Vous avez facilement remarqué que la 1° lecture fait immédiatement suite au passage entendu hier. D’ailleurs les rédacteurs du lectionnaire liturgique ont voulu le signifier clairement en reprenant le dernier verset du texte d’hier : « c’est pour que nous soyons libres que le Christ nous a libérés. »
C’était une invitation qui nous était lancée à reconquérir notre liberté intérieure, il me semble que le passage d’aujourd’hui nous donne quelques précisions pour comprendre comment nous pourrons la reconquérir. Nous avons l’habitude de prendre régulièrement des résolutions, ce n’est pas mauvais en soi, mais ces résolutions nous font croire que c’est notre détermination, notre volonté qui nous feront progresser et, un jour, mériter le Salut. Nous avons beau faire l’expérience que ça ne marche pas, nous y revenons sans arrêt ! Mais alors, est-ce à dire qu’il n’y a plus d’efforts à faire ? Est-ce à dire que le meilleur endroit pour vivre la foi, c’est la chaise longue ? Bien évidemment, non ! Le pape n’arrête pas d’inviter les jeunes à sortir de leurs canapés, c’est aussi à nous que ses paroles toniques s’adressent ! Toutefois, il convient de bien comprendre où doivent se situer nos efforts, sur quoi doivent porter nos résolutions.
C’est dans ce contexte que je propose d’entendre Paul nous dire ce qu’il disait aux Galates : « Tenez bon, ne vous mettez pas de nouveau sous le joug de l’esclavage. » C’est très intéressant d’entendre Paul utiliser le terme de joug pour parler de la Loi car, dans l’Evangile, il y a aussi un passage qui nous parle du joug. Or, même si les Evangiles n’étaient pas encore écrit de manière définitive, Paul connaissait les paroles de Jésus qui lui avaient été enseignées. Il connaissait donc cette parole de Jésus qui disait : venez à moi vous tous qui n’en pouvez plus et je vous procurerai le repos, et pour cela, prenez sur vous mon joug !
Ainsi, on se rend compte qu’il y a deux sortes de joug, un joug qui fatigue et qui rend esclave, c’est le joug de la Loi et un joug qui procure le repos et qui libère., c’est le joug que Jésus nous propose qui n’est rien de moins que l’Esprit-Saint. En effet, certains Pères de l’Eglise, quand ils commenteront l’invitation de Jésus à prendre sur nous son joug, expliqueront que le joug dont parle Jésus, le joug qui donne le repos, c’est l’Esprit-Saint. Et on le comprend bien puisque c’est l’Esprit-Saint qui va nous lier au Christ. Or c’est bien cela la fonction d’un joug, c’est de lier deux bœufs pour qu’ils puissent faire ensemble le travail qu’un seul ne pourrait pas faire sans s’épuiser et mourir à à la tâche.
Eh bien, voilà, nous dit Paul : vous avez le choix ! Soit vous vous chargez du joug de la loi en pensant et en enseignant que c’est par les efforts héroïques qu’on parvient au Salut et là vous allez vous épuiser et épuiser les autres. Soit vous demandez au Saint-Esprit de vous lier au Christ pour qu’Il travaille avec vous et ainsi vous irez beaucoup plus loin, beaucoup plus vite sur le chemin de l’amour et du service sans vous épuiser. C’est là que doit désormais porter notre unique effort, c’est la seule résolution que nous avons à prendre, mais elle n’est pas mince et elle nécessitera souvent des choix crucifiants : ne jamais fuir ce joug et donc prendre chaque jour les moyens de rester liés au Christ de manière absolument indéfectible.
Je le redis encore, Paul qui était juif, et si fier de l’être, n’avait rien contre la loi. Jésus non plus, d’ailleurs. Mais Paul a vite compris, parce qu’il s’y est lui-même cassé les dents, que, si la loi montre le bien, elle ne donne pas la force de l’accomplir. Sans le don du Saint-Esprit, la loi est inopérante, comme il le dira dans l’épitre aux Romains, elle sert juste à montrer le péché. Mais avec le St-Esprit, tout change et j’ai déjà cité cette merveilleuse synthèse qu’opère St Augustin en disant : « La loi a été donnée pour que soit recherchée la grâce et la grâce a été donnée pour que soit observée la Loi. » C’est exactement ce que disait Paul dans la suite de la lecture, même si, comme à son habitude, il le dit en des termes qui exigent quelques explications : « Nous, c’est par l’Esprit, en effet, que, de la foi, nous attendons la justice espérée. » Je traduis à ma manière : ce ne sont pas nos résolutions et les maigres efforts inconstants qui nous ajusteront à Dieu, c’est l’Esprit-Saint. « Nous, c’est par l’Esprit, en effet, que, de la foi, nous attendons la justice espérée. » Quand est-ce que nous allons y croire vraiment ?
Venons-en à l’Evangile. Je précise tout de suite que celui de demain sera dans la même tonalité, peut-être aurai-je plus de temps pour en parler ! Nous comprenons bien que cette mise en garde de Jésus s’adresse encore à nous aujourd’hui : vous purifiez l’extérieur de la coupe et du plat, mais à l’intérieur de vous-mêmes vous êtes remplis de cupidité et de méchanceté. C’est vrai qu’il peut nous arriver d’être plus soucieux de l’image extérieure que nous donnons de nous que de la réalité intérieure du cœur que nous présentons au Seigneur. Prêchant un jour pour des jeunes filles, je leur disais que le Seigneur ne leur demandait pas d’abandonner leur miroir mais les appelait à passer au moins autant de temps avec lui qu’elles en passaient à se regarder dans la glace. Peut-être pourrions-nous garder le conseil, même si nous ne passons pas beaucoup de temps devant le miroir ! En tout cas, pour nous, il s’agira de soigner avec autant d’exigence l’intérieur, le cœur, que nous voulons soigner l’image extérieure que nous donnons, le souci que nous portons de notre réputation, que sais-je encore !
Par l’intercession de Notre Dame de Laghet demandons que la grâce nous soit accordée de reconquérir notre liberté intérieure afin de faire les choix qui nous permettront d’être liés au Christ par le joug de l’Esprit car c’est ainsi que nous soignerons notre beauté intérieure ! Nous invoquerons aussi l’intercession de Ste Thérèse d’Avila qui a porté de manière si féconde le joug de l’Esprit.
