Il y a une quinzaine de jours, pour le 5° dimanche de Pâques, nous avions déjà eu un texte d’Evangile qui parlait de la Gloire, de la Gloire que Jésus demandait à son Père. J’avais expliqué que cette demande aurait pu être choquante dans la bouche de n’importe qui d’autre que Jésus. En effet, demander la Gloire, surtout si peu de temps avant de mourir, aurait pu paraitre complètement inconvenant si cette demande de Gloire devait être entendue selon le sens que le monde donne habituellement à ce mot de Gloire. Pour le monde, la gloire, c’est celle des stars, une gloire de paillettes, une gloire superficielle et éphémère. Mais ce n’est évidemment pas cela que Jésus demande à son Père.
En hébreu, le mot Gloire, il évoque ce qui a du poids ; autrement dit, quand Jésus demande la Gloire à son Père, c’est comme s’il disait : donne du poids à tout ce que j’ai fait et à tout ce que je vais vivre en approchant de ma mort. Jésus demande donc que l’amour qu’il a semé tout au long de son ministère et qu’il s’apprête à vivre jusqu’à l’extrême, ce soit cela qui ait du poids, qui demeure. D’ailleurs, après cette demande de Gloire, Jésus fait comme une synthèse de sa vie en disant que dans toute sa vie, il a voulu faire connaître le Père, conduire au Père tous ceux qui lui avaient été donnés, offrir les paroles d’amour que le Père veut faire entendre à chacun. Ainsi donc, il demande au Père de donner du poids à tout cela, de faire fleurir tout ce qu’il a semé. Nous le comprenons donc, la prière de Jésus peut devenir la nôtre : Père donne du poids à ce que je vis, fais fleurir toutes ces graines d’amour que je sème dans le quotidien de mes jours.
Après ce rappel, c’est sur la 1° lecture que je voudrais m’arrêter un peu plus. Hier, nous avons entendu le récit de l’arrivée de Paul à Ephèse, cette ville dans laquelle il n’y avait que quelques croyants et pas très bien formés puisqu’ils ne savaient même pas qu’il y avait un Esprit-Saint ! Le texte des Actes nous explique que Paul est resté chez eux le temps qu’il fallait et qu’il s’est dépensé sans compter pour former cette communauté qui s’est très vite étoffée. Tout ne sera pas simple puisque la prédication de Paul invitant à renoncer aux idoles va mettre en furie les vendeurs de souvenirs des temples païens. Une fois, la paix revenue, Paul, l’apôtre infatigable et intrépide, envisage de faire un nouveau voyage missionnaire qui sera le dernier. Après pas mal de communautés visitées et fondées, sentant que les choses deviennent compliquées pour lui, Paul décide de faire comme un bilan de son ministère et c’est à Ephèse qu’il décide de le faire, cette communauté si fragile, au départ et devenue comme un phare pour l’Eglise. Ce bilan pastoral nous était rapporté dans la lecture d’aujourd’hui et il se continuera dans la lecture de demain tellement il est important.
En cette période de l’année, ils vont être nombreux les pasteurs qui s’apprêtent à changer d’affectation. Chacun aimerait pouvoir reprendre à son propre compte les paroles de Paul, disant : je n’ai rien négligé de ce qui était utile, pour vous annoncer l’Évangile, tout le dessein de Dieu ; ou encore : en aucun cas, je n’accorde du prix à ma vie, pourvu que j’achève ma course et le ministère que j’ai reçu du Seigneur Jésus : rendre témoignage à l’évangile de la grâce de Dieu. Evidemment, aucun pasteur lucide n’oserait prononcer ces paroles en laissant croire qu’il a tout bien fait dans le ministère qu’il a reçu. Ces paroles sont plutôt, pour nous, une occasion d’un examen de conscience approfondi en nous demandant : qu’est-ce que j’ai négligé ? Qui est-ce que j’ai négligé ? N’ai-je pas accordé trop souvent plus de soins à moi-même qu’à ceux qui m’étaient confiés ? Ai-je suffisamment témoigné ? Bien témoigné ? Témoigné en toutes occasions de l’Evangile ? Est-ce toujours l’Evangile libérateur de la grâce que j’ai prêché ? Comme vous le voyez les interrogations ne manquent pas !
Par l’intercession de Notre Dame de Laghet demandons que tous les pasteurs qui liront et commenteront ce texte aujourd’hui puissent oser cet examen de conscience qui les portera vers le sacrement du Pardon. Portons tous les pasteurs dans notre prière fraternelle pour qu’avec la grâce de Dieu, leur ministère devienne de plus en plus fécond en ressemblant de plus en plus à celui de Paul.
