15 mai : vendredi 6° semaine pascale : Les preuves et le courage du missionnaire … la tristesse et la joie !

Dans la 1° lecture, il y a deux points qui ont retenu mon attention.

Le 1° point c’est la mention qui est faite au début du passage : « Sois sans crainte : parle, ne garde pas le silence. Je suis avec toi, et personne ne s’en prendra à toi pour te maltraiter, car dans cette ville j’ai pour moi un peuple nombreux. » Manifestement, ce long séjour de Paul à Corinthe, il a été non seulement voulu mais préparé par le Seigneur : « dans cette ville j’ai pour moi un peuple nombreux. » Nous avons toujours besoin de nous redire, quand nous rencontrons les autres que le Seigneur a été et est encore au travail en elle. L’autre sera toujours comme une terre sacrée parce qu’il est la demeure de Dieu. Du coup, nous comprenons mieux que le travail de disciple-missionnaire est souvent plus un travail de jardinier qui consiste à arroser, à prendre soin de tout ce que le Seigneur, lui-même, a semé dans les cœurs.

Le 2° point concerne ce que le Seigneur promet à Paul : « personne ne s’en prendra à toi pour te maltraiter. » Or nous avons entendu, à la fin du texte, que son séjour à Corinthe n’a pas forcément été simple. Pourtant la promesse a bel et bien été accomplie, il a eu des ennuis, beaucoup d’ennuis, mais, c’est vrai, à Corinthe, personne ne l’a maltraité. La liste que Paul, lui-même, fait de tous les problèmes rencontrés m’impressionne toujours, on la trouve dans la 2° épitre aux Corinthiens (11,24-28) : Cinq fois, j’ai reçu des Juifs les trente-neuf coups de fouet ; trois fois, j’ai subi la bastonnade ; une fois, j’ai été lapidé ; trois fois, j’ai fait naufrage et je suis resté vingt-quatre heures, perdu en pleine mer. Souvent à pied sur les routes, avec les dangers des fleuves, les dangers des bandits, les dangers venant de mes frères de race, les dangers venant des païens, les dangers de la ville, les dangers du désert, les dangers de la mer, les dangers des faux frères. J’ai connu la fatigue et la peine, souvent le manque de sommeil, la faim et la soif, souvent le manque de nourriture, le froid et le manque de vêtements, et il termine en rajoutant : sans compter tout le reste ! 

Après cette énumération, on comprend que, parmi tous les beaux fruits de l’action du Saint-Esprit dans le cœur d’un disciple-missionnaire, il y a le courage et la persévérance. N’hésitons pas à les demander sans modération !

Tout cela nous permet aussi de comprendre que, lorsqu’on agit en fidélité à ce que le Seigneur nous demande, ça ne veut pas forcément dire qu’un grand tapis rouge sera déroulé devant nous et que tout sera facile, mais, si c’est vraiment en fidélité à l’appel du Seigneur qu’on agit, les obstacles tomberont au fur et à mesure qu’on avancera. On pourra y laisser quelques plumes au passage, mais comme le dit Paul dans la 2° épitre à Timothée (2,9) : on n’enchaine pas la Parole de Dieu. Oui, on y laissera des plumes, il pourra y avoir des martyrs, mais la Parole de Dieu continuera sa course. 

Venons-en à l’Evangile. Vous avez retenu les deux mots qui scandaient le texte que nous avons entendus : la peine ou la tristesse et la joie. Je dis la peine ou la tristesse, la traduction liturgique a choisi de traduire le mot grec utilisé ici par peine, mais il aurait été plus juste de le traduire par tristesse. Cette tristesse, j’en ai déjà parlé en début de semaine avec une citation du pape François qui rappelait que c’était l’élixir du diable. Dans nos vies, nous pouvons passer par des bas, très bas qui nous remplissent de tristesse puis par des hauts, très hauts, qui nous remplissent de joie. A la longue, ça peut être un peu déstabilisant de faire ce yoyo. Alors comment ces paroles de Jésus pourraient-elles nous aider ?

La tristesse que les apôtres vont vivre, elle est due au fait qu’ils ne verront plus Jésus. Rappelons-nous : ce discours que Jésus prononce dans l’Evangile de St Jean, on l’appelle le discours d’adieu. 

C’est à la fin du dernier repas que Jésus le prononce, juste avant de partir pour Gethsémani. C’est donc clair, l’heure de la séparation est proche, dans quelques heures, Jésus sera arrêté, jugé et condamné à mort puis crucifié et mis au tombeau. Les apôtres ne le verront plus et Jésus les prévient, ça sera la cause d’une très grande tristesse pour eux et cette tristesse sera encore renforcée par leur attitude lamentable au cours de ces événements, mais ça, Jésus ne le dit pas. 

Retenons vraiment cette raison fondamentale que Jésus donne pour expliquer la tristesse : elle vient du fait d’être séparé de lui. Nous, nous sommes souvent tristes quand nous ne sommes pas contents de nous, quand nous avons replongé dans la médiocrité, dans une addiction. Nous pouvons être tristes aussi en raison des événements douloureux que nous vivons. Mais est-ce que nous sommes tristes quand nous nous éloignons de Jésus, est-ce que c’est ça qui nous rend vraiment le plus triste ? J’avais lu que le pape Benoit XVI avait été interrogé par des enfants qui préparaient leur 1° communion et qui lui demandaient : quelle est la prière que tu préfères à la messe ? Il avait répondu, c’est celle que le prêtre dit à voix basse avant de communier. Quand j’ai lu ça, je me suis dit, si c’est la plus belle prière, il faut la dire à voix haute pour que tout le monde l’entende et il faut que tout le monde comprenne qu’il est concerné, c’est pour cela que je dis « nous » au lieu de « je » : fais que nous demeurions toujours fidèles à ta parole et que, jamais, nous ne soyons séparés de toi. 

Oh, oui, Seigneur, que jamais nous ne soyons séparés de toi parce que ça nous ferait plonger dans une grande tristesse qui deviendrait un frein puissant à notre vocation de disciple-missionnaire. Et vous voyez que, du coup, quand j’exerce ma vocation de disciple-missionnaire en conduisant ceux qui me sont confiés à Jésus, je réalise une œuvre salutaire : je leur permets de quitter cette tristesse qui plombe leur vie. Je l’ai déjà dit, mais, avez-vous déjà remarqué combien les gens sont tristes ? Prenez les transports en commun, c’est frappant ! Or, ils ne viennent pas tous de perdre leur conjoint ou leur enfant pour tirer une tête comme ça ! Cette tristesse, apparemment sans raison, trouve sans doute son explication dans ce que dit Jésus : la tristesse est la conséquence d’un éloignement, d’une séparation, de choix qui les tiennent loin de Jésus, coupés de Jésus. Et, à l’inverse, la joie, la joie parfaite sera de rester uni à Jésus, c’est aussi ce qu’il dit.

Que nous soit donnée la grâce de ne jamais entrer dans cette tristesse d’être séparés de Jésus pour que nous puissions demeurer dans cette joie réservée aux amis de Jésus, joie que nul ne pourra nous ravir et que la grâce nous soit aussi donnée de pouvoir conduire les autres vers cette joie.

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