Hier, la 1° lecture, nous rapportait le récit de ce qu’on pourrait appeler la prise de possession par Dieu du Temple qui lui a été construit. Nous avions assisté à ces sacrifices si nombreux qu’on ne pouvait les compter, puis à l’installation de l’Arche d’Alliance dans le Saint des Saints et, au final, à la venue de Dieu lui-même signifiée par cette nuée qui emplissait la totalité du Temple. Cette mention était intéressante car, elle montrait bien que Dieu se donnerait à rencontrer dans la totalité de l’espace. Certes, le Saint des Saints allait être l’espace le plus sacré, mais Dieu refusait d’être confiné exclusivement dans cet espace sacré, il voulait se donner à rencontrer par tout le monde. Or le Temple était un espace construit comme une série d’ensembles qui finissaient par filtrer la présence des personnes : d’abord une cour très vaste où tout le monde pouvait entrer, même les païens, puis un espace réservé aux juifs, puis un espace réservé aux hommes, puis un espace réservé aux prêtres et enfin, le fameux Saint des Saints. En nous laissant contempler la nuée qui envahit la totalité de l’espace, il était donc clair que Dieu se donnerait à rencontrer par tous.
Aujourd’hui, nous assistons à la suite, maintenant que tout est en place dans le Temple, maintenant que Dieu lui-même habite cet espace, la consécration du Temple peut être menée à son achèvement. Intervenant dans cette cérémonie, le roi Salomon va avoir une très belle prière que nous avons entendu dans la 1° lecture. Dans cette prière, le roi, très inspiré, va reconnaître que si Dieu est présent ici, il n’est pas qu’ici, je cite : Est-ce que, vraiment, Dieu habiterait sur la terre ? Les cieux et les hauteurs des cieux ne peuvent te contenir : encore moins cette Maison que j’ai bâtie !
J’insiste parce que nous sommes confrontés à la même problématique avec nos églises. Certes, à la différence du Temple, des églises, il y en a partout, dans chaque village, même le plus petit, alors que de Temple, il n’y en avait qu’un pour le monde entier et il était à Jérusalem. Mais, avec ces textes, nous comprenons que nous ne devons pas enfermer Dieu dans nos églises. Il a accepté de s’y rendre présent parce qu’il connait nos besoins, à nous les humains. Par délicatesse à notre égard, Dieu a accepté de se rendre présent dans les maisons que nous avons construites en son honneur, mais ne l’enfermons pas dans ces lieux.
Quand j’étais responsable des jeunes, dans mon diocèse, et qu’il m’arrivait de célébrer la messe en pleine nature, j’aimais bien commencer en expliquant que nous nous retrouvions dans la plus belle des cathédrales puisque celle-là, elle avait été construite par Dieu lui-même. Il n’y a donc pas de lieux qui ne me permettrait pas de rencontrer le Seigneur. Où que je sois, je peux le rejoindre puisqu’il habite principalement les cieux, or le ciel, c’est ce qui remplit l’espace. Du coup, où que nous soyons, nous pouvons lui adresser ces demandes si fondamentales qui concluaient la prière de Salomon : Toi, dans les cieux où tu habites, écoute et pardonne.Ecoute et pardonne ! Ecoute parce que ma vie n’a plus de sens si elle n’est plus nourrie par ce dialogue qui nous unit. Et pardonne, parce que je me connais trop bien !
Quant à l’Evangile, il nous a fait entendre l’une des nombreuses controverses qui nous présente Jésus ferraillant avec les bien-pensants de son époque qui s’estimaient garants de l’intégrité de la Loi. Souvent, c’est la question du sabbat et de son respect qui sera au cœur de ces polémiques ; là, il s’agit du respect des règles de pureté et de purification. Bien sûr, Jésus n’est pas contre le respect des règles élémentaires d’hygiène qui veulent qu’on se lave les mains avant de manger. Mais pour comprendre ce qui énerve Jésus, il faut revenir au texte, seulement, on ne peut que regretter que la version liturgique ait fait sauter quelques mots. Quand Marc rapporte les traditions que les juifs respectent, il dit : Les pharisiens en effet, comme tous les Juifs, se lavent toujours soigneusement les mains, jusqu’au coude, avant de manger, par attachement à la tradition des anciens. Dans le lectionnaire de la liturgie, il manque le « jusqu’au coude. » Et cette petite mention nous aide à comprendre l’une des choses qui pouvait énerver Jésus : jusqu’au coude, ok, mais coude inclus ou pas ? Vous le voyez on peut pinailler à l’infini et ainsi oublier l’essentiel. D’autant plus que dans ces prescriptions, il y avait encore plus grave.
Le texte rappelait que les bien-pensants, au retour du marché, ne mangent pas avant de s’être aspergés d’eau. Le marché, pour un juif pointilleux, c’était un lieu terrible car on y côtoyait toutes sortes de personnes, comme des étrangers, par exemple, qui étaient considérés comme totalement impurs. Alors, les bien-pensant avaient tellement peur, ne serait-ce que les avoir frôlés, qu’ils vont su purifier en rentrant, c’est pour cela qu’ils s’aspergeaient généreusement, c’était pour faire disparaître toute impureté éventuellement contractée. Vous vous rendez compte : des personnes peuvent se souiller en rencontrant d’autres personnes qu’elles considèrent moins bonnes, moins pures qu’elles ! Ça, je pense que ça devait carrément scandaliser Jésus. En effet, lui, il donnera sa vie pour chaque être humain, n’excluant personne. Et cela, nous le rappelons au cours de chaque messe avec les paroles de la consécration : ceci est la coupe de mon sang, le sang de l’alliance nouvelle qui sera versé pour vous ET POUR LA MULTITUDE. Nul ne peut être déclaré infréquentable puisque Jésus a versé son sang pour lui !
Par l’intercession de Notre dame de Laghet demandons la grâce de pouvoir rencontrer Dieu en tout lieu comme nous y invitait la 1° lecture et, comme nous y invitait l’Evangile, de ne jamais perdre de vue que la loi la plus essentielle nous invite à aimer chaque homme comme un frère.
