Je voudrais d’abord répondre à une question que vous vous posez peut-être ou que vous ne posez pas ou alors que vous ne vous posez plus parce que vous avez la réponse ! Pourquoi le fête de Notre Dame du Mont Carmel est-elle devenue la fête patronale du sanctuaire de Laghet ?
La réponse est simple, c’est l’histoire qui l’explique. En 1671, un nouvel évêque est nommé à Nice Mgr Provana de Leny. Nous sommes presque 20 ans après les premiers prodiges qui ont eu lieu dans la chapelle de Laghet. Très vite, cet évêque comprend qu’il faut appeler une communauté religieuse pour animer ce sanctuaire dont la notoriété s’est répandue comme une trainée de poudre et qui est de plus en plus fréquenté. Comme cet évêque était un religieux carme, provincial de son ordre à Turin, il fait tout naturellement appel à des pères de sa communauté pour venir assurer l’animation spirituelle du sanctuaire. C’est ainsi que le 24 septembre 1674, arrivent les premiers carmes. L’intuition de cet évêque était profondément juste, il est vraiment indispensable qu’une communauté religieuse soit présente au sanctuaire, nous savons tout ce que les sœurs apportent, aujourd’hui, dans ce sanctuaire. Simplement la décision de l’évêque aura du mal à passer car il y avait une communauté de pères carmes à Nice et ce n’est pas à cette communauté qu’il a fait appel mais à ses compatriotes turinois. Quoiqu’il en soit de 1874 à 1903, date de leur départ forcé, les carmes vont beaucoup apporter au sanctuaire de Laghet. La spiritualité des carmes trouve son origine au Mont Carmel, en Terre Sainte, dans cette fameuse rencontre qu’Elie a pu faire avec le Seigneur qui s’est manifesté dans le silence ténu d’une brise légère. C’est donc tout naturellement, tirant un peu la couverture à eux, que les carmes vont faire de la fête de Notre Dame du Mont Carmel la fête patronale du sanctuaire. Jusqu’à maintenant la tradition s’est perpétuée et nous sommes heureux de la prolonger.
Voilà pour l’histoire ! Venons-en maintenant aux textes que nous avons entendus. Pour avoir plus de temps pour commenter l’Evangile, je ne dis qu’un mot sur les deux lectures. Dans la 1° lecture, la promesse du Seigneur que relaie le prophète Zacharie est comme une annonce de la mission de Marie :Chante et réjouis-toi, fille de Sion ; voici que je viens, j’habiterai au milieu de toi. Par son oui, en donnant Jésus au monde, la Vierge Marie sera bien celle qui permettra au Seigneur d’habiter au milieu de son peuple. Quant à la lettre aux Galates, l’extrait qui a été lu nous a fait entendre la seule allusion à la Vierge Marie qu’on trouve dans tous les écrits de Paul, et encore, c’est une allusion assez ténue puisque Paul dit juste : à la plénitude des temps, Dieu a envoyé son Fils, né d’une femme. Pour Paul, c’est le Christ et sa mission de Salut qui comptent, voilà pourquoi il ne parle pratiquement pas de Marie. Mais, comme l’a dit si justement une personne originaire des îles à qui son curé faisait remarquer qu’elle avait sans doute une dévotion mariale trop envahissante ; elle lui a montré une statue de Marie et elle a dit s’il n’y avait pas eu « elle », il n’y aurait pas eu « lui » en désignant un crucifix ! Elle est tellement belle la foi des gens simples !
Il est temps, maintenant de parler de l’Evangile qui nous parle de cette demande de la famille de Jésus qui cherche à le voir. N’allons pas trop phosphorer sur ce que recouvre l’expression « les frères de Jésus » ! Marie n’a pas eu d’autres enfants, c’est bien trop évident, mais en Orient, on aime bien appeler « frères » tous ceux dont on est proche. On croise quelqu’un qu’on aime bien, on lui demande : alors, comment ça va mon frère ? Mais l’essentiel n’est pas là ! L’essentiel, c’est ce que Jésus va répondre à ceux qui lui disent : « Ta mère et tes frères sont là, dehors, qui cherchent à te parler. » La réponse de Jésus nous fait souvent un peu mal pour Marie parce qu’on a l’impression que Jésus ne lui apporte pas la considération qu’elle mérite en répondant : « Qui est ma mère, et qui sont mes frères ? » et surtout en rajoutant tout en désignant ceux qui l’écoutaient : « Voici ma mère et mes frères. Car celui qui fait la volonté de mon Père qui est aux cieux, celui-là est pour moi un frère, une sœur, une mère. »
En fait, la réponse de Jésus n’est pas méprisante à l’égard de la Vierge Marie, sa Mère, c’est même le plus beau compliment que Jésus puisse lui adresser. Parce que, finalement il n’y en a qu’une qui a parfaitement accompli la volonté du Père, c’est Marie, puisqu’elle a été préservée du péché. Pour nous, c’est souvent difficile d’accorder, d’ajuster notre volonté à celle du Père du ciel, nous n’y arrivons pas toujours, nous renâclons, Marie elle n’aura fait que cela : accomplir dans la joie la volonté du Père. Il me plait, d’ailleurs, de penser que Marie a su entendre le compliment de Jésus ; peut-être même qu’elle a un peu rougi !
Et, dans sa réponse, ce qui est très beau, c’est que Jésus veut faire éclater les limites de sa famille de sang ; désormais, plus forts que les liens du sang, il y aura les liens de la foi, c’est ce que dit cette parole de Jésus. Et vraiment, je suis persuadé que Marie a été heureuse d’entendre cette réponse de Jésus. En effet, je suis sûr que Marie, comme toutes les femmes de son époque, rêvait d’une famille nombreuse, mais, voilà, l’appel du Seigneur avait contrarié son rêve, elle avait eu un Fils unique, quel Fils, c’est vrai, mais unique quand même. Et voilà qu’avec cette parole de Jésus son rêve se réalise ! Tous ceux qui chercheront à accomplir la volonté du Seigneur deviendront les frères de Jésus et donc ses enfants à elle ! Marie devient ce jour-là Mère d’une famille très nombreuse. Ce que Jésus confirmera à la croix en lui demandant de devenir Mère de l’Eglise. Vous le voyez, fréquenter Marie, c’est apprendre à croire que le Seigneur exaucera nos désirs les plus profonds quand ils sont justes, mais qu’il ne les réalisera pas forcément comme nous l’avions imaginé !
Par l’intercession de Notre Dame du Mont Carmel, demandons cette foi confiante.
