23 juillet : 16° dimanche Temps ordinaire. Toujours des paraboles qui nous aident à devenir de bons disciples-missionnaires !

Ce texte d’Evangile fait suite à celui de la semaine de la semaine dernière, le thème ses deux premières paraboles confirme bien que nous sommes dans le même registre, il est toujours question de semence. Alors, pour ceux qui étaient déjà là la semaine dernière, je dois faire une petite mise au point. J’expliquais que la parabole du semeur était la seule parabole pour laquelle une explication était donnée, or, si vous avez été attentifs, dans l’Evangile d’aujourd’hui, Jésus donne aussi une explication pour la parabole de l’ivraie. Je me suis demandé pourquoi ma mémoire n’avait pas retenu cette explication … et je me suis dit que c’était peut-être le signe qu’elle devenait moins performante, c’est sans doute un peu vrai. Mais j’ai mieux compris en relisant cette explication pourquoi elle ne s’était pas gravée dans ma mémoire, c’est qu’en fait, elle n’apporte rien ou pas grand-chose de nouveau par rapport à la parabole. En effet, au cœur de la parabole, Jésus a introduit, lui-même, une question posée par des serviteurs, le la relis : Les serviteurs du maître vinrent lui dire : ‘Seigneur, n’est-ce pas du bon grain que tu as semé dans ton champ ? D’où vient donc qu’il y a de l’ivraie ?’ Et, la réponse à cette question va lui permettre déjà de donner une explication à la parabole. L’explication qu’il donnera en réponse à la question des apôtres n’apporte pas d’éléments nouveaux sur la compréhension de la parabole, elle lève juste le voile sur ce qui va se passer à la fin des temps. Et, là encore, comme dimanche dernier, on sent bien que cette explication a dû être rajoutée car elle opère un glissement par rapport au thème de la parabole. Ceci étant dit, qu’est-ce que nous pouvons retirer de ces 3 paraboles, pour nous, aujourd’hui ? Eh bien regardons-les l’une après l’autre.

1/ Tout d’abord la parabole du bon grain et de l’ivraie. Elle apporte un élément essentiel et complémentaire à la parabole du semeur. Je vous rappelle que cette parabole, Jésus l’avait raconté pour expliquer pourquoi il semait la Parole si largement sans trop se préoccuper de l’état des cœurs qui la recevaient ? Il agissait ainsi parce que la semence avait une puissance inouïe. Mais, c’est vrai, parfois la puissance de la Parole, la fécondité de la Parole est mise en échec à cause de la dureté des cœurs. La parabole de l’ivraie apporte un élément complémentaire pour expliquer l’échec. Tout ne s’explique pas uniquement par l’état de notre cœur, autrement dit, nous ne sommes pas totalement responsables quand la Parole ne porte pas de fruits en nous. Il faut aussi prendre en compte l’action de l’Ennemi et cet Ennemi, hélas, nous le connaissons bien ! La parabole va nous donner deux renseignements extrêmement précieux sur l’action de cet ennemi qui nous permettront de ne pas trop lui laisser le champ libre.

– Le 1° renseignement concerne la semence que, lui, l’Ennemi, il utilise, celle avec laquelle, à chaque fois, il réussit à contrarier le travail du semeur divin. Il sème l’ivraie. Et ce mot, vous le connaissez bien, même dans sa version grecque ! En effet, ivraie, en grec se dit « zizanon. » Voilà donc son arme favorite à l’ennemi, celle avec laquelle il parvient à contrarier tant de beaux projets prometteurs. Il sème la zizanie et c’est une semence très puissante puisque, hélas, elle va pousser aussi vite que la bonne semence. La leçon est donc claire : là où il y a de la zizanie, là, l’ennemi est à l’œuvre. Alors, de grâce, n’allons pas lui prêter main forte en semant avec lui la zizanie ! C’est de disciples-missionnaires, de semeurs de la Parole dont le Seigneur et l’Eglise ont besoin, pas de semeurs de zizanie ! Nous venons de vivre une retraite de couples, que de couples et de familles en souffrance à cause de la zizanie intra-familiale et il est malin le Malin pour trouver des collaborateurs qui lui permettront d’arriver à perturber la vie des couples et des familles. C’est la même chose à l’intérieur des communautés. Le pape François n’arrête pas de mettre en garde ceux qui vivent en communauté contre les ragots, ces paroles jamais vérifiées ou qui n’apportent absolument rien et qu’on s’échange dans les couloirs, dans le dos des autres. Le Seigneur a suffisamment de mal à constituer son équipe de semeurs, de disciples-missionnaires, alors, quand nous avons été recrutés, ne jouons pas contre notre camp en devenant semeurs de zizanie !

– Le 2° renseignement concerne le moment où l’Ennemi aime agir, l’Evangile le disait assez clairement : pendant que les gens dormaient, son ennemi survint. Vous remarquez qu’il n’est pas question de nuit, par contre, l’Ennemi choisira, exprès, le moment où notre vigilance se relâchera. De fait, notre vigilance peut se relâcher en plein jour et il n’y a pas que dans notre lit que nous dormons ! Nous pouvons nous endormir parce que nous nous croyons devenus forts, suffisamment expérimenté, dégagés de certains problèmes … Nous pouvons aussi nous endormir parce que notre vie spirituelle devient léthargique, ça, ça peut tous nous concerner à un moment ou à un autre. Dans un couple, comme dans une communauté, la zizanie peut devenir envahissante quand on se relâche au niveau des exigences du dialogue en vérité, quand on ne s’accueille plus avec un respect inconditionnel, quand on se relâche à un tas de niveaux en se disant : ce n’est pas très grave puisque cette médiocrité qui s’installe, elle s’installe dans ma vie à moi ! Oui, mais, comme nous sommes tous liés, les médiocrités que je laisse s’installer dans ma vie ont forcément des répercussions dans la vie des autres ! Pour le faire comprendre, le père Cantalamessa aime bien  raconter cet aphorisme qu’on trouve dans la littérature rabbinique. Un homme était parti pour une petite excursion sur un lac avec un petit bateau qui devait permettre à ce groupe de touristes de le traverser. Au milieu du lac, l’homme sort une perceuse qu’il avait caché dans son sac et se met à faire un trou assez gros sous son siège. Les autres se ruent sur lui pour l’arrêter et lui, il leur répond : je fais ce que je veux, c’est sous mon siège que j’ai fait ce trou ! Nos relâchements personnels auront toujours des conséquences néfastes pour la vie du couple, de la famille, de la communauté.

Nous sommes donc prévenus avec cette parabole, c’est la zizanie que l’Ennemi aime semer, c’est sa semence favorite, celle avec laquelle il arrive à contrarier les meilleurs projets. Et il saura profiter de tous nos moments de relâchement pour remplir les poches de nos cœurs de zizanie afin que nous lui prêtions main forte !

Il reste encore deux paraboles dans l’Evangile que nous avons entendu et elles sont extrêmement liées puisqu’elles parlent toutes les deux de quelque chose de petit qui va devenir grand. C’est le cas de la graine de moutarde, toute petite semence qui deviendra la plus grande des plantes potagères et c’est le cas du levain qui, enfoui dans la pâte va lui permettre de lever. On le sent bien, ces deux paraboles viennent regonfler le moral des troupes ! La parabole du semeur avait commencé de manière extrêmement positive en insistant sur la puissance de la semence mais l’explication avait montré que cette puissance pouvait être mise en échec à cause des cœurs mal préparés. La parabole de l’ivraie en rajoute une couche en disant que, en plus des cœurs mal préparés, il y a aussi un Ennemi qui vient anéantir le bon travail du semeur. C’est un peu décourageant, vous l’avouerez, même si c’est extrêmement réaliste ! Mais Jésus ne veut pas que nous restions sur cette impression, alors il raconte ces deux paraboles qui nous rebranchent sur la puissance, sur la grande fécondité de la Parole. Et chacune de ces deux paraboles va nous livrer une vérité essentielle qu’il nous faudra intégrer.

Avec la parabole de la graine de moutarde, il nous invite à la modestie, à l’humilité. Cette toute petite graine ne deviendra jamais un grand arbre contrairement à ce que laisse entendre la version de cette parabole dans l’Evangile de Luc. Marc et, ici, Matthieu sont bien plus près de la vérité en disant qu’une fois semée elle n’est qu’une plante potagère, grande, certes, pour une plante potagère, mais une plante potagère quand même ! J’ai vérifié, elle peut atteindre 2 mètres, vous voyez, on est loin d’un cèdre ! Jésus n’a donc pas raconté cette parabole pour nous dire que tout ce qu’on fait de petit deviendra très grand, non ! Il nous dit que toutes nos petites actions auront de petits effets, et c’est tant mieux, comme ça, on ne prendra pas la grosse tête et en plus le ciel aime ce qui est petit, le ciel, donc Dieu aime tellement ce qui est petit qu’il envoie les oiseaux du ciel faire leur nid dans ce que nous avons semé petit et qui reste petit ! Pour devenir d’authentiques disciples-missionnaires, sortons de nos esprits nos rêves de grandeur, de succès, rappelons-nous la parole de Benoit XVI : le succès n’est pas un nom de Dieu et moi, j’aime rajouter c’est un cadeau du diable !

Avec la parabole du levain, Jésus enfonce le clou car le levain, une fois mélangé à la farine disparait. Ne rêvons ni de succès, ni d’inscrire nos noms dans l’histoire des œuvres que nous servons ! Acceptons de disparaître comme le levain en ayant juste donné ce que, par la grâce de Dieu, nous étions en mesure de donner. Avec tout ça, nous avons encore de quoi vivre une belle semaine !

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