11 décembre : 3° dimanche de l’Avent Comment Jésus accueille les questions de Jean-Baptiste … et les nôtres ?!

11 décembre 2022 0 Par Père Roger Hébert

« Qu’êtes-vous allés regarder au désert ? Un roseau agité par le vent ? Alors, qu’êtes-vous donc allés voir ? Un homme habillé de façon raffinée ? Mais ceux qui portent de tels vêtements vivent dans les palais des rois ! Alors, qu’êtes-vous allés voir ? Je vous avoue que ces versets m’ont posé beaucoup de questions quand j’ai médité ce texte. D’abord je ne comprenais pas bien ce que Jésus voulait dire et ensuite, je ne voyais pas du tout ce qu’ils venaient faire à la suite de ce dialogue entre Jésus et les émissaires envoyés par Jean-Baptiste. J’ai compris, par l’expérience, que, souvent, lorsque des versets nous résistaient dans l’Ecriture, c’est qu’ils contenaient une perle. Mais, comme toutes les perles, cette perle était comme protégée, elle ne se livrerait donc qu’aux lecteurs patients et tenaces. J’ai pris et repris ces versets dans ma méditation demandant au St Esprit de m’éclairer et j’ai aussi lu des commentaires car je sais que le Saint-Esprit en a éclairé beaucoup d’autres avant moi à l’intelligence brillante. Et voilà ce que j’ai pu découvrir, je trouve que c’est très beau !

L’histoire du roseau agité pare le vent m’a intrigué. Qu’est-ce que Jésus voulait dire en appliquant cette image à Jean-Baptiste ? J’ai compris en lisant une homélie de St Grégoire le Grand qui commentait justement cette expression et qui expliquait, si je résume, qu’un roseau agité comme le vent, c’est comme une girouette, ça va dans tous les sens en fonction de l’orientation du vent. Et vous savez que, traiter quelqu’un de girouette, ce n’est pas lui faire un compliment ! Eh Bien, St Grégoire terminait en disant : Jean-Baptiste n’a pas été un roseau agité par le vent, il n’a pas été une girouette. Il a été d’une fidélité tellement exemplaire que ça lui vaudra de connaître le martyr. C’est donc un grand compliment que Jésus adresse à Jean-Baptiste, sous forme un peu énigmatique, j’en conviens. Un 2° compliment suit, là encore formulé de manière un peu énigmatique : Jésus parle du vêtement de Jean-Baptiste, ce vêtement qui nous était décrit la semaine dernière comme étant en poils de chameaux. Si vous venez à la journée pour Dieu, mardi, vous connaîtrez la signification symbolique de ce vêtement ! Ce que je peux dire, c’est que c’était un vêtement de pécheur, venez et vous saurez pourquoi ! En soulignant la symbolique du vêtement de Jean-Baptiste, Jésus veut donc manifester son admiration pour le Baptiste qui, pour attirer les foules n’a jamais joué sur la séduction et qui, parler aux pécheurs, a osé prendre, lui-même, le vêtement des pécheurs. 

En résumé ce sont donc deux beaux compliments que Jésus adresse à Jean-Baptiste dans ces formules un peu énigmatiques. D’ailleurs, il conclut par une formule qui n’est plus du tout énigmatique et qui est carrément élogieuse : vous êtes allés voir un prophète ! Ce qui est m’a étonné, c’est que Jésus a attendu que les émissaires envoyés par Jean-Baptiste soient repartis pour dire ces compliments. Nous, spontanément, on pense que ça aurait pu encourager Jean-Baptiste d’entendre le bien que Jésus pensait de lui. Mais en fait, Jésus, lui, il savait très bien que Jean-Baptiste puisqu’il n’était pas un roseau agité par le vent, il n’avait pas besoin d’entendre compliments, il avait besoin d’être renforcé dans sa foi. Et les paroles qu’il avait dites aux émissaires, de ce point, de vue étaient largement suffisantes. Par contre, s’il prononce ces compliments après le départ des émissaires, c’est, sans doute, parce que ce sont ceux qui sont restés autour de lui qui ont besoin de les entendre, et autour de lui, il y a forcément ses apôtres. Et on peut penser que les apôtres ont été déstabilisés d’entendre que Jean-Baptiste, le si grand Jean-Baptiste, se posait cette question : « Es-tu celui qui doit venir, ou devons-nous en attendre un autre ? » Comment est-ce possible que Jean-Baptiste, ce solide gaillard dont la foi était taillée à la hache puisse douter ? C’est vrai qu’il y a un côté déstabilisant quand on met cette question sur les lèvres d’un géant de la foi, le plus grand des prophètes.

Vous aurez remarqué que Jésus ne se scandalise absolument pas devant la question de Jean-Baptiste. Il sait que le Baptiste est en prison et qu’il a compris qu’il n’en sortirait pas vivant. On a beau avoir une foi solide, taillée à la hache, c’est une épreuve difficile à vivre. L’obscurité qui règne dans sa prison est en train de contaminer sa réflexion et jusqu’à sa foi et son espérance qui deviennent, elles aussi, assez noires. Manifestement, Jésus a beaucoup de compassion face à l’épreuve que le Baptiste est en train de vivre. Il perçoit que le Baptiste, le Précurseur qui l’a précédé dans la vie, va aussi le précéder dans la mort. Jésus n’a donc aucun doute, il sait déjà qu’il connaîtra, lui aussi, des moments difficiles, l’angoisse de Gethsémani peut être lue comme en filigrane dans l’épreuve du Baptiste. Alors Jésus est infiniment respectueux, il ne juge pas, il ne condamne pas les doutes du Baptiste, au contraire, il fait son éloge devant les apôtres pour qu’ils comprennent qu’on peut être grand, même très grand et accablé. 

Voilà pourquoi Jésus accueille la question des émissaires et y apporte la meilleure réponse qui puisse être apportée : regardez, les signes messianiques annoncés par Isaïe, et que nous avons entendus dans la 1° lecture, sont accomplis. C’est comme si Jésus disait aux émissaires : Vous pouvez rassurer Jean-Baptiste, il ne s’est pas trompé en me désignant comme Celui devait venir, c’est-à-dire comme le Messie. Car « Celui qui doit venir » c’est un nom du Messie dans les Ecritures. C’est tellement beau de voir que Jésus n’a pas été troublé par le fait que le Baptiste ose poser cette question qui le taraudait. Son questionnement, ses doutes n’ont pas altéré l’estime et même l’admiration que Jésus lui portait, j’ai envie de dire, au contraire, la preuve : dès que les émissaires sont partis, il dresse un portrait on ne peut plus élogieux du Baptiste.

Pourquoi j’insiste tant sur ces détails ? Eh bien, tout simplement parce qu’ils peuvent devenir très parlants pour nous aujourd’hui. Nous-mêmes, quand nous sommes englués dans les épreuves, il peut nous arriver d’avoir des idées noires. L’obscurité de la prison avait noirci les idées, la foi, l’espérance du Baptiste alors qu’il avait une foi solide, taillée à la hache. Il en va encore de même pour nous, aujourd’hui, d’autant plus que nous, nous n’avons pas toujours une foi solide, taillée à la hache ! Alors, quand nous sommes dans cette situation, n’hésitons pas à aller trouver Jésus pour lui poser sans détour nos questions, pour lui dévoiler nos doutes, nos révoltes. On peut être grand comme le Baptiste et connaître un gros coup de mou, on peut avoir donné sa vie au Seigneur et traverser un gros coup de mou. Cette scène d’Evangile devrait à tout jamais nous déculpabiliser. Mais en même temps, elle nous invite, dans ces moments-là, à oser aller le trouver, tels que nous sommes, là où nous en sommes, sans rien lui cacher, comme le Baptiste l’a fait. Mais nous, puisque nous sommes libres de nos mouvements et de nos choix, nous ne devons pas envoyer des émissaires parler à Jésus à notre place !

Jésus ne balaiera jamais nos questions en stigmatisant notre manque de foi ; son estime à notre égard ne diminuera jamais, au contraire ! Comme il a accueilli avec bienveillance le questionnement du Baptiste, il accueillera toujours avec bienveillance nos questions, nos doutes, nos révoltes. Mais, cela exige que, dans la prière, nous osions être vrais. Comme le dit le frère Adrien Candiard, dans un passage que j’ai déjà cité une fois ou l’autre mais que je veux encore vous partager : « Prier ce n’est pas un pieux loisir auquel on pourrait s’adonner plus ou moins distraitement comme on fait du tricot ! Le premier enjeu, peut être le seul enjeu, c’est d’être là, d’être vraiment là, de ne pas envoyer quelqu’un d’autre prier à notre place. Quand je dis quelqu’un d’autre je pense aux petits saints des vitraux sulpiciens que nous aimerions être. Cette version de moi qui n’a jamais de haine, ni de colère dans le cœur, qui n’est jamais jaloux de personne, qui accepte joyeusement tous les évènements comme l’expression de la volonté de Dieu, qui ne s’ennuie pas à la messe et ne rêve jamais d’aller gambader au loin. Il est parfait, ce petit saint que j’envoie si souvent prier à ma place ! Il n’a pas de défaut ou plutôt il n’a qu’un seul défaut, ce n’est pas moi ! La prière est un combat que je ne gagnerai pas en envoyant prier un petit saint de plâtre à ma place. C’est à moi de m’y coller avec tout ce que j’ai d’imparfait, de gênant, de honteux, de cassé, tout ce qui n’est décidément pas présentable. Bien des gens se plaignent qu’il ne se passe rien dans leur prière, c’est très souvent parce qu’ils ne sont pas là, parce qu’ils n’osent pas être là, comme si leur vraie présence risquait d’indisposer Dieu… Cacher à Dieu, dans la prière, ce qui nous préoccupe vraiment, ce que nous avons en nous, ce n’est pas seulement faire semblant de croire que Dieu peut ignorer quelque chose de nous, mais c’est comme si on demandait à un chirurgien de nous opérer, mais sur des photos seulement, sans toucher notre corps, et des photos qui nous montreraient en parfaite santé ! »

Jésus est venu pour être l’Emmanuel, Dieu avec nous, pour partager au plus près tout ce que nous vivons. Quelle chance nous avons d’avoir un Dieu si proche ! Quand j’étais aumônier de prison, j’ai pu, un jour, avoir une longue discussion avec un musulman (c’était avant avant l’époque des barbus !) Au terme de ce long échange, il me dit : finalement, vous, vous avez de la chance d’avoir un Dieu très proche de vous ! J’avais envie de lui dire ce que Jésus avait répondu un jour à un scribe qui l’avait interrogé : tu n’es pas loin du Royaume de Dieu ! Mc 12,34. Chers amis, profitons à fond de ces jours qui nous rapprochent de Noël, ils nous sont justement donnés pour que nous puissions reprendre conscience de la chance que nous avons d’avoir, en Jésus, un Dieu si proche, un Dieu qui accepte et entend nos questions, nos doutes, nos révoltes sans que jamais nous ne baissions dans son estime !