6 août : Transfiguration du Seigneur … le Seigneur prépare le coeur de ceux à qui il va beaucoup demander !

Luc qui, dans l’Evangile d’aujourd’hui, nous rapporte cet événement inouï de la Transfiguration n’était pas présent quand l’événement a eu lieu et pour cause, il ne faisait pas partie des 12 apôtres et donc encore moins des 3 privilégiés qui ont pu y participer. Comme il le dit lui-même au début de son Evangile, Luc a écrit son texte après avoir recueilli avec précision des informations concernant tout ce qui s’est passé. On peut donc imaginer qu’il a écrit ce récit de la Transfiguration après avoir recueilli avec précision les souvenirs de Pierre qui, lui y était. Et alors, c’est très bien puisque la 1° lecture nous a permis d’entendre Pierre lui-même qui nous racontait ses souvenirs sur le sujet et ce sont plus que des souvenirs puisque Pierre nous livre carrément la relecture de cet événement. C’est clair, Pierre a parfaitement conscience que, sur la montagne, ils ont été les témoins oculaires privilégiés de la grandeur de Jésus. 

Parce qu’il faut bien se mettre à la place des apôtres. Nous, aujourd’hui, ce que nous avons du mal à saisir pleinement, c’est l’humanité de Jésus. Pour nous, c’est clair, Jésus est le Fils de Dieu, consubstantiel au Père, comme le dit le Credo. Mais l’humanité de Jésus, pour nous, elle est plus compliquée à saisir dans sa vérité. Pour les apôtres, c’était exactement l’inverse ! L’humanité de Jésus, c’était leur quotidien, ils mangeaient avec lui, ils riaient avec lui, ils dormaient près de lui dans des campements improvisés … peut-être l’entendaient-ils ronfler après une journée harassante ! Ils n’avaient donc pas de problème avec l’humanité de Jésus. Par contre la divinité de Jésus leur restait voilée ; il y avait bien quelques paroles qui laissaient entendre qu’il n’était pas qu’un homme, il y avait aussi les actes de puissance qu’il accomplissait. Mais, au quotidien, avec eux, Jésus était un homme, un homme extraordinaire, certes, mais d’abord un homme. Au cours de la Transfiguration, c’est sa divinité qui a été dévoilée, au sens étymologique du mot, c’est-à-dire que le voile a été levé.

Ces précisions étant données, j’aimerais maintenant revenir sur les premiers mots de l’Evangile : En ce temps-là, Jésus prit avec lui Pierre, Jean et Jacques. Dans une homélie du dimanche, je suis déjà parti en guerre contre cette mauvaise habitude que le lectionnaire avait d’introduire les textes par cette expression : En ce temps-là. Si vous lisez dans l’Evangile de Luc, vous verrez qu’il est dit : Environ huit jours plus tard, Matthieu et Marc, eux sont plus précis, ils disent : 6 jours plus tard. Pourquoi l’omission de cette précision de temps est-elle regrettable ? Tout simplement parce qu’avec une telle mention, on a forcément envie de savoir ce qui s’était passé 6 jours avant ! Ce qui n’est pas le cas avec la mention passe-partout : en ce temps-là ! Or l’Evangile devient toujours plus parlant quand on essaie de remettre un passage dans son contexte plus général.

Alors, que s’est-il donc passé de si important 6 jours avant la Transfiguration. Eh bien, Matthieu, Marc et Luc sont d’accord tous les trois pour rapporter une série d’enseignements de Jésus qui se terminent par l’annonce de la mort de Jésus, une mort qui surviendrait après des souffrances. Cette annonce va effrayer les apôtres, susciter leur incompréhension, et, dans l’Evangile de Matthieu, Pierre réagira en disant : non, ça ne t’arrivera pas ! Nous savons comment Jésus va le reprendre durement en le traitant de Satan. C’est sûr que cette annonce a dû avoir du mal à passer, c’est pour cela que Jésus leur a laissé du temps, 6 jours pour digérer, intégrer. Et après ce laps de temps, Jésus décide de monter sur la montagne pour prier. Sans doute voulait-il prier pour obtenir la force pour lui-même de vivre ces événements douloureux qui se profilaient. Sans doute aussi voulait-il prier pour que ses apôtres ne soient pas scandalisés par ces événements, quand ils arriveraient.

Et c’est donc à ce moment précis qu’a lieu la transfiguration. Jésus ne l’avait pas programmée, mais c’est un cadeau que le Père lui fait pour le conforter et pour que 3 apôtres puissent être les témoins n’on seulement de ce qu’ils ont vu d’extraordinaire transfiguration du visage de Jésus et de ses vêtements et vision de Moïse et Elie qui, dans la nuée, s’entretenaient avec Jésus. Mais, dans l’Evangile de Luc, il y a une précision intéressante, nous savons de quoi ont parlé Jésus, Moïse et Elie : Ils parlaient du départ de Jésus qui allait s’accomplir à Jérusalem. Autrement dit, ils parlaient dans la nuée de ce dont Jésus avait parlé avec ses apôtres 6 jours auparavant. Pourquoi ce détail est-il important ? Pour deux raisons essentielles, je crois.

Première raison, le ciel vient confirmer ce que Jésus a dit et Pierre l’entend. Lui qui avait refusé l’annonce de Jésus, avec cette confirmation du ciel, il est bien obligé de l’accueillir. Et deuxième raison, le ciel vient aussi confirmer que ces événements douloureux ne viendront pas réduire à zéro la mission de Jésus. Ce qui va se passer dans ces jours douloureux sera même le sommet de la mission de Jésus. Evidemment Pierre et les deux autres ne comprennent sûrement pas tout ça en un seul instant. Mais quand les événements arriveront et encore mieux, quand le Saint-Esprit leur sera donné, ils repenseront à ce qu’ils avaient vécu avec Jésus sur la montagne et ils seront en mesure d’expliquer aux autres le sens de ces événements mystérieusement inclus dans le projet de Salut de Dieu et dans la mission de Jésus. Et ils comprendront mieux qu’être disciples de Jésus, c’est aussi le suivre sur ce chemin qui exigeant qui va jusqu’au don de sa vie.

Ce n’est pas un cours d’exégèse que j’ai voulu faire, mais à travers toutes ces précisons, nous comprenons mieux, du moins je l’espère, que le Seigneur prépare toujours le cœur de ceux à qui il va demander beaucoup. St Augustin, que le pape Léon aime citer, aimait répéter : Dieu donne ce qu’il ordonne. C’est-à-dire qu’il ne demande rien sans donner la grâce de l’accomplir, sans préparer ceux à qui il va beaucoup demander. Dimanche, l’Evangile va se conclure par ces mots : À qui l’on a beaucoup donné, on demandera beaucoup ; à qui l’on a beaucoup confié, on réclamera davantage. Aujourd’hui, on pourrait transformer cette parole pour la compléter en disant : À qui l’on va beaucoup demander, il lui sera beaucoup donné ; à qui l’on va beaucoup confier, il lui sera offert davantage. C’est ce qui nous établit dans la confiance pour accomplir notre mission. Par l’intercession de Notre Dame de Laghet, en cette fête de la Transfiguration, demandons que cette certitude de foi s’enracine dans nos cœurs.

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