Nous avons fini la lecture du livre de l’Exode, complétée par quelques lectures du livre des lévites et nous accueillons pour quelques jours des lectures du livre des Nombres puis ça sera, en fin de semaine, le Deutéronome. Tous ces livres ont un point commun, c’est qu’ils nous parlent de l’expérience du désert qui a été un temps fondateur pour le peuple d’Israël. On peut dire qu’il y a eu comme deux faces dans ce temps du désert, le côté pile qui est le temps de l’épreuve et le côté face qui est l’expérience de la Providence, de la patience et de la miséricorde du Seigneur.
Commençons par le côté pile, l’épreuve. C’est sûr que vivre 40 ans dans le désert, ça n’a pas été évident. 40 ans de camping dans des conditions sommaires avec des moments où il fallait tout plier pour avancer et faire de longues journées de marche et des moments où il fallait s’arrêter, s’installer, sans jamais savoir pour combien de temps. A cela, il faut rajouter l’épreuve de la soif et de la faim, même si, comme nous allons le voir dans le côté face, Dieu s’est occupé de son peuple. Il y avait les serpents qui pullulaient en certains lieux, mais les épreuves les plus récurrentes étaient sans doute les querelles. On peut repérer 3 niveaux pour ces querelles.
- 1° niveau : Querelles envers le Seigneur, d’abord, qu’on accusait d’avoir fait sortir le peuple de l’esclavage pour mieux le faire mourir dans l’enfer du désert.
- 2° niveau : Querelles envers Moïse dont un certain nombre discutaient sans arrêt les choix, les choix stratégiques pour s’arrêter ou marcher, mais aussi les choix plus fondamentaux. Le fameux épisode du veau d’or montre une très forte rébellion du peuple qui veut se choisir une religion plus accommodante. Et, dans la lecture d’aujourd’hui, ce sont même les choix concernant la vie privée de Moïse qui sont contestés. Cette rébellion va nous permettre d’entendre les si belles paroles de la lecture disant la beauté, la grandeur de la relation que Dieu entretient avec son serviteur Moïse et qu’il veut entretenir, aujourd’hui encore avec ses serviteurs.
- 3° niveau : Et, bien sûr, on l’imagine facilement, querelles entre eux, quand on vit dans. la précarité, une petite étincelle peut allumer le feu de grandes querelles.
Oui, vraiment, ce temps du désert n’aura pas été simple à vivre et ces livres bibliques nous le montrent de manière extrêmement concrète. Peut-être cherchent-ils à nous faire comprendre pourquoi, nous-mêmes, nous avons beaucoup de mal à vivre dans la docilité … nous avons hérité cela de nos Pères dans la Foi !
Mais il y a un côté face dans cette épreuve du désert qui est l’expérience de la Providence, de la patience et de la miséricorde du Seigneur. Ce peuple de rebelles, jamais le Seigneur ne le lâchera même s’il a été plusieurs fois tenté de le faire comme nous le chantons chaque matin : Quarante ans leur génération m’a déçu, et j’ai dit : Ce peuple a le cœur égaré, il n’a pas connu mes chemins. Dans ma colère, j’en ai fait le serment : Jamais ils n’entreront dans mon repos ! Oui, mais Dieu, lui, il sait résister à la tentation et j’ai envie de dire : Dieu soit loué ! Il sera donc d’une patience infinie et manifestera sa miséricorde rébellion après rébellion. Sa providence sera toujours au rendez-vous, particulièrement dans le don de la manne. Même si le peuple était fatigué de cette nourriture fade et répétitive, tous les matins, Dieu livrait le pain frais !
C’est sûrement dans cette perspective qu’il nous est bon de lire ces vieilles histoires car nous avons tous nos moments de traversées du désert. Habituellement, ça ne dure pas 40 ans, mais de toutes façons, quand on est dedans, c’est toujours trop long. Ces traversées du désert sont pour nous un véritable temps d’épreuve et, bien souvent, de rébellion, mais la méditation de ces textes nous aidera à ne pas nous arrêter à ce côté pile pour découvrir le côté face, comment le Seigneur va aussi pour nous manifester sa Providence, sa patience et sa miséricorde.
Venons-en maintenant à l’Evangile que nous pouvons lire tout à fait le prolongement dans ce que je viens de dire. Les apôtres et tout particulièrement Pierre, vont vivre l’épreuve de la confiance. On peut comprendre qu’ils soient « pris de peur » comme le dit le texte, voir quelqu’un qui vous rejoint en marchant sur les eaux, ce n’est quand même pas habituel.
Et c’est là que Pierre, qui a toujours l(habitude de monter au créneau en 1°, va intervenir en demandant de pouvoir marcher sur les eaux, il demande ce signe comme une preuve que c’est bien Jésus et non un fantôme qui est là. Jésus l’appelle et lui donne de pouvoir marcher sur les eaux, extraordinaire ! Oui, mais voilà qu’une nouvelle épreuve arrive puisque le texte nous dit que le vent se lève. Marcher sur les eaux par temps calme, ça ne doit pas être simple, mais avec l’agitation de la mer provoquée par le vent, ça devient redoutablement compliqué. Ce qui devait arriver arriva, Pierre se mit à couler, mais ce qui est intéressant, c’est de repérer ce qui va faire que Pierre se met à couler. Ce n’est pas le vent qui le fait couler, le texte grec est étonnant, il dit que Pierre s’est mis à regarder la force du vent. C’est-à-dire qu’il a lâché le regard de Jésus. Jusque-là, pour pouvoir marcher sur les eaux, il devait regarder Jésus dans les yeux avec un regard suppliant : ne me lâche pas sinon je coule ! Et voilà qu’avec le vent qui se lève, il lâche le regard de Jésus pour regarder l’agitation de la mer, et c’est là qu’il coule.
Il en sera toujours ainsi pour nous dans la traversée de nos épreuves. Tant que nous garderons les yeux fixés sur Jésus, quelle que soit, l’intensité des épreuves, nous ne coulerons pas mais dès que, manquant de confiance, notre regard se focalisera sur les épreuves, nous coulerons. Mais Jésus agira pour nous comme il a agi pour Pierre, comme Dieu avait aussi agi à l’égard de son peuple dans l’épreuve du désert : si nous crions vers lui, il nous sauvera, sa main bienveillante et forte viendra nous empêcher d’être engloutis par l’épreuve.
Par l’intercession de Notre Dame de Laghet, demandons la grâce de ne jamais en rester au côté pile des épreuves que nous traversons mais de pouvoir expérimenter la Providence, la patience et la miséricorde du Seigneur qui nous accompagne et nous sauve lorsque nous crions vers lui.

Même si mon côté PLIE, avec le Seigneur, je ne rond (ou romps) pas ! Je le dis carrément !!!
De mon côté obscure, Dieu, Miséricordieux,l’efFACE !!!!!