Quand j’étais aumônier de prison, je distribuais beaucoup de bibles aux détenus qui m’en réclamaient. Oh, je ne me faisais pas d’illusion, ils ne la lisaient pas tous ! Je sais que certains arrachaient les pages pour s’en servir de papier pour rouler leurs cigarettes ! Il y a d’ailleurs un détenu allemand qui a écrit un livre au titre évocateur : fumeur de bible ! C’est ainsi qu’il a pris contact avec la Bible et qu’il a fini par se convertir pour devenir ensuite un grand évangélisateur ! Mais tous ne fumaient pas non plus la Bible ! Je me rappelle bien d’Éric à qui j’en avais donné une et qui l’avait lue presque en entier en une semaine. Et quand je lui ai demandé si ça n’était pas trop compliqué de lire la Bible, il m’avait fait cette étonnante réponse : non, c’était pas compliqué parce que ce livre, il parle de moi à toutes les pages ! Quelle merveilleuse réponse !
Eh bien, voyez-vous, j’ai franchement l’impression que les textes d’aujourd’hui, ils parlent de vous, chers catéchumènes ! Et comme nous sommes tous faits de la même chair, ils parlent aussi de nous qui vous accompagnons en ce jour et de ceux qui sont venus participer à cette messe. Est-ce que vous ne vous reconnaissez pas dans ces paroles du livre d’Isaïe que nous avons entendues : Le désert et la terre de la soif, qu’ils se réjouissent ! Le pays aride, qu’il exulte et fleurisse comme la rose, qu’il se couvre de fleurs des champs, qu’il exulte et crie de joie ! Je ne connais pas votre cheminement et ce qui vous a conduit à demander le Baptême, mais je connais le cheminement d’autres catéchumènes qui ont été baptisés dans le passé et passé parfois très récent. Certains m’ont partagé avoir traversé un désert plus ou moins long dans leur vie, avoir été habités par une immense soif d’amour que toutes leurs expériences, parfois désordonnées, n’avaient pas réussi à étancher. Ils m’ont dit combien ils avaient souffert de l’aridité de leur cœur alors qu’ils ne rêvaient que d’amour.
Et voilà que, dans ces circonstances particulières à chacun, le Seigneur, utilisant une route adaptée au cas de chacun, s’est approché d’eux. Alors ils ont eu l’impression et même plus que l’impression que leur désert se mettait à fleurir et que leur cœur était empli d’une paix et d’une joie longtemps espérées mais jamais encore ressenties avec une telle intensité. C’est exactement ce que disait Isaïe dans la 1° lecture : Le désert et la terre de la soif, qu’ils se réjouissent ! Le pays aride, qu’il exulte et fleurisse comme la rose, qu’il se couvre de fleurs des champs, qu’il exulte et crie de joie ! Oui, comme Eric, le détenu dont je parlais, vous pourriez dire : ce texte parle de moi ! Et si vous lisez la suite du texte, c’est encore de vous qu’il parle : Fortifiez les mains défaillantes, affermissez les genoux qui fléchissent, dites aux gens qui s’affolent : « Soyez forts, ne craignez pas. Voici votre Dieu ! » Je suis sûr que vous pourriez dire que cette rencontre avec le Seigneur qui vous a mis en route pour la préparation de votre baptême vous a fortifiés, vous a rendus plus forts, plus assurés. Oh, le travail n’est pas fini, mais le Seigneur vous a déjà fait faire un beau chemin ! Fortifiez les mains défaillantes, affermissez les genoux qui fléchissent, dites aux gens qui s’affolent : « Soyez forts, ne craignez pas. Voici votre Dieu ! » C’est ce que le Seigneur a fait pour vous.
Je continue le texte parce que, vraiment, on a l’impression qu’il a été écrit pour vous : Alors se dessilleront les yeux des aveugles, et s’ouvriront les oreilles des sourds. Alors le boiteux bondira comme un cerf, et la bouche du muet criera de joie. En effet, cette rencontre avec le Seigneur a ouvert vos yeux, vous avez vu clairement qu’il y a des chemins qui mènent à la vie et d’autres qui conduisent à des impasses mortifères. Cette rencontre a ouvert vos oreilles qui sont devenues capables d’entendre Dieu qui vous parle dans le silence, d’entendre autrement, avec plus d’empathie, les autres qui vous parlent. Il y avait trop de trucs boiteux dans vos vies qui vous empêchaient d’être dans la joie. Depuis cette rencontre avec le Seigneur, vous croyez que se sont ouvert vos yeux d’aveugles, que se sont ouvert vos oreilles de sourds. Le boiteux que vous étiez peut maintenant bondir comme un cerf, et votre bouche de muet crier de joie !
Quand Isaïe écrivait ce texte, on était 6 siècles avant la venue de Jésus et tout ce qu’il promettait devait être accompli par Celui qu’il ne faisait qu’entrevoir de manière un peu mystérieuse. Certains disent : mais Jésus est venu et rien n’a changé dans le monde ! Dans le monde, c’est vrai que rien ne semble avoir changé : l’égoïsme, la violence, la misère et tant d’autres fléaux continuent leurs ravages.
Mais dans le cœur de ceux qui accueillent le Seigneur, tout change, c’est ce que voulait dire Isaïe et vous en êtes la preuve vivante. Oh, bien sûr, comme je le disais déjà, il reste encore du chemin à faire pour vous, comme pour moi, comme pour nous tous. C’est vrai que votre rencontre avec le Seigneur qui sera encore renforcée par le Baptême oriente votre vie vers de nouveaux horizons, mais le péché reste là dans votre vie, comme dans la nôtre. Luther, le père de la Réforme protestante avait une belle formule pour l’expliquer. Il disait : le Baptême à noyé le vieil homme mais le salaud il savait nager ! Oui, régulièrement, nous sommes rattrapés par de mauvaises habitudes dont nous aimerions être bien débarrassés. Mais vous savez le Seigneur ne nous aime pas seulement quand nous sommes vainqueurs de cette lutte contre nos vieux démons, il nous aime aussi et peut-être surtout quand nous sommes combattants ! Et, pour mener ce combat, nous avons un allié, l’Esprit-Saint qui vient au secours de notre faiblesse quand nous le lui demandons.
Chers catéchumènes, ne vous impatientez pas, le Seigneur n’a encore pas fini son œuvre en vous comme en chacun de nous d’ailleurs, jusqu’à notre dernier souffle il travaillera en nous pour nous parfaire. Et surtout, ne nous décourageons jamais, parce que le découragement, c’est l’arme favorite du diable. Quand le chemin qui vous reste à parcourir pour devenir celui ou celle que vous rêveriez d’être, regardez le chemin que le Seigneur vous a déjà permis de parcourir, ça vous réconfortera. Le monde a besoin de vous, de votre témoignage, l’Eglise a besoin de vous. Même dans votre pauvreté, en reprenant les paroles de l’Evangile, témoignez que lorsqu’on accueille le Seigneur dans sa vie, c’est vrai, il fait voir les aveugles, entendre les sourds, marcher les boiteux, il nous purifie de la lèpre du péché et nous relève de tous nos échecs qui sont autant de petites morts.
Nous vous confions à Notre Dame de Laghet pour qu’elle vous accompagne car son plus grand désir c’est que tous les hommes ouvrent leur cœur à Jésus.
