11 juillet : vendredi 14° semaine ordinaire : fête de St Benoit : mieux comprendre la providence

texte de la messe du vendredi 14° semaine

« Si j’aurais su j’aurais pas venu ! » vous avez sans doute reconnu la réplique culte du petit Gibus dans la Guerre des boutons, ce monument de la littérature, merveilleusement mis en film. A cause de son âge et sans doute aussi à cause de l’attention si particulière qu’il manifeste à l’école, le petit Gibus n’a pas encore une maitrise parfaite de la langue française et ça s’entend bien quand il ne cesse de répéter : « Si j’aurais su j’aurais pas venu ! » 

C’est sans doute ce qu’ont dû penser un jour les descendants de Jacob. Parce que, à première vue, il en a de bonnes le Bon Dieu quand il leur dit cette parole que nous avons entendue dans la lecture d’aujourd’hui : « Ne craignez pas de descendre en Égypte, car là-bas je ferai de vous une grande nation. » Tous ces jours nous avons lu l’histoire de Joseph qui touche à sa fin et nous avons vu comment, alors qu’il a été vendu par ses frères, il pourra sauver sa famille dont la vie était en péril à cause de la grande famine qui sévissait sur la terre de Canaan. Devenu le meilleur conseiller de pharaon, il avait plein pouvoir pour distribuer le blé comme bon lui semblait à tous ces réfugiés climatiques qui arrivaient en masse en Egypte. Reconnaissant ses frères, il leur vendra du blé et réclamera, en échange, de voir son père. On peut comprendre que le vieux Jacob hésite à faire ce voyage, bien sûr, il souhaite revoir son fils, mais en même temps, entreprendre un tel voyage, à son âge, ce n’est pas sérieux. 

C’est alors que Dieu intervient en lui faisant comprendre que la famine qui sévit risque de se prolonger, il conseille donc à Jacob de partir et de s’installer en Egypte. C’est pour l’encourager, que Dieu lui dit cette parole qui contient une belle promesse : « Ne crains pas de descendre en Égypte, car là-bas je ferai de toi une grande nation. » Pour ça, Dieu ne s’est pas trompé, ils vont devenir une grande nation ! Mais du coup, ça va être le début d’un autre problème car, comme le dira la lecture que nous entendrons lundi, un nouveau pharaon montera sur le trône qui n’avait pas connu Joseph et qui va prendre peur devant ces immigrés qui font tant d’enfants et deviennent une menace pour la prospérité du pays ! En s’installant en terre d’Egypte, Jacob et ses descendants ont peut-être été sauvés de la famine mais, au bout du compte, ça sera pour se retrouver en esclavage. Et c’est donc pour cela qu’un certain nombre de descendants de Jacob auraient pu dire comme le petit Gibus : « Si j’aurais su j’aurais pas venu ! »

Comble de tout, ils ne manqueront pas de rendre Dieu responsable de toute leur misère, comme ils le rendront encore responsable quand, libérés par Moïse, ils se retrouveront 40 ans dans le désert. Là encore, ils seront nombreux ceux qui, regrettant les marmites pleines de concombres et d’oignons en Egypte, diront à leur manière : « Si j’aurais su j’aurais pas venu, je serai resté en Egypte ! » Et à chaque fois, cette parole est prononcée accompagnée d’un doigt accusateur pointé vers Dieu. Reconnaissons que nous pouvons nous reconnaître dans ces situations. Nous aussi, quand nous sommes pris dans des épreuves terribles, nous râlons intérieurement en pensant ou en criant : « Si j’aurais su j’aurais pas venu, j’aurais pas écouté Dieu ! » et chez nous aussi, ce cri de révolte peut être accompagné d’un doigt accusateur pointé vers le ciel qui rend Dieu responsable des malheurs qui nous arrivent. 

Nous touchons, là, au mystère de la Providence de Dieu. C’est assez paradoxal de parler de Providence quand on parle de malheur, mais c’est là qu’on la voit le mieux en œuvre. Dieu n’est pas Celui qui tire toutes les ficelles d’un destin qu’il aurait écrit avec des événements plus ou moins heureux selon les circonstances et selon les personnes. Nous ne sommes pas des musulmans qui répètent sans cesse Mektoube. Ce mot est moins connu que celui d’Inch Allah qui signifie « Si Dieu veut » Mektoube, c’est le mot qui marque la soumission (islam signifie littéralement la soumission), les musulmans disent Mektoube quand un événement terrible leur tombe sur le coin du nez, décès d’un enfant, d’un proche, grave maladie … Mektoube signifie donc : c’était écrit … sous-entendu par Dieu, c’était la volonté de Dieu qu’arrive cette catastrophe. Conséquence pour les musulmans : nous n’avons qu’à nous incliner puisque Dieu l’a voulu. Mais attention, même si nous les respectons infiniment et même si, à leur contact, nous pouvons apprendre le sens de la grandeur de Dieu, nous ne sommes pas musulmans !

Jamais un chrétien ne devrait dire que Dieu a voulu une catastrophe, que ce qui m’arrive de grave, c’est Dieu qui l’a voulu. Ce que Dieu veut, c’est que l’épreuve ne me submerge pas. C’est là que la Providence intervient. Parce qu’il est amour, le Seigneur me rejoint au cœur des épreuves que je traverse et parce qu’il est amour tout-puissant, il va être capable de tirer du bien de ce mal qui me submerge. Parce qu’il est amour, il va ouvrir un chemin de vie au cœur-même de ces expériences de mort. C’est cela la Providence. Les descendants de Jacob l’expérimenteront par la suite quand, en Egypte, ils seront réduits en esclavage, Dieu dira à Moïse : j’ai vu la misère de mon peuple, j’ai entendu son cri, va je t’envoie pour libérer mon peuple. Comme nous avons besoin de retrouver des idées claires sur ce sujet si difficile, c’est déjà important pour nous, mais ça l’est aussi si nous voulons aider, accompagner des personnes en difficulté. 

Et finalement, c’est bien de Providence dont parle Jésus puisque dans cet Evangile où il annonce des choses pas très réjouissantes pour ses disciples, il ose dire : ne vous inquiétez pas ! En effet, affirme-t-il, l’Esprit-Saint sera avec vous et se manifestera quand vous traverserez de grandes difficultés. C’est bien cela la Providence, ce n’est pas Dieu qui évite que nous ayons des problèmes, mais, dans nos problèmes, il promet de ne pas nous laisser seuls.

Par l’intercession de Notre Dame de Laghet demandons cette foi purifiée en la Providence du Seigneur.

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