Dans l’Evangile, nous avons entendu cette déclaration solennelle de Jésus : Amen, amen, je vous le dis : un serviteur n’est pas plus grand que son maître, ni un envoyé plus grand que celui qui l’envoie. Je dis qu’il s’agit d’une déclaration solennelle parce que sa déclaration est introduite par ces mots : Amen, amen, je vous le dis. A chaque fois que nous trouvons cette introduction, c’est comme pour nous annoncer que les paroles qui suivent sont d’une importance capitale. Alors cherchons à comprendre en quoi ces paroles sont d’une importance capitale. Un serviteur n’est pas plus grand que son maître, ni un envoyé plus grand que celui qui l’envoie.
Oui, ces paroles sont très importantes parce que tous les évangélisateurs, tous les disciples-missionnaires sont un jour confrontés à cette question : pourquoi la mission est difficile ? Pourquoi y a-t-il tant d’obstacles sur mon chemin ? Pourquoi est-ce que je rencontre tant d’opposition ? Certes, quand on vit en disciple-missionnaire, il y a de belles expériences, mais il y a aussi de grandes difficultés. Et ces questions sont renforcées par ce raisonnement que, tous, nous faisons à un moment ou à un autre : si c’est le Seigneur qui m’envoie, si je suis fidèle à la mission confiée, comment se fait-il que ça ne marche pas mieux ? Sans réclamer un tapis rouge, on pourrait au moins espérer des conditions favorables.
Jésus savait que ses disciples seraient confrontés à ces questions, c’est pour cela qu’il leur dit : un serviteur n’est pas plus grand que son maître, ni un envoyé plus grand que celui qui l’envoie. Et comme il veut que ses disciples comprennent bien que ces paroles sont très importantes, il les introduit par ces mots : Amen, amen, je vous le dis. C’est comme si Jésus disait : j’espère que vous ne prétendez pas être meilleurs que moi ! Alors, ce qu’ils m’ont fait subir à moi, ils vous le feront subir. Du coup, on peut repenser à toutes les oppositions que Jésus a affrontées, les mensonges proférés contre lui et, au final, cette condamnation et sa mise à mort. Un serviteur n’est pas plus grand que son maître, ni un envoyé plus grand que celui qui l’envoie. Oui, Jésus annonce clairement : ce qu’ils m’ont fait, ils vous le feront parce que la vérité se heurte toujours au Père du mensonge qui manipule des cœurs mal intentionnés.
Dans la 1° lecture, nous en avons d’ailleurs une belle illustration, Paul va être lâché par son collaborateur Jean-Marc, c’est-à-dire celui qui deviendra l’évangéliste Marc. C’est vrai qu’il ne devait pas être facile tous les jours de collaborer avec Paul, mais il a dû ressentir la même douleur que Jésus quand il a été livré par Judas, renié par Pierre. Un serviteur n’est pas plus grand que son maître, ni un envoyé plus grand que celui qui l’envoie. Lâché par son ami et collaborateur, Marc, Paul a pu le vérifier comme le vérifieront tant d’autres missionnaires de l’Evangile comme Saint Pons que nous fêtons aujourd’hui dans notre diocèse.
Mais n’en restons pas à ce versant négatif de la Parole de Jésus qui annonce que ce qui est arrivé à Jésus dans l’ordre des souffrances arrivera aussi à ses disciples de tous les temps. En effet, il faut aller jusqu’au bout : ce qui est arrivé à Jésus dans sa victoire est également promis à ses disciples. Le mal, la haine, la violence et la mort n’ont pas eu le dernier mot dans la vie de Jésus. Le dernier mot est revenu à la vie, à l’amour, c’est la résurrection que nous avons fêtée à Pâques et dont nous continuons à nous réjouir dans ce temps pascal. Du mal, Dieu a toujours cette capacité de faire surgir du bien, un bien qui semble parfois fragile, dérisoire face à l’ampleur du mal ; mais ce bien est capable de se frayer un chemin au milieu des pires obstacles pour l’emporter. C’est bien ce que nous affirmons dans la célébration des martyrs, comme celui de St Pons. Nous connaissons tous cette très belle parole de Tertullien qui disait : le sang des martyrs est une semence de chrétiens.
Par l’intercession de Notre Dame de Laghet demandons cette grâce de ne pas être trop déstabilisés par les épreuves que nous vivons car le serviteur n’est pas plus grand que son maître, ni un envoyé plus grand que celui qui l’envoie. Demandons-lui aussi la grâce de vérifier que, si nous sommes associés aux souffrances, nous sommes, nous serons aussi associés à sa victoire.
