14 février : que l'histoire de Salomon nous instruise ! Les sourds et mal-parlants, que Jésus veut guérir, c'est nous !

La première lecture que nous avons entendue annonce la fin tragique et lamentable du règne du grand roi Salomon, elle annonce aussi l’un des grands drames qu’aura à vivre le peuple des hébreux. Je m’excuse pour ceux qui étaient à la messe hier matin, mais il est quand même nécessaire que je redise l’essentiel de ce que j’avais dit hier. Salomon, fils de David, a eu un début de règne extrêmement brillant. Il y avait eu cette parole que Dieu lui avait adressé : demande-moi ce que tu veux et je te le donnerai. Et Salomon avait demandé l’essentiel, à savoir la Sagesse. Dieu lui avait répondu : puisque tu as su demander l’essentiel, tu auras la sagesse que tu as demandée et tu auras, en plus, tout ce que tu n’as pas demandé : la richesse, la puissance et la prospérité. De fait, Salomon était pourvu d’une sagesse qui faisait l’admiration, non seulement des gens de son peuple, mais aussi des rois des pays voisins. Et il avait d’énormes moyens financiers qui lui permettront d’ailleurs de construire le Temple sans regarder à la dépense.

Mais voilà que Salomon s’est laissé griser par la réussite. En plus, il a pris de nombreuses femmes, dont la plupart était d’autres religions. Bref, Salomon s’est détourné de Dieu, il n’était donc plus sous la bénédiction. Ce n’est pas Dieu qui lui avait retiré sa bénédiction, c’est lui qui s’en était détourné. Du coup la fin de règne de ce roi, pourtant si brillant, si pieux, promis à un si bel avenir, va devenir lamentable et tragique. Dans la lecture que nous avons entendue, annonçait ce drame de la partition du Royaume, c’est le sens de ce geste symbolique de la déchirure de ce manteau en 12 morceaux et de la division ensuite qui donnera le Royaume du Nord et le Royaume du Sud, ces frères d’hier vont désormais se comporter en rivaux quand ce n’est pas en ennemis !

Salomon, son histoire doit vraiment nous enseigner : il est l’exemple même d’une vie tellement bien commencée et si mal finie. Ici, vous commencez bien votre vie, vous avez la chance d’avoir un cadre de vie qui vous soutient, qui vous tire vers le haut grâce à tous ceux qui donnent le meilleur d’eux-mêmes pour vous. Ne croyez pas que, parce que vous avez bien commencé, parce que vous êtes passés par St Bo, Dieu déroulera un tapis rouge devant vous tout au long de votre vie. Méditez toujours l’exemple de Salomon, vous le savez, les mêmes causes produisent les mêmes effets, alors restez fidèles à ce que vous avez reçu, restez fidèles au Seigneur. Ce qui vous assurera une vie réussie, ce n’est pas le fait d’être un ancien de St Bo, mais la fidélité que vous entretiendrez à ce que vous avez reçu. Dès que Salomon s’est détourné de Dieu, sa vie a été une suite de dérapages qui l’ont conduit au fond d’un précipice bien peu reluisant. Rappelez-vous en toujours ! Comme je le disais hier, au niveau de la foi, on ne peut pas se contenter de vivre sur une rente acquise dans le passé, à St Bo, une foi qui ne s’entretient pas quotidiennement tout au long de sa vie est une foi qui finit par mourir et ça a forcément des conséquences sur la manière dont on conduit sa vie. 

En cette fête de St Cyril et Méthode que le Saint pape Jean-Paul II a donné comme co-patrons de l’Europe, cette image du manteau déchiré nous invite aussi à prier pour l’unité de l’Europe pour qu’elle ne se déchire pas et ne reprenne pas ses vieux démons qui nous ont conduits à nous haïr et à nous battre. Invoquons Cyril et Méthode pour que nos dirigeants ne cèdent pas à la tentation d’un repli frileux sur des positions égoïstes et nationalistes. Cela montre que nous serions bien inspirés de ne pas oublier nos racines judéo-chrétiennes pour que l’exemple de Salomon nous instruise !

Quant à l’évangile, il nous montre Jésus qui justement fait éclater les frontières, ces murs que les hommes aiment tant construire pour mieux s’ignorer voire se détester. Jésus part, et c’est un choix délibéré, en Décapole, ce territoire païen enclavé dans le pays des hébreux. Décapole, c’est un terme grec qui désigne ces 10 villes grecques en monde juif, à qui les romains avaient accordé une certaine autonomie et qu’ils comblaient de dons pour mieux asseoir leur pouvoir en entretenant la division avec les juifs.

Jésus va en Décapole car il est venu pour tous les hommes. Sur la croix, il versera son sang pour tous les hommes de tous les temps et de toutes les races. Tout à l’heure, dans les paroles de la consécration, je redirai ce que Jésus lui-même : ceci est la coupe de mon sang qui sera versé POUR VOUS et POUR LA MULTITUDE. Nul n’est exclu du sacrifice que Jésus fait de sa vie. C’est pour cela qu’il est si grave, quand on est chrétien, d’entretenir les haines raciales, ça revient à anéantir la puissance du sacrifice de Jésus. Qu’il puisse y avoir des difficultés à vivre ensemble, nul ne peut le nier, mais aucune attitude d’exclusion à priori ne peut être acceptée et encore moins justifiée par la foi.

Et c’est là, en Décapole, pour un étranger, qu’il va accomplir l’un des miracles dans lesquels il va le plus s’investir. Il y aurait beaucoup à dire sur ce très beau récit, je souligne juste cette implication de Jésus. Vous aurez remarqué que, lorsque des personnes amènent cet homme sourd et mal-parlant vers Jésus, ils lui font une demande étrange : ils le supplient de poser LA main su lui. C’est étrange parce que l’imposition des mains est un geste qu’on accomplit avec les deux mains. Là, ils demandent que Jésus impose seulement l’une de ses mains ! Est-ce qu’ils demandent un petit miracle vite fait ? Est-ce parce qu’ils sont païens qu’ils n’osent pas trop en demander ? Je ne sais pas ! En tout cas je constate que Jésus ne va pas faire du vite-fait et qu’il ne va pas se contenter d’une petite imposition d’une main, seulement !

Je disais que c’est l’un des miracles dans lequel il va le plus s’impliquer : « il lui met les doigts dans les oreilles, et, avec sa salive, il lui touche la langue. » Il faut vraiment mesurer ce que ça représente : vous mettez vos doigts dans vos oreilles pour vous gratter, par exemple, mais est-ce que vous le feriez facilement dans les oreilles des autres. C’est à moitié attirant ! Et la salive, cet échange de salive évoque manifestement un baiser. Et tout ça, c’est pour un étranger, un païen. Jésus va très loin, il va bien plus loin que ce qu’on lui avait demandé, il s’implique totalement comme pour bien montrer qu’il est venu pour sauver tous les hommes.

Mais, si vous avez été attentifs à la lecture du texte, vous pourriez me dire : mais il ne montre rien puisqu’il fait tout ça à l’écart ! C’est vrai ! Mais, justement, ça a encore plus de portée, je vais essayer de vous le montrer et je m’arrêterai sur ce point. Jésus a voulu s’éloigner de la foule parce qu’il ne voulait pas en jeter plein la vue et surtout, chez ces païens, on était attiré par le merveilleux, ils auraient été tentés de reproduire le rituel initié par Jésus en pensant que c’était magique. Jésus va à l’écart, mais il n’est pas seul, il a bien fallu qu’il y ait des témoins pour qu’ils puissent raconter ce qui s’est passé ! Ces témoins, ce sont les apôtres et c’est donc pour eux qu’il montre jusqu’où va son engagement en faveur des étrangers, des païens. C’est pour eux qu’il le fait afin qu’eux puissent nous le transmettre. Ne l’oublions jamais et entendons son appel : Effata, ouvre-toi ! C’est nous que Jésus veut guérir aujourd’hui parce que nous sommes sourds, nous n’entendons pas son appel à une fraternité universelle et nous sommes si souvent mal-parlants quand nous parlons de Dieu en le faisant cautionner nos étroitesses. Et pour nous guérir, Jésus va encore s’impliquer totalement puisqu’il va nous livrer son Corps.

Cet article a 3 commentaires

  1. Wilhelm Richard

    Sans rancunes je vous aime quand même.

  2. Eve Wassermann

    bonjour père Roger, il est nécessaire d’écrire un commentaire pour s’abonner et recevoir une notification à chaque mise à jour ; donc voici !
    Bon Dimanche et merci pour toutes ces homélies mises en ligne !
    Bon Dimanche également Richard 🙂

    1. Père Roger Hébert

      Merci !

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