Nous arrivons bientôt à la fin de notre lecture de la lettre aux Romains, une lettre un peu difficile mais tellement essentielle que la liturgie nous l’a donnée en 1° lecture pendant un mois. Dans cette lettre qui est peut-être plus qu’une lettre car c’est un véritable traité sur le Salut, Paul donne le cadre qui, désormais, deviendra incontournable à tous ceux qui réfléchiront sur le Salut, ce qu’il représente et ce qu’il exige de la part de ceux qui l’ont accueilli. Je rappelle qu’au milieu de cette lettre, les chapitres 8 à 11, offraient une puissante méditation sur l’Esprit-Saint, Celui qui est capable d’ouvrir nos cœurs au Salut et de lui faire porter tous ses fruits dans notre vie.
L’extrait que nous venons de lire aujourd’hui est une belle illustration de ce que je viens de dire. Si nous avons accueilli le Salut, le don que Jésus a fait de sa vie pour nous sauver, ce sur quoi Paul réfléchissait dans la 1° partie, alors, en réponse d’amour, nous ne pouvons que donner notre vie à notre tour. Si nous vivons, nous vivons pour le Seigneur ; si nous mourons, nous mourons pour le Seigneur. Ainsi, dans notre vie comme dans notre mort, nous appartenons au Seigneur. Et vous voyez, s’il y a tant de gens qui vont mal, aujourd’hui, c’est sans doute parce qu’un certain nombre ne vivent que pour eux-mêmes.
C’est devenu une formule courante, quand vous quittez quelqu’un, cette personne vous dit : et prenez soin de vous ! C’est touchant, c’est vrai, mais je pense qu’il vaudrait mieux dire : et prenez soin des autres et de votre relation au Seigneur ! Ça ne veut pas dire que nous ne devions pas prendre soin de nous, non, c’est même un devoir que de prendre soin de la vie que le Seigneur nous a confiée. Mais ce n’est pas dans un souci nombriliste que nous parviendrons à l’épanouissement. J’aime trop ce que Mère Térésa avait fait écrire au-dessus de la porte de sa maison à Calcutta, cette maison dans laquelle, elle accueillait ceux que tout le monde rejetait. Il était écrit : Tout ce qui n’est pas donné est perdu !
D’ailleurs St Paul semble nous mettre en garde : si vous n’êtes préoccupés que de vous-même, si vous ne vous donnez pas, vous allez vivre dans un enfermement très négatif. Avant de dire pourquoi, je souligne l’importance du mot « enfermement », les psy attirent notre attention sur ce que dit le mot lui-même : l’enfer me ment, eux ils l’écrivent en 3 mots ! L’enfer, contraire du paradis, me ment ! Oui, toutes les promesses d’épanouissement qui nous mettent au centre de tout et qui nous invitent à devenir la mesure de toutes nos décisions ne nous conduiront pas à vivre de manière permanente au paradis mais à vivre et à faire vivre aux autres un véritable enfer. Et Paul suggère l’un des éléments qui va nous pourrir la vie et pourrir la vie des autres : c’est le jugement permanent de tout et de tous. De fait, si je suis la mesure de toutes choses, alors je vais tout juger et juger tout le monde en référence à ce que je voudrais que la réalité soit et que les autres soient.
Pour sortir de cet enfermement et vivre dans le don, nous avons besoin de revenir à ce qu’il disait dans les chapitres 8 à 11 et raviver le don du St Esprit qui nous a été fait. Car le St Esprit, l’évêque le dit à la confirmation, dans le geste de chrismation, il est le don de Dieu. Nous ne pourrons pas nous donner avec amour, nous ne pourrons pas nous donner sans nous vider si nous ne laissons pas le Saint-Esprit agir en nous, être le moteur du don de nous-mêmes.
Alors, nous pouvons lire l’Evangile comme un formidable écho à tout ce que je viens de dire. Le berger qui a perdu une brebis ne ménage pas sa peine pour la retrouver alors qu’il lui en restait quand même 99. Le texte nous dit qu’il va battre la campagne jusqu’à ce qu’il l’ait retrouvée. Nous ne savons pas combien de temps ça lui a pris, mais ce que nous savons c’est qu’il n’a jamais abandonnée. Nous ne savons pas si cette brebis était grasse ou chétive, nous savons seulement que, constatant qu’elle était perdue, le berger s’est mis en route pour la retrouver. Evidemmment, la détermination de ce berger ne nous laisse aucun doute sur le sens de cette parabole : Jésus nous parle de sa mission, cette mission qu’il définira un peu plus loin, dans ce même Evangile de Luc en ces termes : je suis venu chercher et sauver ceux qui étaient perdus. Et pour accomplir cette mission, il ne lésinera pas sur les moyens, il ira jusqu’à donner sa vie.
Dans la 2° parabole, j’oserais presque dire que la perte est moins grande, une drachme, car c’était la valeur de cette pièce d’argent, perdue est moins importante qu’une brebis. En effet, c’était la valeur d’une journée de travail, mais pour la retrouver, cette femme est capable de mettre la maison sans dessus-dessous ! Pour le Seigneur, chacun a une valeur unique, et le fait qu’il soit perdu déclenche automatiquement sa miséricorde qui le pousse à tout mettre en œuvre pour le retrouver. Et quand la pièce est retrouvée comme lorsque la brebis est retrouvée, il n’y a aucun reproche, aucune menace en cas de récidive, seulement de la joie.
Ces deux paraboles nous décrivent à merveille le cœur miséricordieux du Seigneur et, comme je le disais, elles sont un très bel écho à ce que Paul nous disait et que Jésus reformulera en ces termes : il n’y a pas de plus grande joie que de donner sa vie pour ceux qu’on aime. Ne l’oublions jamais quand nous serions tentés de nous replier sur nous-mêmes ou de considérer que nous avons déjà assez fait ou encore que les autres ne méritent pas les efforts que nous faisons. Lui, le Seigneur ne dira jamais cela à notre égard ! Alors, en nous donnant toujours mieux, qu’il nous fasse expérimenter quelque chose de sa joie et qu’il nous obtienne de compter sur le Saint-Esprit quand nous avons l’impression de ne plus y arriver. C’est ce que nous demandons par l’intercession de Notre Dame de Laghet.
