Je ne sais pas si, comme moi, vous avez été étonnés par la facilité et même la rapidité avec laquelle Jésus guérit cet homme, aveugle de naissance : il fait de la boue avec de la salive, geste symbolique qui rappelle la création, il met cette boue sur ses yeux et l’envoie à la piscine de Siloé pour se laver et hop, l’homme est guéri ! Par contre, Jésus va avoir beaucoup de mal avec 4 groupes de personnes qui sont cités et que je nomme par ordre d’apparition : les disciples, les voisins, les pharisiens et les parents. Eux, il va être très difficile de les faire sortir de leur aveuglement. Alors, méditant ce texte, je me suis dit qu’il serait intéressant de le regarder de plus près pour comprendre pourquoi ça a été facile pour Jésus de guérir l’aveugle de sa cécité physique et pourquoi il a eu tant de mal à faire sortir de leur aveuglement spirituel les disciples, les voisins, les pharisiens et les parents.
Pour l’aveugle, la guérison a été rendue simple par le fait qu’il n’a mis aucun obstacle, il s’est d’emblée situé dans une relation de confiance absolue vis-à-vis de Jésus. Quand Jésus lui met de la boue sur les yeux, l’aveugle ne part pas dans une discussion sans fin en posant toute une série de questions, du genre : pourquoi tu as fait de la boue, avec quoi tu as fait cette boue, pourquoi tu m’envoies à la piscine ? Est-ce que je peux te croire ? Ce que Jésus a décidé de faire, il peut le faire et quand il dit : va te laver à la piscine de Siloé, le texte nous dit très sobrement : l’aveugle y alla donc, et il se lava ; quand il revint, il voyait. Rien de ce que Jésus a fait ou demandé n’a été discuté, contesté. Pour ceux qui lui font totalement confiance, Jésus peut réaliser de grandes merveilles.
Maintenant, regardons pourquoi ça a été plus compliqué avec les autres.
- Commençons par les disciples. Alors eux, c’est triste, ils répètent bêtement ce que tout le monde a toujours répété sans jamais s’interroger. On pensait à l’époque que la maladie ou le handicap étaient la conséquence du péché, la punition que Dieu donnait à ceux qui avaient gravement péché. Mais là, cette situation pose un problème, cet homme est né aveugle, donc avant d’avoir pu pécher car il n’avait quand même pas péché « in utero » ! Alors, est-ce qu’il paie pour les péchés de ses parents ? Ça fait déjà un moment que les disciples vivent un compagnonnage quasi-constant avec Jésus et qu’ils l’entendent parler de la miséricorde du Père ou qu’ils le voient poser des gestes de miséricorde à l’égard de ceux qui étaient pourtant considérés comme des maudits de Dieu, mais, comme on le dit trivialement, ils n’impriment pas ! Ils n’arrivent pas à accueillir, à intégrer la nouveauté apportée par Jésus, les vieux schémas, les vieilles explications restent ce dont ils se servent le plus spontanément pour expliquer ce qui les questionne et tant pis si c’est à l’opposé de ce que dit et fait Jésus.
- Ensuite, il y a les voisins et ceux qui connaissaient cet homme, aveugle depuis si longtemps. Eux, comme ils ne veulent pas se mouiller, ils restent dubitatifs : peut-être que ce n’est pas le même homme ! Ce qui est sûr, c’est qu’à aucun moment ils ne partagent la joie de cet homme qui, enfin, peut voir ! Ils regardent, mais en restant prudemment sur la touche, sans trop vouloir se mouiller, préférant rester dans un questionnement futile qui les empêchait, sans doute, de compatir à l’époque où il souffrait et de se réjouir maintenant qu’il est guéri.
- Puis, ce sont les pharisiens qui entrent en scène. Alors, eux, ce sont des durs à cuire ! Eux ils ne voient qu’une chose, c’est que, si miracle il y a eu, il a eu lieu un jour de sabbat, ce qui est formellement interdit puisque tout ouvrage est interdit le sabbat. Or, comme le sabbat est une loi édictée par Dieu, toute personne qui le profane ne peut pas faire du bien, ni agir au nom de Dieu. Donc soit le miracle n’a pas eu lieu, mais ça revient à nier les évidences ; soit il a eu lieu et celui qui l’a accompli est un grand pécheur. Et, dans le 2° entretien que les pharisiens auront avec l’homme guéri, ils avanceront plusieurs fois cet élément incontestable, eux, ils savent donc nul ne peut faire des choses contraires à ce qu’ils savent.
- Enfin, il y a les parents, leur attitude est bien triste, ils devraient être les premiers à se réjouir. Mais, face aux pharisiens, gardiens intransigeants de l’orthodoxie, sentant que l’affaire tourne au vinaigre, ils ne se mouillent pas, ils bottent en touche : Interrogez-le, il est assez grand pour s’expliquer nous dit le texte qui précise bien qu’ils avaient peur des juifs.
La leçon de cet Evangile est donc assez claire : pour ceux qui lui font confiance, Jésus peut faire très facilement de grandes merveilles. Mais il aura beaucoup plus de mal avec ceux qui, comme les disciples, répètent bêtement ce qu’ils ont toujours entendu sans chercher à réfléchir. Il aura beaucoup de mal avec ceux qui, comme les voisins, regardent les événements de loin sans jamais vouloir s’impliquer. Il aura aussi beaucoup de mal avec ceux qui, comme les pharisiens, savent et sont enfermés dans leur savoir orgueilleux. Enfin, il aura beaucoup de mal avec ceux qui, comme les parents, ont peur et ne veulent pas se mouiller.
Avec ces éléments, nous avons des renseignements très précieux pour nous ! Si nous nous plaignons régulièrement que le Seigneur ne fasse rien pour nous, nous pouvons donc nous interroger : à quelle catégorie j’appartiens ? Qu’est-ce qui bloque chez moi, qu’est-ce qui, dans mon attitude, vient mettre en échec la toute-puissance du Seigneur ? Après avoir réfléchi lucidement, il ne nous faudra pas oublier la très grande bonne nouvelle de cet Evangile qui nous dit que, si nous marchons dans la confiance, alors le Seigneur pourra faire en nous, pour nous et même par nous des merveilles.
En ce jour où nous célébrons votre entrée en catéchuménat, Aurelia et Fanny, rendons grâce pour ce moment où vous avez choisi de mettre votre confiance dans le Seigneur, d’abandonner toute résistance, toute passivité, lui permettant de vous ouvrir les yeux. Rendons grâce pour votre décision de marcher résolument, en Eglise, vers sa lumière.
Par l’intercession de Notre Dame de Laghet, demandons que votre témoignage nous stimule tous et qu’il encourage tous ceux qui n’osent encore pas faire vraiment confiance au Seigneur.
