Ce dimanche, nous avons sûrement l’un des textes les plus difficiles à comprendre qui fait la terreur des prédicateurs ! Si la 2° partie du texte d’Evangile ne fait pas trop problème, la parabole qui constitue la 1° partie est beaucoup plus compliquée ! Comment Jésus peut-il donner un exemple un homme qui semble malhonnête ? Certains disent que ce gérant était une sorte de Robin des Bois, ce brigand au grand cœur qui volait les riches pour donner aux pauvres. Peut-être, mais rien n’est moins sûr ! Le texte dit qu’il avait pioché dans la caisse de son maître, une caisse qui devait être bien garnie, mais rien ne dit qu’il l’avait fait pour distribuer cet argent aux pauvres. Et même si c’était le cas, Jésus ne peut pas le donner en exemple ; en effet, si c’est le cas, le but est bon mais les moyens sont condamnables. Donner de l’argent aux pauvres c’est très bien, mais je ne peux pas le faire en volant les riches, le vol est condamnable dans les commandements. Pour donner aux pauvres, il faudra que j’arrive à persuader les riches qu’il est juste de partager, je vous l’accorde, ce n’est pas gagné d’avance ! En résumé, même si ce gérant était un Robin des Bois, Jésus ne pourrait pas le donner en exemple parce que, selon la morale, un objectif bon ne peut pas être atteint avec des moyens condamnables.
Par contre, dans la 2° partie de la parabole, ce que fait cet homme, oui, ça c’est sûrement exemplaire, au sens où il faut le donner en exemple. Parce que ce gérant n’a pas forcément pris sur l’argent du maitre pour opérer la remise de dette qui lui permettra de se faire des amis ? Je m’explique. A l’époque, les hommes qui tenaient cette place d’intendant, d’économe n’avaient pas de salaire ; pour se payer, ils prélevaient toujours une part pour eux-mêmes sur ce qui était versé au propriétaire ; il n’avait pas d’autre salaire, c’était sa façon de se payer. Un peu comme les collecteurs d’impôts qui, eux non plus, n’avaient pas de salaire mais se payaient en majorant la somme que devait donner le contribuable. Ce qui faisait la différence entre les gérants honnêtes ou les collecteurs d’impôts honnêtes et les autres, c’est la somme qu’ils prélevaient pour se payer. Certains étaient raisonnables et, comme tout travail mérite, salaire, ce qu’ils prélevaient étaient justes, d’autres profitaient de leur poste pour s’enrichir honteusement et plonger ceux qu’ils pressuraient dans la précarité voire la pauvreté afin de s’enrichir toujours plus. Il semble bien que Zachée, avant sa conversion, faisait partie de cette 2° catégorie.
Ce que je viens d’expliquer signifie donc que, lorsque le gérant trafique les reçus en écrivant 50 pour celui qui devait 100 litres d’huile et 80 pour celui qui devait 100 sacs de farine, ce n’était pas le maitre qu’il lésait, mais c’est lui, c’est à sa marge qu’il renonçait. S’il faut donc rester prudent par rapport à la 1° partie de la parabole, le comportement du gérant n’étant pas irréprochable ; par contre dans la 2° partie, Jésus peut tout à fait louer le comportement de cet homme, le donner en exemple. En effet, cela signifie qu’il a su faire un choix essentiel : renoncer à gagner plus pour investir dans ce qu’il y a de plus important : les relations. Une personne riche, très riche mais eule, est une personne malheureuse. Vous pourriez me dire que lorsqu’on a beaucoup d’argent on n’est jamais seul, c’est vrai, mais on n’a pas forcément de vrais amis sur qui on peut compter en cas de coup dur. Autour des personnes riches, il peut y avoir beaucoup de monde mais parmi eux, il y aura forcément plus de profiteurs et de courtisans que d’amis.
Notre gérant de la parabole, il renonce donc à partir avec un magot parce qu’il a compris, peut-être douloureusement, en volant son maître, que l’argent ne faisait pas le bonheur. Du coup, vous comprenez que ce ne sont pas des magouilles que Jésus va admirer, mais le choix si judicieux de cet homme, c’est d’ailleurs ce que laisse entendre le mot que Jésus utilise dans la parabole pour qualifier le comportement final de ce gérant : il est habile, en grec, ce mot signifie plus qu’habileté, c’est celui qui agit avec un bon discernement.
Cette parabole et plus largement cette page d’Evangile est donc une invitation à réévaluer tous nos choix pour vérifier s’ils sont vraiment faits avec un juste discernement ou si c’est l’appât du gain qui guide nos décisions. Parce que Jésus, mine de rien, glisse dans sa réflexion la perspective de la vie éternelle.
Dans une interview qu’il vient de donner, le pape Léon s’est interrogé pour savoir à quoi pouvait bien servir le fait d’être billionaire, c’est-à-dire d’avoir 1000 milliards de fortune personnelle. Dans un monde où il y a tant de pauvres, c’est indécent et c’est sûr que dans la perspective de la vie éternelle, non seulement ça n’ouvre aucune porte, mais ça risque d’en fermer si cette fortune n’est pas redistribuée. La conclusion de Jésus est sans appel : Vous ne pouvez pas servir à la fois Dieu et l’argent. Jésus ne dit pas que ce n’est pas bien, il dit que ce n’est pas possible. Quand on sert l’argent, il devient notre maitre et comme le dit le dicton : si l’argent peut être un bon serviteur, il est un très mauvais maître. Il ne s’agit donc pas de servir l’argent, mais de se servir de l’argent pour faire du bien car, avec de l’argent bien utilisé, on peut faire tellement de bien ! Et c’est ainsi que l’on se préparer à entrer dans les demeures éternelles dont parle Jésus.
Attention, ne faisons pas de contresens, il ne s’agit évidemment pas d’acheter son billet d’entrée en calculant combien de bonnes œuvres généreuses pourraient effacer le reste des actions pas très catholiques. Il s’agit de chercher à vivre de l’amour, donc du partage, qui est la seule monnaie qui a cours dans les demeures éternelles.
Par l’intercession de Notre Dame de Laghet demandons la grâce, dans le quotidien de nos jours, de poser des choix toujours plus avisés, conséquence d’un discernement juste qui fera de nous déjà des citoyens du ciel sur cette terre.
