20 mars : vendredi 4° semaine de carême : Jésus a-t-il eu peur ?

Nous avançons sur notre chemin de carême, alors nous sentons bien que le drame est en train de se nouer. La 1° lecture nous introduisait déjà dans les prémices de ce drame en nous expliquant que, de tout temps, les justes ont eu des problèmes. Alors que tout le monde devrait prendre exemple sur eux, sur ce qu’ils disent, sur ce qu’ils font, c’est l’inverse qui se produit. Le juste dérange, il mène une vie en dehors du commun, sa conduite est étrange, c’est ce que disait la lecture. Et le juste dérange tellement que, de tout temps, on a cherché à le supprimer. Et là, dans la lecture, on avait un argument terrible qui donnait, en plus, bonne conscience à ceux qui allaient commettre cet acte épouvantable : si ce que dit le juste est vrai, Dieu l’assistera d’une manière ou d’une autre. On ne prend donc pas trop de risques en le faisant disparaître !

Tout cela, Jésus l’a bien perçu puisque l’Evangile nous fait part de ses hésitations à monter à Jérusalem pour la fête des Tentes. C’est ce détail qui a particulièrement retenu mon attention. La fête des Tentes est l’une des fêtes d’obligation : tout juif valide est tenu de monter à Jérusalem pour cette fête. Oui, mais il y a ces menaces qui deviennent de plus en plus explicites depuis son miracle à la piscine de Bethesda que nous avons lu ces derniers jours. D’ailleurs, Jésus dit explicitement que les juifs cherchaient à le tuer. (5,18) Alors Jésus aurait-il peur ? Comme Fils de Dieu, a-t-il le droit d’avoir peur ? Je ne sais pas comment vous répondriez à cette question et je ne sais même pas si vous oseriez vous poser cette question !

Pour comprendre l’état d’esprit dans lequel pouvait se trouver Jésus, il est bon de se rappeler que quelques versets auparavant, Jésus vient de vivre une épreuve terrible. Le chapitre précédent de l’Evangile de St Jean racontait la multiplication des pains, chapitre que nous n’avons pas lu. Et ce miracle était suivi du discours sur le Pain de Vie, grande catéchèse pré-eucharistique. Mais vous savez comment se termine cette catéchèse : Beaucoup de ses disciples, qui avaient entendu, déclarèrent : « Cette parole est rude ! Qui peut l’entendre ? » … Et à partir de ce moment, beaucoup de ses disciples s’en retournèrent et cessèrent de l’accompagner. (6,60,66) C’est un moment de crise terrible et Jésus est tellement touché par ces défections qu’il se sent obligé de poser la question de confiance à ses disciples : « Voulez-vous partir, vous aussi ? » Nous savons comment Pierre répondra à cette question : « Seigneur, à qui irions-nous ? Tu as les paroles de la vie éternelle. » 

Je pense qu’il faut prendre au sérieux tous ces événements et la répercussion qu’ils ont pu avoir sur Jésus qui était un homme, un vrai. Il ne pouvait pas ne pas être profondément remué en voyant partir ses compagnons de mission. Dès lors il ne faut pas s’étonner que Jésus entre dans un processus de crise. Et je vous rappelle que le mot crise évoque étymologiquement l’obligation de choisir de se décider après discernement. Dans ce sens, il n’est donc pas iconoclaste de dire que Jésus est en crise, c’est-à-dire qu’il se retrouve confronté à un choix compliqué : monter à Jérusalem pour observer cette fête de pèlerinage qui est une fête d’obligation ou rester en Galilée ou il était beaucoup moins contesté ? 

En lisant le texte de près, on voit que Jésus va mettre un moment à sortir de cette crise, c’est-à-dire à pouvoir décider, il le fera d’ailleurs en deux temps. 

  • 1° temps, il décide d’aller malgré tout à Jérusalem, mais plutôt en cachette. 
  • Et 2° temps, il se décide à aller au Temple, ce qui était une nécessité pour cette fête. 

Mais il lui faudra quelques jours pour prendre cette décision de ne pas rester comme caché à Jérusalem. Le texte nous disait : On était déjà au milieu de la semaine de la fête quand Jésus monta au Temple. Quand nous n’édulcorons pas l’humanité de Jésus, alors ce que nous lisons dans l’Evangile peut nous soutenir quand, nous-mêmes, nous traversons des moments de crise, quand nous sommes dans l’indécision. Dans ces moments, nous pouvons vraiment nous tourner vers Jésus en nous rappelant cette magnifique parole de la lettre aux Hébreux : « En Jésus, nous n’avons pas un grand prêtre incapable de compatir à nos faiblesses, mais un grand prêtre éprouvé en toutes choses, à notre ressemblance, excepté le péché. » 

Vous avez bien entendu : parce qu’il a été éprouvé en toutes choses, il peut compatir à nos faiblesses. Alors, Jésus a-t-il eu peur ? Je ne sais pas, à chacun d’apporter sa réponse ! A Gethsémani, il nous sera dit explicitement que Jésus va ressentir de l’effroi, une angoisse profonde. Peut-être cet effroi a-t-il commencé dès ce moment ? En tout cas, cette crise devait être encore renforcée par l’attitude de tous ceux qui ergotaient autour de lui avec des arguments qu’il devait juger tellement déplacés en ce moment de crise. Une tradition disait en effet que le Messie, quand il viendrait, nul ne pourrait savoir d’où il viendrait, or lui, Jésus, on savait d’où il venait. On peut imaginer assez facilement ce que ce genre de discussion peut produire sur quelqu’un qui est en crise. Une décision vitale doit être prise et autour de lui on discute sur des queues de cerises ! 

Oui, mais c’est aussi pour ses adversaires que Jésus est venu, c’est aussi pour les sauver, eux qui le fatiguent en ce moment, qu’il doit décider s’il se révèle ouvertement en acceptant par avance les conséquences de ce choix. Quelle épreuve pour Jésus, mais il avancera courageusement !

Par l’intercession de Notre Dame de Laghet que la grâce nous soit donnée d’avancer courageusement quand nous traversons des moments de crise en croyant que nous pouvons faire appel à Jésus puisqu’en Jésus, nous n’avons pas un grand prêtre incapable de compatir à nos faiblesses. Amen

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