25 mars : Annonciation : Il y a un « hic » dans notre foi !

25 mars 2020 1 Par Père Roger Hébert

Vous savez que, dans le langage populaire, quand on dit : « il y a un hic » c’est pour dire qu’il y a un problème et si vous voulez être branchés, vous dites qu’il y a un blême ! Eh bien, figurez-vous qu’il y a un lieu au monde où le « hic » évoque tout sauf un blême ! C’est à Nazareth. Celles qui y sont allées visualiseront facilement ce que je vais décrire et les autres, peut-être avez-vous des photos … j’en ai mis une à la porte de mon bureau ! Les fouilles qui ont été faites à Nazareth montrent que les maisons étaient des maisons troglodytes, l’ange est donc apparu à Marie dans une de ces maisons-grottes. C’est pour cela qu’à Lourdes, Marie est un peu comme chez elle, la grotte de Massabielle lui rappelle tellement sa maison ! Sur la grotte de Nazareth, on peut lire cette inscription : Verbum caro HIC factum est. Même si vous n’avez pas suivi les excellents cours de latin de Marie-Charlette, vous pouvez comprendre puisque ce sont les paroles du Credo qu’on disait en latin, paroles qui reprenaient le prologue de St Jean : Le verbe s’est fait chair … mais à Nazareth, on a rajouté « HIC » c’est-à-dire ICI.

Au cours d’un des nombreux pèlerinages que j’ai eu la chance d’accompagner, une pèlerine m’a demandé : mais pourquoi ce n’est pas à Bethléem qu’on a écrit cette phrase ? Eh bien, on l’a écrite à Nazareth parce que c’est là qu’elle devait être écrite ! On l’a écrite sur la grotte de Nazareth parce que c’est là qu’a commencé cette histoire dont personne, même ceux qui avaient l’imagination la plus féconde, n’aurait osé concevoir le scénario : Dieu s’est fait homme, Dieu a pris un corps et c’est pour cela qu’on a lu en 2° lecture le passage de la lettre aux Hébreux. Je vous fais remarquer au passage ce détail si révélateur. L’auteur de la lettre aux Hébreux a mis sur les lèvres de Jésus, les paroles du psaume 39 ou 40 selon les numérotations. Je vous lis ce que dit le Psaume : « Tu ne voulais ni offrande ni sacrifice ; tu ne demandais ni holocauste ni victime, alors j’ai dit : Voici, je viens. » Et maintenant, je vous relis la parole de la lettre aux Hébreux, j’espère que vous allez entendre la différence : « Tu n’as voulu ni sacrifice ni offrande, mais tu m’as formé un corps. Tu n’as pas agréé les holocaustes ni les sacrifices pour le péché ; alors, j’ai dit : Me voici. » Vous avez entendu la différence ? « Tu m’as formé un corps. » C’est avec son corps que Jésus va accomplir la mission que le Père lui confie pour laquelle il dit : « Me voici ! »

Le grand mystère de la Foi chrétienne, c’est le mystère de l’Incarnation, Dieu qui prend corps. Et c’est à Nazareth que tout a commencé : « Verbum caro HIC factum est. » Il y a un HIC dans notre foi et ce HIC n’est pas un problème, mais la plus grande marque d’amour de Dieu pour les hommes. Et, bien sûr, tout a été possible grâce au Oui de Marie dont le cœur et le corps avait été préparé pour cette grande mission. Mais vous voyez, il faut vraiment donner à la fête de l’Annonciation toute son ampleur, c’est pourquoi il n’est pas tout à fait juste de réduire cette fête de l’Annonciation à une fête de Marie. Donnons-lui vraiment toute son ampleur car, aujourd’hui, on pourrait presque dire que c’est la plus grande fête des chrétiens parce qu’elle lance tout le processus du Salut qui va se réaliser dans un scénario absolument inouï : le Verbe s’est fait chair et la plus grande aventure de l’histoire de l’humanité a commencé HIC, dans cette grotte de ce minuscule village de Nazareth par le oui de Marie.

Nous sommes vraiment dépassés par tout ce que peut induire cette affirmation qui est l’une des plus centrales de notre foi. C’est ici que Verbe s’est fait chair ! Nous avons souvent tendance à spiritualiser, mais justement l’incarnation exige que nous ne spiritualisions pas tout, pas trop vite, et que nous nous restions bien dans le réalisme.

C’est une ancienne paroissienne avec qui je travaillais beaucoup pour l’aumônerie des jeunes dans ma paroisse qui m’a aidé à rester un peu mieux dans le réalisme de l’Incarnation. Elle m’a envoyé un mail, hier soir, avec un très beau dessin réalisé en collaboration avec une de ses collègues. Sur ce dessin, on voit un embryon avec cette inscription si bouleversante : Fils de Dieu recherche entrailles accueillantes pour 9 mois de confinement. Vous vous rendez compte, le Fils du Dieu tout-puissant est passé par toutes les étapes de vie de l’ embryon puis du fœtus que j’ai relues ce matin pour mieux m’en émerveiller : j’ai réalisé que Jésus, à la fin du premier mois de grossesse de Marie, mesurait environ 1/4 de pouce, c’est dire plus petit qu’un grain de riz ! Vous vous rendez compte ? Le Fils du Dieu tout-puissant plus petit qu’un grain de riz ! Et je vous laisse continuer l’émerveillement avec la suite du développement.

Et l’autre sujet d’émerveillement, c’est justement le confinement accepté. Le Fils du Dieu tout-puissant, créateur du ciel et de la terre, de l’univers visible et invisible a accepté ce confinement pendant 9 mois dans le ventre de Marie. C’est inouï ! Parce que le Verbe de Dieu était habitué aux grands espaces, l’univers visible et invisible ça représente quand même de très grands espaces, alors vous imaginez que le ventre de Marie va devenir un sacré confinement ! Et ça continue après parce que, Nazareth, c’était un tout petit bled de rien du tout et ça continue encore après Nazareth parce que Israël est un pays minuscule ! Et son confinement continue encore, il accepte le confinement de nos tabernacles, de nos ostensoirs jusqu’au confinement dans nos cœurs si souvent très étroits ! En ces temps que nous vivons, ce réalisme de l’incarnation peut nous interroger et nous émerveiller : pourquoi le Fils de Dieu a-t-il accepté ce confinement ? Pour toi, pour moi, pour nous sauver ! Et tout cela a été rendu possible par le Oui de Marie que nous célébrons aujourd’hui. Alors, on comprend mieux le sens de ce si beau sermon de St Bernard qui explique que toute la création était comme suspendue en attendant que Marie prononce ce oui. Permettez-moi de le citer en conclusion, même si ça rallonge un peu mon homélie !

« Tu l’as entendu, ô Vierge : tu concevras un fils, non d’un homme — tu l’as entendu — mais de l’Esprit Saint. L’ange, lui, attend ta réponse : il est temps pour lui de retourner vers celui qui l’a envoyé. Nous aussi, nous attendons, ô Notre Dame. Accablés misérablement par une sentence de condamnation, nous attendons une parole de pitié. Or voici, elle t’est offerte, la rançon de notre salut. Consens, et aussitôt nous serons libres. Dans le Verbe éternel de Dieu, nous avons tous été créés ; hélas, la mort fait son œuvre en nous. Une brève réponse de toi suffit pour nous recréer, de sorte que nous soyons rappelés à la vie.

Ta réponse, ô douce Vierge, Adam l’implore tout en larmes, exilé qu’il est du paradis avec sa malheureuse descendance ; il l’implore, Abraham, il l’implore, David, ils la réclament tous instamment, les autres patriarches, tes ancêtres, qui habitent eux aussi au pays de l’ombre de la mort. Cette réponse, le monde entier l’attend, prosterné à tes genoux. Et ce n’est pas sans raison, puisque de ta parole dépendent le soulagement des malheureux, le rachat des captifs, la délivrance des condamnés, le salut enfin de tous les fils d’Adam, de ta race entière.

Ne tarde plus, Vierge Marie. ~ Vite, réponds à l’ange, ou plutôt, par l’ange réponds au Seigneur. Réponds une parole et accueille la Parole ; prononce la tienne et conçois celle de Dieu ; profère une parole passagère et étreins la Parole éternelle.

Pourquoi tarder ? Pourquoi trembler ? Crois, parle selon ta foi et fais-toi tout accueil. Que ton humilité devienne audacieuse, ta timidité, confiante. Certes il ne convient pas en cet instant que la simplicité de ton cœur virginal oublie la prudence ; mais en cette rencontre unique ne crains point la présomption, Vierge prudente. Car si ta réserve fut agréable à Dieu dans le silence, plus nécessaire maintenant est l’accord empressé de ta parole. Heureuse Vierge, ouvre ton cœur à la foi, tes lèvres à l’assentiment, ton sein au Créateur. Voici qu’au dehors le Désiré de toutes les nations frappe à ta porte. Ah ! Si pendant que tu tardes il allait passer son chemin, t’obligeant à chercher de nouveau dans les larmes celui que ton cœur aime. Lève-toi, cours, ouvre-lui : lève-toi par la foi, cours par l’empressement à sa volonté, ouvre-lui par ton consentement.

Voici, dit-elle, la servante du Seigneur : que tout se passe pour moi selon ta parole. » Ouf, elle a dit oui ! Maus ce ouf, il n’est pas de St Bernard !