Je le répète souvent, dans l’Evangile, aucun détail n’est inutile. A l’époque, écrire, c’était très compliqué, on n’écrivait que quelques mots dans une minute, entre 3 et 5 et écrire, coutait aussi très cher, les parchemins, papyrus et tablettes de cire, supports de l’Ecriture n’étaient pas donnés ! Ça signifie que, lorsqu’il y a un détail, il est souvent intéressant de s’y arrêter. Dans les Ecritures, selon l’adage courant, ce n’est pas le diable qui se cache dans les détails, mais l’Esprit-Saint ! Le détail que je retiens donc en premier, dans mon homélie, c’est la traduction du nom de Thomas, le texte mentionne que ce nom signifie jumeau. Tous les noms ou presque en hébreu-araméen avaient une signification, à titre d’exemple : Simon, c’est « celui qui écoute » ; Jean, c’est « Dieu fait grâce ». Mais habituellement, quand un nom est cité, la traduction de ce nom n’est pas mentionnée, or, ici, le texte dit : L’un des Douze, Thomas (dont le nom signifie : Jumeau), n’était pas avec eux quand Jésus était venu.
Si la traduction du nom de Thomas est mentionnée, c’est qu’elle a son importance ; avec une bizarrerie, quand même, on nous dit qu’il est jumeau, mais son nous parler de son jumeau. Moi, quand je dis que je suis jumeau, car je le suis, j’aime bien parler de ma jumelle ! Là, aucun renseignement sur l’autre jumeau mais Jean tenait à préciser que Thomas, puisque son nom signifie jumeau, était jumeau. Alors, vous l’avez deviné, l’apôtre Jean a mentionné cette traduction sans parler du jumeau de Thomas pour nous dire, à vous, comme à moi, que nous sommes chacun le jumeau, la jumelle de Thomas.
Alors, vous pourriez penser que tout ce que je viens d’expliquer justifie le fait que beaucoup disent : moi, je suis comme St Thomas, je ne crois que ce que je vois ! Eh bien, non, pas du tout ! Parce que ceux qui disent cela, invoquent St Thomas pour justifier une certaine médiocrité de leur foi : ma foi est petite ou a même carrément disparu parce que je n’ai jamais vu de miracle ! D’abord cette affirmation est tellement loin de la vérité ! Chaque jour, nous pouvons voir des dizaines de miracles de l’amour. Ce sont les parents de jeunes handicapés qui, tous les jours, l’entourent d’amour et de soins ; ce sont des profs qui continuent à croire en des élèves impossibles et qui cherchent comment les aider à réussir ; ce sont les sœurs qui supportent les chapelains … bref, chaque jour, pour celui qui veut voir, il y a de quoi voir et donc de nourrir sa foi !
Mais voyez-vous, pour moi, Jésus ne blâme pas Thomas parce qu’il a voulu voir. Quand il dit : « Parce que tu m’as vu, tu crois. Heureux ceux qui croient sans avoir vu. » Jésus, me semble-t-il reconnait qu’il est normal de chercher à voir pour croire. D’ailleurs, tout l’Evangile de St Jean, quand il parle de la foi, est construit autour de 3 verbes : venir, voir et croire. Pour croire, il faut se bouger, venir, aller à Jésus. On dit souvent que la foi commence par les pieds, c’est bien vrai ! Ensuite, il faut voir et ce n’est pas pour rien que l’Evangile de St Jean est appelé l’Evangile des signes, justement parce qu’il donne à voir tout ce que Jésus a fait afin de susciter la foi. Enfin au terme, la foi est possible : venir, voir et croire. Mais alors pourquoi Jésus dit-il : « Parce que tu m’as vu, tu crois. Heureux ceux qui croient sans avoir vu. »
Je regrette souvent que dans les Evangiles, on n’ait pas l’intonation de la voix de Jésus parce que l’intonation a son importance. J’imagine volontiers qu’avec son intonation, c’est comme si Jésus avait dit : Thomas, tu refusais de croire parce que tu ne m’avais pas vu, c’est normal, il faut voir pour croire, mais alors chapeau pour ceux qui arrivent à croire sans avoir vu. On peut penser à la mère Teresa qui a continué à croire alors qu’elle a vécu des dizaines d’années dans une effroyable nuit de la foi. Oui, chapeau la mère Térésa, mais on n’est pas tous la mère Térésa, nous, nous avons besoin de voir pour croire.
Très bien, mais la question la plus importante, c’est qu’avons-nous besoin de voir pour croire ? Pas des miracles extraordinaires, des gens qui se mettent à léviter, ni même des guérisons extraordinaires ! Thomas, ce qu’il voulait voir, le texte le dit clairement, ce sont les marques de l’amour de Jésus pour lui : « Si je ne vois pas dans ses mains la marque des clous, si je ne mets pas mon doigt à l’endroit des clous, si je ne mets pas la main dans son côté, non, je ne croirai pas ! »
Il veut voir les marques que la passion a laissé sur Jésus, clous et coup de lance. Mais, cela, Jésus l’a accepté pour nous sauver par amour, ce n’est pas pour rien qu’on appelle les derniers jours de Jésus, la passion, il nous a aimés avec passion. Comme le dit Paul, dans la lettre aux Galates : le Christ m’a aimé et s’est livré pour moi ! Ga 2,20 Voilà ce que Thomas veut voir et cela, j’en suis sûr que Jésus ne le lui reproche pas ! Et c’est en cela que nous sommes les jumeaux de Thomas : pour croire, pour avoir une foi solide, nous avons tous besoin de voir, j’oserais dire de « toucher du doigt » l’amour de Jésus pour nous. Ceux qui ont véritablement fait l’expérience de l’amour de Jésus pour eux, ont une foi qui travers toutes les épreuves, qui change leur vie. Le témoignage des catéchumènes le montre tellement bien.
En ce jour, demandons par l’intercession de St Thomas, notre jumeau et de Notre Dame de Laghet que la grâce nous soit donnée de voir tous les signes de l’amour de Jésus pour nous dans le quotidien et le banal de nos vies afin que nous puissions croire toujours plus fermement et, chaque jour, lancer, comme Thomas, ce cri de foi : Mon Seigneur et mon Dieu.
