16 juillet : Fête de Notre Dame du Mont Carmel -fête patronale du sanctuaire … faire la volonté du Père

Permettez-moi de commencer cette homélie en faisant un peu d’histoire, une histoire que les habitués du sanctuaire connaissent bien mais que les pèlerins ou hôtes de passage ne connaissent sans doute pas. Le père Jean-Marie Tschann, ancien recteur et grand historien sous le regard de l’Eternel me corrigera si je dis des bêtises. Peut-être vous posez-vous cette question : Pourquoi le fête de Notre Dame du Mont Carmel est-elle devenue la fête patronale du sanctuaire de Laghet ?

La réponse est simple, et c’est justement l’histoire qui l’explique. Vous le savez les 3 premiers prodiges ont eu lieu en 1652 sous l’épiscopat de Mgr de Palletis. En 1671, un nouvel évêque est nommé, Mgr Provana de Leny, je ne peux pas entrer dans les détails. Très vite, devant l’afflux de pèlerins, cet évêque comprend qu’il faut appeler une communauté religieuse pour animer ce sanctuaire. Comme cet évêque était un religieux carme, provincial de son ordre à Turin, il fait tout naturellement appel aux pères de sa communauté pour venir assurer l’animation spirituelle du sanctuaire. C’est ainsi que le 24 septembre 1674, arrivent les premiers carmes. L’intuition de cet évêque était profondément juste, il est vraiment indispensable qu’une communauté religieuse soit présente au sanctuaire, nous mesurons, encore aujourd’hui, l’impact des sœurs Bénédictines de Montmartre. Il y aurait beaucoup à dire sur l’arrivée des religieux et surtout sur les initiatives qu’ils ont prises, mais retenons que de 1674 à 1903, date de leur départ forcé, les carmes laisseront une forte empreinte à Laghet. Nous sommes héritiers de cette tradition.

Or, nous la savons, la spiritualité des carmes trouve son origine au Mont Carmel, en Terre Sainte, dans cette fameuse rencontre qu’Elie a pu faire avec le Seigneur qui s’est manifesté dans le silence ténu d’une brise légère. C’est donc tout naturellement, tirant un peu la couverture à eux, que les carmes vont faire de la fête de Notre Dame du Mont Carmel la fête patronale du sanctuaire. Et jusqu’à maintenant la tradition s’est perpétuée et nous sommes heureux de la prolonger. Dernier détail pourquoi cette fête a-t-elle été fixée au 16 juillet ? Tout simplement parce que, dans la tradition carmélitaine, le 16 juillet 1251, c’est la date d’une apparition de la Vierge Marie à saint Simon Stock, supérieur général de l’Ordre, c’est dans cette apparition que la Vierge lui remet le scapulaire en signe de sa protection

Voilà pour l’histoire ! Maintenant, accueillons le message que nous délivrent les textes choisis pour cette fête. Dans la 1° lecture, la promesse du Seigneur que relaie l’un des derniers prophètes, Zacharie, est comme une annonce de la mission de Marie : Chante et réjouis-toi, fille de Sion ; voici que je viens, j’habiterai au milieu de toi. Par son oui, en donnant Jésus au monde, la Vierge Marie sera bien celle qui permettra au Seigneur d’habiter au milieu de son peuple. Et, dans cette promesse se trouve comme résumé l’intuition de la spiritualité carmélitaine : nous sommes tous invités à devenir la demeure de Dieu. C’est ce qu’avait bien compris la carmélite dijonnaise Ste Elibeth de la Trinité puisqu’elle disait : « Il me semble avoir trouvé mon ciel sur la terre, puisque le ciel, c’est Dieu, et Dieu est dans mon âme. Le jour où j’ai compris cela, tout s’est illuminé. »

Quant à la lettre aux Galates, l’extrait qui a été lu nous faisait entendre la seule allusion à la Vierge Marie qu’on trouve dans tous les écrits de Paul, c’est une allusion assez ténue puisque Paul dit juste : à la plénitude des temps, Dieu a envoyé son Fils, né d’une femme. Pour Paul, c’est le Christ et sa mission de Salut qui comptent, voilà pourquoi il ne parle pratiquement pas de Marie. Cette lecture nous invite donc, même et surtout dans un sanctuaire marial, à recentrer notre foi sur le Christ dont la prière d’entrée nous disait qu’il était la véritable montagne, c’est donc par lui que nous rencontrerons Dieu. Pour autant, la place de Marie reste importante. En effet, quand vous partez faire une course en montagne, vous avez besoin d’un bon guide 8 Marie est ce guide qui nous prend par la main pour nous conduire à la rencontre de son Fils. J’aime cette formule de Marthe Robin, la fondatrice des Foyers de Charité qui donne à la spiritualité mariale son équilibre théologique : il s’agit d’aimer Jésus comme Marie l’aimait et d’aimer Marie comme Jésus l’aimait !

Il est temps, maintenant de parler de l’Evangile qui nous parle de cette demande de la famille de Jésus qui cherche à le voir. La réponse de Jésus fait souvent un peu mal pour Marie parce qu’on a l’impression que Jésus ne lui apporte pas la considération qu’elle mérite. Mais en fait, dans sa réponse, Jésus, lui aussi, va mettre Marie à sa vraie et juste place. 

Le véritable privilège de Marie n’est pas d’avoir porté le Fils de Dieu en son sein. Ce pourquoi Marie est honorée et priée, c’est, selon les paroles de Jésus, qu’elle a fait la volonté du Père. La réponse de Jésus n’est donc pas méprisante à l’égard de la Vierge Marie, sa Mère, c’est même le plus beau compliment que Jésus pouvait lui adresser. Parce que, finalement il n’y en a qu’une qui a parfaitement accompli la volonté du Père, c’est Marie, puisqu’elle a été préservée du péché. Pour nous, c’est souvent difficile d’accorder, d’ajuster notre volonté à celle du Père du ciel, nous n’y arrivons pas toujours, nous renâclons ; alors que, Marie, elle, elle n’aura fait que cela toute sa vie : accomplir la volonté du Père et c’était sa joie. 

Mais qu’est-ce que ça signifie : accomplir la volonté du Père ? Est-ce que Dieu a tout écrit le déroulement de nos vies par avance et nous, comme dans un jeu de pistes, nous devrions chercher les indices qui nous permettront de réaliser ce que Dieu veut, ce qu’il a écrit ? Si nous le faisons, nous serons heureux et si nous ne le faisons pas, nous serons malheureux. C’est souvent ce que nous pensons, mais, heureusement, ce n’est pas cela faire la volonté du Père ! Nous ne sommes pas des musulmans qui ne cessent de répéter : Mektoube, c’était écrit ! Non, rien n’est écrit, Dieu veut écrire avec nous et pour que la page de notre vie soit la plus belle possible, il nous donne l’Esprit-Saint et ce guide incomparable qu’est la Vierge Marie.

Très bien, mais, concrètement, qu’est-ce que c’est « faire la volonté du Père » ? Eh bien, c’est assez simple, c’est vouloir vivre comme Jésus, en véritable Fils du Père puisqu’il a dit, reprenant un psaume qu’il était venu pour faire la volonté du Père. Et qu’a-t-il fait ? Eh bien, toute sa vie pourrait se résumer ainsi : il a tout fait par amour. Tout ce qu’il a décidé de faire, il l’a fait par amour et tous les événements qui se sont imposés à lui et qu’il n’avait pas choisis, il a choisi de les vivre dans l’amour. J’aime résumer cette attitude spirituelle par le verbe « consentir ». C’est aussi une caractéristique de la spiritualité du Carmel. Nous connaissons tous cette parole de la petite Thérèse que nous avons entendue, hier soir, dans la veillée musicale : aimer, c’est tout donner et se donner soi-même. Voilà comment nous pouvons accomplir la volonté du Père et faire la joie de Marie qui n’a qu’un seul désir, c’est que nous puissions ressembler le plus possible à Jésus.

Que Notre Dame du Mont Carmel, nous entraine dans cet élan.

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