Chaque année, la liturgie nous donne deux grandes occasions d’approfondir le mystère de l’Eucharistie : le jeudi saint, jour où nous faisons mémoire, au sens fort du terme, de l’institution de l’Eucharistie et dans cette fête qu’on appelait avant la Fête-Dieu et qu’on appelle aujourd’hui, la fête du Saint-Sacrement, fête du Corps et du Sang du Christ. Oui, parce que le grand risque, c’est que nous finissions par nous habituer à ce que nous célébrons, que nous ne mesurions plus le cadeau inouï que le Seigneur nous a fait et ne cesse de nous faire en nous invitant, malgré notre indignité, à participer à l’Eucharistie.
En Italie, dans pas mal de sacristies, ce lieu où le prêtre se prépare à la messe, il y a un écriteau qui invite le prêtre à célébrer cette messe « comme si c’était la première, comme si c’était la dernière ! » Ma première messe, évidemment, je m’en rappelle encore, quelle émotion ! Ma dernière messe, je ne sais pas quand je la vivrai mais je peux vous dire que si j’ai la grâce de savoir que c’est la dernière, je vais la célébrer avec un soin tout particulier puisqu’elle sera ma préparation à l’entrée dans cette messe sans fin qu’est l’éternité. Cette invitation adressée aux prêtres, en Italie, elle s’adresse aussi à chacun de vous, vivez cette messe, comme si c’était la 1°, comme si c’était la dernière. Un catéchumène, il est comme un enfant, il compte les dodos qui lui restent avant de pouvoir recevoir le baptême et de pouvoir communier. Sa première messe qui coïncide avec le jour de son Baptême, restera, à jamais gravée dans sa mémoire.
Quant à la dernière, pour vous comme pour moi, il est bien difficile de savoir quand elle aura lieu ! Mais il y avait une tradition dans l’Eglise qui, hélas, tend à disparaitre du fait que les gens meurent de plus en plus souvent à l’hôpital, c’était la communion donnée en viatique. Dans les dernières heures de vie, la famille était réunie autour de la personne mourante et le prêtre venait glisser une parcelle d’hostie dans sa bouche. J’ai eu la possibilité de vivre ce très beau rite, quelques fois seulement, et je peux vous dire que lorsque les personnes sont conscientes, on peut mesurer à quel point cette communion, si particulière, les établit dans la paix en les réconfortant.
Seulement voilà, entre la 1° des communions et la dernière, il y a toutes celles que nous vivons trop machinalement. Et c’est pour cela que l’Eglise nous offre chaque année cette fête du Saint-Sacrement pour nous aider à sortir de la routine en approfondissant ce grand mystère. Parmi toutes les paroles que j’ai pu entendre ou lire et qui m’ont aidé et qui m’aident encore à prendre conscience de la grandeur de ce que je célèbre, il y a celle que le pape Benoit XVI avait prononcé pour les jeunes réunis à Cologne pour les JMJ en 2005. Le pape savait bien que beaucoup de jeunes ont du mal avec la messe : difficile de se lever le dimanche pour y aller, difficile de trouver des communautés accueillantes, chaleureuses en enthousiastes. Alors pour essayer de leur faire percevoir en quoi la participation à la messe était indispensable pour nourrir une vie de foi, il avait développé une image très audacieuse. Il n’avait pas brandi les commandements de l’Eglise qui font de la participation à la messe une obligation, il n’avait pas rappelé que c’était un péché grave que de ne pas y participer, il avait tenté de leur montrer à côté de quoi ils risquaient de passer s’ils n’y participaient pas.
Voilà ses paroles : Dans l’Eucharistie, il s’agit d’une fission nucléaire portée au plus intime de l’être : la victoire de l’amour sur la haine, la victoire de l’amour sur la mort. Seule l’explosion intime du bien qui vainc le mal peut alors engendrer la chaîne des transformations qui, peu à peu, changeront le monde. Tous les autres changements demeurent superficiels et ne sauvent pas. Il faudrait beaucoup de temps pour commenter en détail cette parole. Je veux juste souligner deux points, vous laissant le soin de prolonger cette méditation au cours de la journée.
- D’abord la puissance contenue dans l’Eucharistie. Dans un morceau d’uranium enrichi, il y a une puissance capable de produire une énergie fabuleuse qui peut faire tourner des centrales nucléaires ou, hélas, détruire des régions du monde. Eh bien, de la même manière, dans cette hostie, pourtant si insignifiante en apparence, il y a une énergie d’amour à la puissance incalculable.
- Le pape évoquait ensuite ce principe bien connu en physique nucléaire qu’on appelle la réaction en chaine. C’est-à-dire que, lorsque le processus de fission est enclenché et bien contrôlé, il ne s’arrête plus, libérant une énergie de plus en plus abondante. Quelle belle image pour l’Eucharistie ! Parce que, dans le monde, nous avons l’impression que c’est la haine, l’égoïsme qui produisent des réactions en chaine, ce qu’on appelle un cercle vicieux qui nous entraine toujours plus bas. Il suffit d’écouter ou de lire les informations pour s’en convaincre. Eh bien, nous dit le Pape Benoit, il est urgent de trouver une énergie plus puissante, qui produira une réaction en chaine positive nous entrainant dans un cercle vertueux ayant la capacité de nous faire monter toujours plus haut dans l’amour. Et cette énergie, elle existe, dit Benoit XVI, elle est contenue dans l’Eucharistie.
Peut-être que certains se disent que ce sont de belles paroles, mais que, eux, quand ils participent à l’Eucharistie, ils ne ressentent rien, cette énergie ne se diffuse pas en eux. Pour tenter d’expliquer pourquoi il en est ainsi chez trop de chrétiens, je prends à mon tour, une image. Vous savez, quand on prend un médicament, la substance active est enrobée dans une membrane de couleur et ce sont les sucs gastriques qui vont dissoudre cette membrane et libérer la substance active pour qu’elle fasse son travail de guérison. Il en va un peu de même avec l’Eucharistie.
La puissance qu’évoquait Benoit XVI est comme enfermée dans l’hostie, et, quand nous la mangeons, ce ne sont pas nos sucs gastriques, qui vont en libérer les principes actifs, mais la foi. Si je vais communier par habitude, la puissance est bien là, mais jamais libérée en moi. Si en allant communier, je pose un acte de foi : Seigneur, je ne comprends pas comment c’est possible, mais je crois que c’est toi, la puissance de ton amour que je reçois. Si je fais cet acte de foi, alors les principes actifs de l’Eucharistie sont libérés, la puissance de la fission nucléaire se met en route, déclenchant une réaction en chaine, l’acte d’amour du Christ qui se donne en entrainera un autre chez moi, qui en entrainera encore d’autres et, ceux qui m’entourent, seront comme contaminés par les radiations qui se dégagent de la communion d’amour que j’ai reçue. Après la consécration, le prêtre a bien raison de dire : il est grand le mystère de la foi, oh oui, il est tellement puissant !
Par l’intercession de Notre Dame de Laghet qu’il nous soit donné d’y entrer avec joie !
