12 juillet : mercredi 14° semaine ordinaire. La saga palpitante de Joseph et ses frères !

Nous venons de sauter 10 chapitres dans le livre de la Genèse qui nous font passer de Jacob, le père à Joseph le fils. Ceux qui sont des grands connaisseurs de la Bible n’ont pas de mal à raccrocher les wagons, mais pour les autres, ça risque d’être plus difficile, c’est pourquoi je vais faire un résumé assez rapide de tous ces chapitres sautés.

Jacob aura 12 fils qui seront à l’origine de ces fameuses 12 tribus de Jacob qui composeront le peuple d’Israël. Mais, hélas, parmi ses enfants, Jacob avait un chouchou, c’était Joseph. Les circonstances peuvent expliquer pourquoi cet enfant est devenu le chouchou. En effet, les 12 enfants ne sont pas tous de la même mère, il y en a 4 différentes, à cette époque la monogamie n’était encore pas la norme. Et Joseph est le fils de la femme préférée de Jacob, qui ne lui avait donné que ce fils sur lequel il a reporté toute son affection, elle lui en donnera un 2°, Benjamin qui sera le dernier fils mais elle va mourir dans l’accouchement. Avant l’arrivée de Benjamin, Joseph a donc été longtemps le chouchou, ce qui, on peut s’en douter, a déclenché la fureur de ses frères. Il y avait bien une fille dans cette fratrie, mais on n’en parle jamais ! Les frères vont monter un plan terrible pour supprimer ce frère si encombrant. Un jour, revêtu de sa tunique de chouchou dont je n’ai pas le temps de parler, il était venu apporter à manger à ses frères qui gardaient les bêtes à l’orée du désert. C’est là que les frères décident de le supprimer, pris de remords, l’un d’entre eux intercède pour qu’il ait la vie sauve et soit vendu comme esclave à une caravane de marchands qui passait. Ce qui fut fait. Après bien des péripéties, il arrive en Egypte et après bien d’autres péripéties, il se retrouve à un poste équivalent à ministre des finances de pharaon, voire 1° ministre.

Pendant ce temps, dans la famille de Jacob, la vie continuait. Le vieux Jacob était inconsolable d’avoir perdu Joseph, son fils préféré, car ses autres fils, pour se venger, lui avaient laissé croire que Joseph avait été dévoré par une bête sauvage. Et voilà que survient une famine terrible pour toute cette région du monde. Et c’est là que nous en arrivons au texte d’aujourd’hui. L’Egypte elle-même est aux prises avec cette terrible famine, mais Pharaon n’est pas très inquiet, il sait qu’avec Joseph, il a un gérant extraordinaire qui saura les tirer de cette situation difficile. C’est pour cela qu’il dit à ceux qui viennent le voir : « Allez trouver Joseph, et faites ce qu’il vous dira. » Le pape François dans la très belle lettre qu’il a écrite pour l’année St Joseph, reprendra cette parole du Premier Testament disant qu’elle pourrait être appliquée à St Joseph. Quand nous sommes très désemparés, nous pouvons toujours aller voir Joseph, le prier et faire tout ce qu’il nous suggère de faire. C’est le sens de la prière à St Joseph que nous disons après le chapelet : « Prends sous ta conduite toutes les affaires spirituelles et temporelles qui nous concernent. »

C’est ainsi que Joseph va se retrouver dans cette situation étonnante : il  accueille ses propres frères venus chercher du blé. Ses frères ne le reconnaissent pas, mais, lui, il les reconnait bien. Comment va-t-il réagir ? Va-t-il profiter de sa position de puissance pour les punir de ce qu’ils ont fait à son égard ? Une partie de la lecture pourrait nous le laisser croire, mais il n’en est rien ! Quand les frères se sont présentés devant lui, la lecture a été coupée et ne nous a pas fait entendre ce passage, ils ont expliqué qui ils étaient, leur histoire de famille en somme. Ils ont dit qu’ils étaient venus à cause de la famine, laissant leur plus jeune frère avec leur vieux père et qu’il leur fallait vite rentrer. Alors, Joseph demande que l’un d’entre eux reste comme en otage et qu’ils aillent chercher le plus jeune des fils. L’histoire de l’otage, c’est parce que Joseph a moyennement confiance en ses frères, il veut être sûr qu’ils reviendront. Et s’il demande à voir le plus jeune, Benjamin, c’est parce qu’il voudrait vérifier que ses frères ne lui ont pas fait subir ce que lui-même a subi. Le vieux père avait dû reporter toute son affection sur Benjamin, alors, dans sa position de nouveau chouchou, a-t-il enduré ce que lui-même, Joseph avait enduré ? 

Vous le comprenez donc Joseph ne veut pas punir ses frères, il ne veut pas se venger, mais il est en train d’élaborer toute une stratégie pour les aider à entrer dans la vérité. Car pardonner tout de suite aurait été désastreux, il fallait d’abord que les frères puissent réaliser l’ampleur du mal qu’ils avaient fait. Le texte nous fait entendre les paroles qu’ils échangent entre eux très librement puisqu’ils croient que l’homme qu’ils prennent toujours pour un Égyptien ne les comprend pas. 

Ces paroles nous montrent qu’en effet, un chemin est en train de se faire dans leurs cœurs et ce chemin émeut profondément Joseph qui est obligé de se retirer pour pleurer. Mais le chemin est loin d’être terminé, nous entendrons le dénouement demain, mais hélas, nous allons encore sauter plein de chapitres très intéressants pour arriver très vite au dénouement alors que le texte biblique prend vraiment son temps. J’en tire la conclusion suivante : dans certaines situations compliquées, douloureuses, il faut beaucoup de temps pour parvenir à pardonner et à accueillir en vérité le pardon. Je trouve extraordinaire que la Bible nous le montre de manière aussi forte. Parce que nous pourrions tirer des conclusions erronées au fait que Dieu est miséricorde infinie. Nous pourrions dire : Dieu est pardon, alors, il faut pardonner, certains, croyant bien faire, pourraient nous inviter à donner le pardon à marche forcée. Mais ce n’est pas juste, ce récit de Joseph le montre tellement bien et je développerai encore cela dans mon enseignement de cette après-midi. Si donc nous avons des difficultés à pardonner, ne nous culpabilisons surtout pas, cherchons à nous faire accompagner pour parcourir au bon rythme le chemin qui nous permettra d’y parvenir un jour, peut-être.

L’Evangile, quant à lui, est plus facile d’accès, il nous rapporte comment Jésus a choisi ses apôtres ou plutôt pourquoi il les a choisis. La mission est clairement définie au début du texte : Jésus appela ses douze disciples et leur donna le pouvoir d’expulser les esprits impurs et de guérir toute maladie et toute infirmité. C’est clair ! Jésus avait défini sa mission en disant : Je suis venu pour que les hommes aient la vie et qu’ils l’aient en abondance (Jn 10,10) eh bien il choisit des hommes pour les associer à cette mission, pour qu’ils soient, eux aussi au service de la vie. Les esprits impurs qui font perdre leur liberté à ceux qui en sont possédés, les maladies qui empêchent de s’épanouir, voilà deux obstacles qui empêchent d’accueillir la vie en abondance, Jésus choisit des apôtres pour que, avec lui, ils puissent libérer les hommes afin qu’ils vivent de cette vie en abondance. 

Le pape François reprend souvent cela en invitant les prêtres à être des bons pasteurs et il aime rajouter malicieusement, des pasteurs pas des douaniers ! Le pape n’a sûrement rien contre les douaniers en général, mais c’est vrai que certains douaniers, notamment en Afrique, sont tellement pointilleux, qu’il manque toujours un papier pour que vous puissiez circuler tranquillement. En invitant les prêtres à être des pasteurs et pas des douaniers, le pape invite les prêtres à ne pas être dans le contrôle permanent qui risque de bloquer l’accès de certains à la grâce. Jésus ne s’est jamais comporté comme un douanier, pourtant il a rencontré beaucoup de personnes qui n’étaient pas dans les clous, eh bien, à elles aussi, il leur a donné, rendu la vie et la vie en abondance. Les apôtres et leurs successeurs évêques et prêtres doivent donc vivre leur mission dans cet esprit. Ça ne veut pas dire qu’on pourra tout accepter, tout bénir, mais on ne devra jamais couper de la grâce quelqu’un qui fait une démarche en vérité ; on devra toujours chercher les moyens par lesquels il pourra faire un chemin qui puisse le conduire à rencontrer Jésus qui, lui, saura comment toucher son cœur.

Maintenant dans ce texte, il y a quand même deux éléments étonnants :

  • La liste des apôtres, je ne peux pas reprendre chacun d’eux, mais Jésus n’a vraiment pas choisi le dessus du panier ! Les Evangiles nous montreront comment, chacun a leur tour ils seront défaillants, peu adaptés à la mission confiée. Jésus a voulu choisir des pauvres pour aller à la rencontre d’autres pauvres. N’ayons donc pas peur de nos pauvretés, si nous comptons sur le Seigneur, nos pauvretés peuvent devenir ces espaces que nous ouvrons au travail de sa grâce pour qu’il puisse faire aux autres tout le bien qu’il veut faire par nous.
  • La restriction de mission : Ne prenez pas le chemin qui mène vers les nations païennes et n’entrez dans aucune ville des Samaritains. Allez plutôt vers les brebis perdues de la maison d’Israël. Ces paroles nous étonnent et même nous choquent, Jésus n’a pas l’habitude de telles restrictions, d’établir une telle hiérarchie entre ceux qui méritent d’être évangélisés et les autres. En fait, voilà comment je comprends : Jésus n’établit pas une hiérarchie mais une priorité. Par qui faut-il commencer quand on veut évangéliser le monde entier ? Eh bien, dit Jésus, il faut commencer par les plus proches et croire que de proches en proches, par contagion, l’Evangile finira par toucher tous les cœurs. Alors devenons contagieux !

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