21 juillet : mercredi 16° semaine ordinaire. Dé à coudre rempli ou oasis ambulante … vous avez le choix !

J’espère que vous n’êtes pas venus en retraite comme on va au poste d’essence pour faire le plein quand on se rend compte qu’on va bientôt être à sec. Faire le plein, c’est pratique, c’est même indispensable si on veut pouvoir continuer de rouler. Mais hélas, ça ne dure pas, le réservoir sera bientôt à nouveau vide et il nous faudra retourner faire le plein et ça sera ainsi tant que nous roulerons ! Si jamais vous étiez venus à cette retraite pour faire le plein, la 1° lecture d’aujourd’hui va vous obliger à réviser sérieusement votre objectif. Mais si jamais c’est le cas, je vous rassure en vous disant que vous n’êtes pas seuls à venir dans cette perspective ! Il y a tellement de chrétiens qui fonctionnent ainsi, j’ai fonctionné ainsi et je ne dis pas que c’est définitivement fini ! Oui, il y a beaucoup de chrétiens qui vont à la messe le dimanche pour faire le plein en prévision de la semaine, il y en a beaucoup qui prient le matin pour faire le plein en prévision de la journée, on fait le plein et plus ou moins vite on se vide et si on n’a pas été prévoyant en faisant le plein régulièrement, on est vidé, épuisé, découragé, énervé, déprimé … mettez tous les mots que vous pouvez tirer de votre expérience et qui définissent votre situation quand le réservoir spirituel est vide. 

Vivre la foi, la vie spirituelle comme un moyen de faire le plein quand on est vide, c’est ce que j’aime appeler malicieusement la spiritualité de la cruche ! Mais vous savez comme on dit que la foi du charbonnier, ce n’est bon que pour les charbonniers, eh bien, la spiritualité de la cruche ce n’est bon que pour les cruches et vous n’êtes pas des cruches ! D’autant plus que se cantonner à la spiritualité de la cruche c’est provoquer beaucoup de frustration chez notre Dieu qui a tant à nous donner puisqu’il veut nous donner tout son amour, puisqu’il veut se donner totalement à nous. Or, quand, à l’image des cruches, nous l’implorons : Seigneur, remplis-moi, comble-moi, ça le frustre énormément parce que, ne nous berçons pas d’illusion, la contenance habituelle de notre cœur, c’est à peu près un dé à coudre, un verre à digestif pour les plus dilatés ! Alors vous imaginez bien que n’avoir qu’un dé à coudre, c’est très frustrant pour Dieu qui est un puis d’amour sans fond !

Toutes ces réflexions me sont inspirées par la 1° lecture, ce fameux épisode du don de la manne. Dieu a fait un coup d’éclat en libérant son peuple et en lui faisant traverser la mer à pied sec, mais de l’autre côté, c’est le désert. Ce désert, si vous voulez l’imaginer, ce n’est pas un désert de dunes, mais un désert de rocailles. Et dans le désert, les épiceries, les fast-food, ça ne court pas les rues ! Alors, très vite, le peuple va avoir faim et même avant, il aura soif, c’est l’épisode qui précède celui que nous lisons aujourd’hui. Les galettes cuites et emportées d’Egypte vont vite s’épuiser. Du coup, le peuple va rouspéter et quand ils rouspètent parce que ça va très mal, qui est-ce qu’ils vont voir ? Les responsables ! Mais ça, c’était dans le Premier Testament, aujourd’hui tout a changé !!! Donc Moïse et Aaron vont être sans arrêt sollicités pour recueillir ces rouspétances ou ces récriminations comme le dit la Bible et les répercuter auprès de Dieu. Ils seront des intercesseurs infatigables.

A la demande de Moïse et d’Aaron, Dieu va répondre et sa réponse est vraiment étonnante : « Voici que, du ciel, je vais faire pleuvoir du pain pour vous. Le peuple sortira pour recueillir chaque jour sa ration quotidienne, et ainsi je vais le mettre à l’épreuve. » Vous avez entendu : « et ainsi je vais le mettre à l’épreuve. » Mais en quoi le fait de donner du pain chaque jour va être une mise à l’épreuve ? Si Dieu n’avait pas répondu, oui, on comprend, ça aurait été une épreuve, mais en quoi le fait de donner va-t-il être une épreuve ? Oh, ce n’est pas le fait de donner qui va être une épreuve, mais c’est le fait que Dieu va donner chaque jour une ration quotidienne. Vous avez entendu l’insistance, pour ne pas dire la répétition : « chaque jour » et « une ration quotidienne. » Et c’est là que je rejoins ce que je disais au début parce que figurez-vous que depuis que l’homme est homme, il a peur de manquer, alors, ce qu’il aime le plus, c’est faire des réserves pour le cas où … 

Mais là, avec la manne, pas de réserve possible ! Chaque jour Dieu donnera et il ne donnera qu’une ration pour un jour, une ration quotidienne. 

Pour ne pas trop allonger la lecture, le lectionnaire liturgique ne nous a pas tout fait entendre. Moïse avait bien précisé : « Que personne n’en garde jusqu’au matin ! » c’est-à-dire que personne ne fasse réserve ! Mais voilà le texte continue en donnant cette précision : « Ils n’écoutèrent pas Moïse et certains en gardèrent jusqu’au matin. Mais le surplus fut infesté de vers et se mit à sentir mauvais. » Voilà ce qui est arrivé aux petits malins qui avaient essayé d’en ramasser plus sans se faire voir pour faire des réserves au cas où Dieu oublie de livrer le pain un matin ! Mais Dieu d’une part est fidèle et d’autre part riche et généreux, ce qui ne va pas toujours ensemble, riche et généreux en amour donc il n’oublie rien ni personne ! Tout au long de la traversée du désert, la Bible nous dit :« Matin après matin, ils en recueillaient autant que chacun pouvait en manger. À la chaleur du soleil, tout était fondu. » Jamais Dieu n’a été pris en défaut et même mieux parce que Dieu a aussi de la religion, le 6° jour, il donnait double part et la part qui restait ne pourrissait pas car le lendemain, c’était Shabbat et que, ce jour-là, il faut s’abstenir de toute activité pour n’avoir qu’une seule préoccupation : louer Dieu pour sa bonté !

L’épisode de la manne donnée chaque jour en quantité suffisante est au fondement de la prière que Jésus nous donnera : donne-nous aujourd’hui notre pain de ce jour. En rappelant la répétition du texte de l’Exode, Jésus nous affirme que Dieu restera éternellement fidèle pour nous donner, chaque jour ce dont nous avons besoin pour vivre ce jour, c’est pour cela que nous n’avons pas besoin de réserves. Et nous pouvons bénir notre frère Gaby qui nous le rappelle chaque jour dans sa demande infatigable : Seigneur donne-nous aujourd’hui les grâces dont nous avons besoin pour ce jour. Alors, dans ces conditions, pourquoi vouloir faire des réserves ? Pourquoi penser qu’il faille, en priant le matin, faire le plein de grâces comme si Dieu n’allait pas donner tout au long du jour ! Pourquoi penser qu’il faille faire une retraite pour faire un plein extra performant qui permettrait de puiser toute l’année comme si Dieu n’allait pas donner chaque jour de l’année ? Si nous prions le matin, si nous faisons une retraite, ce n’est pas pour faire le plein, mais c’est pour renforcer notre foi. Dieu donne, mais nous, nous avons du mal à le croire. Alors chaque matin, nous venons devant lui comme des pauvres pour lui dire : augmente en nous la foi ! Chaque année, en venant en retraite, nous venons faire une thalasso spirituelle pour débloquer notre foi percluse d’arthrose à force de ne pas travailler assez souvent !

Dieu donne, Dieu pardonne, Dieu ne nous manquera jamais, inutile donc de faire des réserves de grâces, il suffit de se mettre sous la fontaine de ses grâces qui coule de manière permanente. Est-ce que dans la journée, dès que nous nous retrouvons en difficulté nous le rejoignons spirituellement ne serait-ce que deux secondes pour lui dire : Seigneur, sois avec moi ! Ou encore : Esprit-Saint, éclaire-moi, donne-moi la force ! Ou encore : Seigneur, chasse toute tristesse ou toute rancune de mon cœur ! Bref, les situations ne manquent pas dans une journée où nous avons besoin de nous mettre sous la fontaine de grâces. Pour mener une bonne vie de croyant, pas besoin de congélateurs puisqu’il n’y a pas besoin de faire de réserves. Pas besoin de coffre-fort, non plus, parce que, ce que Dieu a donné, il ne le reprendra jamais. C’est vrai, il faut quand même le dire, il existe un voleur de grâces et vous voyez bien à qui je fais allusion. Mais il a un pouvoir extrêmement limité, il ne peut que voler les grâces que nous laissons dormir ! Et si jamais il venait à nous les voler, il suffirait de retourner sous la fontaine pour en retrouver d’autres toutes fraiches ! Je termine en annonçant deux extraordinaires bienfais réservés à ceux qui se tiendront en permanence sous cette fontaine de grâces : ils deviendront gracieux à tous les sens du mot, comblé de grâce, on devient forcément gracieux à l’image de Celle qui fut comblée de grâce. Et ceux qui se tiennent en permanence sous la fontaine de grâce deviennent comme une oasis ambulante distribuant largement ces grâces qu’ils ne cessent de recevoir de l’amour généreux du Seigneur. « Oasis ambulante », avouez que c’est plus attirant que « dé à coudre rempli » qu’on n’ose plus bouger de peur de renverser le peu qu’il contient ! « Celui qui a des oreilles, qu’il entende ! »

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