homme assez jeune qui conduit très bien ! Je lui dis d’ailleurs que si je suis le prochain pape, il conduira la papamobile ! Il me dit qu’il ne faut pas que j’oublie de prendre son numéro de téléphone pour que je l’appelle dès mon élection ! Nous rions bien !

Nous arrivons à Bukeye un peu avant 9h, nous conduisons Béatrice et Albert au presbytère, là où l’abbé Viateur a été accueilli pour son repos. J’ai l’occasion de lui parler 5 mn. Puis, nous allons au noviciat, 1 km plus loin. Les novices de la congrégation des sœurs sont là, avec les novices des frères Bene-Paulo. Ils chantent un chant de bienvenue.

les novices de deux congrégations : on en rêve !

Je pensais que mon intervention allait durer 1h15, elle dure plus de 2h ! Mais on prend une pause de 30 minutes au milieu, les novices sont heureux de parler entre eux, filles et garçons.

Je célèbre la messe en fin de matinée. Béatrice et Albert sont là. Les novices ont déjà participé à leur messe du matin, sauf celles qui ont pris l’habit qui sont venus avec moi.

le très beau tabernacle de la chapelle des novices
le bien moins beau confessionnal !

Repas avec les sœurs, repas joyeux ! Après le repas, je pensais faire une sieste, mais une novice a demandé à me rencontrer, donc je la reçois. Belle rencontre !
L’après-midi, ce sont les formateurs des novices-frères et des novices-sœurs que je rencontre. Il n’y a que deux frères et une dizaine de sœurs. Là encore, je suis bien inspiré ! A la fin, je reçois un cadeau : une belle nappe d’autel !

Nous partons plus tard qu’il était prévu, il faudra rouler de nuit ! Et il faut encore que nous nous arrêtions au presbytère saluer Viateur, récupérer Béatrice et Albert. Je dois aussi copier les enseignements donnés pour l’aumônier du noviciat qui a participé l’après-midi.

Nous croisons les filles internes du lycée qui rentrent d’une activité

Manifestement le chauffeur est un peu plus pressé que le matin ! Il y a beaucoup de camions, difficile de doubler et pourtant, il le faut. Le chauffeur reste prudent, tant mieux ! Parce que, ici, la grande maladie, c’est de doubler même quand il n’y a pas de visibilité ! Les accidents de la route font une quantité de morts chaque année. Il faut dire qu’il n’y a pas de limitation de vitesse ni de contrôle d’alcoolémie et Dieu sait si les hommes boivent !

Dimanche 10 mars

Messe avec les brebis de Jésus et, après la messe, une première !

Thomas, le kiné-ostéopathe, m’a parlé d’un de ses patients qui souffrait beaucoup. Il m’a dit que, lui, il faisait ce qu’il pouvait d’un point de vue médical, mais que cet homme aurait besoin qu’on prie pour lui. Je lui ai dit qu’il fallait quand même s’assurer que ce monsieur était d’accord pour que je vienne. Il en a parlé et nous avons convenu dimanche après la messe.
Nous partons avec Claudine, une membre du Foyer, qui était infirmière avant de rentrer au Foyer. Ce monsieur habite dans un quartier très populaire, Kaniosha. Je rentre pour la 1° fois dans une maison normale, sûrement au-dessus de la moyenne, mais très pauvre quand même. Le monsieur est dans la pièce d’arrivée dans un lit et ne peut presque plus bouger. Il a ses enfants qui se relaient pour qu’il y en ait toujours un avec lui, son épouse est souvent absente, elle ne supporte pas cette situation.
Grâce à Claudine qui traduit, je parle un peu avec lui et lui explique que je vais lui donner le sacrement des malades, je lui explique aussi les gestes de ce sacrement. Thomas est avec nous, les enfants aussi sont venus.
Nous vivons un bon moment de prière, je prends vraiment le temps, Claudine prie aussi à haute voix à certains moments.
Je trouve que le visage de ce monsieur s’apaise. A la fin, il me remercie beaucoup d’être venu jusqu’à lui. Je pense que lui et ses enfants sont quand même étonnés qu’un Muzungu, considéré comme un riche, vienne chez eux ! Il se met à pleuvoir très fortement, pluie de bénédictions ?
Nous rentrons et passons prendre Prosper, le jeune cousin de Thomas qui habite et travaille chez lui tout en étant étudiant en comptabilité. Je le vois à chaque rendez-vous et nous discutons toujours un moment. Je l’ai invité avec Thomas à venir manger avec nous.
Tous deux découvrent le Foyer, je leur fais un peu visiter et nous mangeons. Diane et le père Amand sont là. Nous avons de bons échanges, manifestement, Thomas est content, Prosper aussi !
Après-midi, sieste et, comme chaque jour, adoration, chapelet.

Départ du groupe des jeunes qu’on appelle « les amis de Marthe » Ce sont des jeunes qui viennent aider au Foyer quand il y a eu une retraite, ils viennent dans les jours qui suivent faire le ménage dans toutes les chambres. Ils se sont proposés spontanément car ils aiment venir au Foyer et ils ont compris que les membres avaient trop de travail. Et il y a des garçons et des filles … alors que, ici, le ménage n’est pas tellement le truc des hommes ! Hier soir, à la fin du repas, chacun a pu dire ce qu’il avait reçu comme grâce en appartenant à ce groupe. C’était très beau car certaines filles avaient dit que chez elles, elles ne faisaient pas grand-chose et que, en venant ici, elles avaient complètement changé, les parents ne les reconnaissaient plus !

Oui, il peut y avoir des filles qui ne font pas grand-chose chez elles, si elles sont de familles qui ont un peu les moyens car il y a des domestiques dans la maison. Evidemment, c’est un peu choquant pour nous, mais, d’une part, c’est la tradition, d’autre part, ça donne un ou même plusieurs emplois. Dans une famille, il peut y en avoir plusieurs : à la cuisine, au ménage, à l’ouverture du portail, à la garde des enfants. J’ai compris que la question n’était pas de savoir s’il faut qu’il y ait ou pas des domestiques, la question est de savoir comment ils sont traités et payés ! Mais, hélas, de cela, on n’en entend pas beaucoup parler dans les homélies par exemple.

les amis de Marthe

Lundi 11 mars

Nous allons à la banque, avec Albert, pour que je puisse retirer de l’argent, il y a une banque qui autorise des retraits avec la carte Visa … mais ils prennent à peu près 10% de la somme entre les frais et la commission ! Mais, j’ai besoin d’argent, alors il faut bien accepter d’enrichir le banquier !

J’ai donné un rdv par Messenger à quelqu’un qui souhaite me rencontrer.

A midi, le père Amand m’emmène manger dans un restau au bord du lac. Le père Amand tient absolument à manger le plus près possible du lac, à l’ombre, mais le serveur n’est pas chaud car il nous dit qu’en ce moment, il y a des hippopotames qui sortent en plein jour ! Nous allons à l’abri … mais le père Amand n’avait pas bien envie de changer de lieu !

Ça fait longtemps que nous n’avions pas eu l’occasion d’échanger (dernière fois, jour de Noël !) nous parlons beaucoup des affaires qui secouent l’Église.

Sieste courte et ensuite, puisque je n’ai rien, j’en profite pour répondre à mes mails, j’ai beaucoup de retard !

Fin d’après-midi : adoration et messe.

Le soir, la communauté commence une petite récollection de carême qui est prêchée par le père Emmanuel, le jeune père du Foyer de Kiryama.

Mardi 12 mars

Le matin, je commence à planifier mes activités au retour en France.

J’ai donné deux rendez-vous à deux jeunes qui voulaient me voir, ils auront chacun une heure de retard ! Une jeune fille a été très touchée de m’entendre dire qu’il n’y avait plus de jeunes dans nos églises, elle me demande ce qu’elle pourrait faire pour venir évangéliser chez nous ! C’est très généreux, mais évidemment impossible à réaliser, je l’oriente vers des communautés comme le Chemin Neuf qu’elle connait bien.

Le chapelet pour ce temps de réco a lieu à midi.
Sieste et ensuite, je vais chez Thomas. C’est Frédérique, une amie du Foyer qui m’y conduit puisque les membres sont pris par la réco. C’est d’ailleurs grâce à elle que j’ai connu Thomas. Ça me permet de mieux la connaitre.
Après ma séance, Thomas s’occupe un peu de Frédérique qui a quelques douleurs, Prosper en profite pour le faire visiter sa plantation de Curcuma !
Messe à 17h30 pour la réco.

Mercredi 13 mars

L’adoration a lieu le matin pendant la réco suivie de l’office des Laudes.
Après le petit déjeuner et la vaisselle, je révise mon enseignement pour les fiancés ce soir.

A propos du lave-vaisselle, bonne nouvelle, Pierre-François m’annonce que le lave-vaisselle va être livré la semaine prochaine. C’est un lave-vaisselle que nous donne l’école St Louis qui devait changer de matériel. Du coup, l’argent de la collecte servira à acheter une grosse machine à laver le linge car il n’y en a qu’une et une petite, alors quand il y a des retraitants, tous les draps doivent être lavés à la main !
Le matin, je prends le temps d’écrire ce journal et ensuite je me rends disponible pour confesser les membres du Foyer qui le souhaitent.

Si vous vous inquiétez pour ma petite chèvre, rassurez-vous, elle va très bien, de temps en temps je lui fais une petite visite. Comme vous pouvez le constater, elle a bien grandi, mais elle aime encore têter sa maman de temps en temps !

Ma biquette et sa maman !

Et voilà comment on étend le linge ici !

La rencontre des fiancés qui avait été annulée la semaine dernière a eu lieu ce mercredi, une dizaine de couples étaient là et une grande partie des membres du Foyer ont assisté parce que, souvent, les fiancés demandent ensuite un accompagnement individuel aux membres.

Le groupe des fiancés (une partie) avec les membres au fond

Au cours de l’enseignement, j’ai voulu faire le coup de la fontaine de Champagne pour montrer que l’amour de Dieu est merveilleux et abondant. On faisait bien ça dans les mariages avant ! Mais là, je n’avais qu’une bouteille d’eau et des verres chinois que j’ai mis en pyramide, tout ou presque est tombé ! La cause : les verres qui sont fabriqués par les chinois ne sont pas tous de la même taille pourtant dans le même carton ! Enfin, ils ont bien ri et ils ont quand même compris ce que je voulais dire !