10 juillet : jeudi 14° semaine ordinaire : le pardon, oui, mais pas trop vite !

Vraiment le lectionnaire ne simplifie pas la tâche des prédicateurs ! En effet, si vous avez Prions en Eglise ou si vous regardez l’application de votre smartphone qui vous donne les lectures du jour, en lisant les références de la lecture d’aujourd’hui, vous constaterez, premièrement qu’on a sauté un chapitre ½ par rapport à la lecture d’hier et que, à l’intérieur même de cette lecture, on a sauté des versets ! Du coup, c’est très compliqué pour commenter. Je comprends bien les rédacteurs du lectionnaire, le texte biblique étant très long, il leur était difficile de tout nous faire lire en si peu de jours. OK, mais ça devient compliqué de trouver le sens de certaines paroles que nous entendons avec tout ce qui a été sauté. Alors, comme hier, je vais raconter, en partie, ce qui a été sauté.

Je vous rappelle que nous sommes engagés dans ce long processus qui conduira Joseph à accorder son pardon à ses frères et à ses frères de pouvoir accueillir ce pardon en ayant reconnu l’énormité de leur faute à l’égard tant de Joseph que de leur père. Hier, la lecture se terminait avec la demande de Joseph qui exigeait que Benjamin, le plus jeune de la fratrie, lui soit présenté : il voulait vérifier que Benjamin n’avait pas subi le même sort que lui. Pour être sûr que les frères reviennent, Joseph avait gardé Siméon, un des frères en otage. Les autres retournent donc vers leur père pour chercher Benjamin, je passe sur les péripéties du voyage ! Quand ils arrivent, ils expliquent au père qu’ils ne sont pas au complet car celui qu’ils nomment encore l’Egyptien a gardé l’un d’entre eux en otage parce qu’il veut voir Benjamin. Le père ne veut pas en entendre parler, il pense avoir perdu Joseph, il ne veut pas perdre Benjamin. Réagissant ainsi, il montre à nouveau qu’à ses yeux tous ses enfants n’ont pas la même valeur. S’il n’accepte pas que Benjamin parte, Siméon, resté en otage, ne pourra jamais revenir, mais ça ne semble pas trop le chagriner ! A force de discussions, Jacob va finir par céder et Benjamin partira.

On imagine la joie de Joseph en revoyant son frère et surtout en constatant qu’il est en bonne santé. Cette joie, il la cache puisque ses frères ne l’ont encore pas reconnu. Cette joie va le pousser à donner un repas sur lequel, avec plus de temps, on pourrait souligner pas mal de détails. Après ce repas et une nuit pour s’en remettre, car les frères ont abusé d’alccol, toute la fratrie se met en route pour rentrer à la maison du père. Oui, mais il y a un problème, ils n’ont toujours pas reconnu Joseph et Joseph ne s’est pas fait reconnaître, le pardon n’a donc pas encore pu être donné et reçu, l’histoire ne peut donc se terminer ainsi. Alors, pour que ça ne se termine pas en eau de boudin, Joseph va chercher à tester ses frères, pour cela, il invente un stratagème très surprenant. Il demande à son majordome de glisser discrètement une coupe de valeur dans les affaires de Benjamin. Et au bout d’un moment, il lance sa garde à la poursuite des frères ; quand ils sont rattrapés, on leur explique qu’un vol a été commis, une coupe a disparu et que l’Egyptien a annoncé que celui qui serait retrouvé détenteur de cette coupe deviendrait son esclave. Les frères sont tranquilles, personne n’a rien volé … sauf qu’en fouillant, on trouve la coupe qui avait été glissée dans les affaires de Benjamin ! Il est donc condamné à devenir esclave ; Benjamin et les autres sont reconduits pour comparaître devant l’Egyptien. Et c’est là que nous en arrivons à la lecture d’aujourd’hui ! 

Juda, l’un des frères va prendre la parole et c’est sa plaidoirie que nous avons entendue, il va demander à l’Egyptien de renoncer à son projet car s’ils rentraient sans Benjamin, leur père en mourrait de chagrin, il ne pourrait supporter d’avoir perdu successivement ses deux fils préférés. Le moins que l’on puisse dire, c’est que ce discours va avoir de l’effet puisque Joseph, ayant fait sortir tout le monde, décide de se faire reconnaître. Son stratagème a marché, il voulait voir si ses frères étaient restés mauvais, il a la preuve que non. C’est Benjamin qui était accusé, le nouveau chouchou, alors, les autres, allaient-ils se réjouir qu’il soit accusé et ainsi avoir une bonne occasion de se débarrasser de lui comme ils s’étaient débarrassés de Joseph ? Eh bien, non ! La fratrie va trouver une nouvelle unité, une unité jamais encore vécue. Face à cet événement, Juda explique qu’ils ne rentreront pas sans Benjamin. Et non seulement la fratrie est ressoudée, mais en plus, ils retrouvent des sentiments à l’égard de leur vieux père qu’ils avaient accablé de chagrin en laissant croire que Joseph était mort. Quel chemin parcouru ! Mais il aura fallu beaucoup de temps pour y parvenir, ce chemin est symbolisé par ces multiples aller-retour. 

Je le redis : n’allons pas trop vite, ne vivons jamais le pardon à marche forcée, personne n’a rien à y gagner, ce texte le montre tellement bien. Est-ce fini ? Pas tout à fait ! Il y aura encore une péripétie, mais ça sera dans la lecture de samedi, donc patience. En effet, Joseph, pris par l’émotion, va peut-être trop en dire quand il prononce ces paroles qui, à 1° vue, nous semblent si belles : Je suis Joseph, votre frère, que vous avez vendu pour qu’il soit emmené en Égypte. Mais maintenant ne vous affligez pas, et ne soyez pas tourmentés de m’avoir vendu, car c’est pour vous conserver la vie que Dieu m’a envoyé ici avant vous. Oui, c’est beau, mais sans doute pas totalement ajusté … suite du feuilleton samedi !

Venons-en à l’Evangile, après l’appel des disciples, hier, nous avons entendu, aujourd’hui, les consignes qui sont données à ceux que Jésus a choisis. Ces consignes peuvent facilement se résumer par ces mots : parce que la mission, consistera fondamentalement à faire ce que Jésus lui-même faisait, il ne faut pas se fourvoyer en cherchant un certain nombre de points d’appui, de sécurités, en dehors de Jésus.

Par l’intercession de Notre Dame de Laghet, demandons que la grâce nous soit donnée de marcher résolument sur le chemin qui pourra nous conduire au pardon sans y marcher à marche forcée. Qu’elle obtienne la fécondité pour notre mission en nous préservant de rechercher les trucs qui marchent mais en nous accrochant chaque jour un peu plus au Christ.

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