8 mars 2024 : vendredi 3° semaine de carême : tout entier engagés, est tous les jours engagés pour le combat de l’amour.

« Quel est le premier de tous les commandements ? » Cette question se posait vraiment parce que vous savez qu’en plus des 10 paroles de vie, il y avait 613 prescriptions qui venaient les compléter et c’est donc tout cet ensemble que Jésus doit hiérarchiser en réponse à la demande de ce scribe. C’était l’une des activités principales qui était proposée dans les écoles rabbiniques en engageant des discussions et des controverses sans fin. Dans certaines écoles, ça se faisait d’ailleurs sous forme de jeu : il fallait être capable de résumer l’essentiel de la loi en se tenant sur un pied … et comme les êtres humains ne sont pas des flamants roses, ils ne peuvent pas rester des heures sur un pied, il fallait donc être capable de produire une synthèse qui n’oublierait pas l’essentiel. Certaines écoles de puristes refusaient de se prêter à ce jeu en estimant qu’aucun précepte ne pouvait être considéré comme plus ou moins important qu’un autre.

Le scribe qui s’avance vers Jésus ne lui demande pas de se tenir sur un pied pour lui résumer la loi, mais il lui demande quand même cette grande synthèse. Il a perçu que Jésus était un rabbi pétri des Ecritures, il est donc intéressé, il veut entendre la synthèse que sa sagesse lui a permis de mettre au point. La réponse de Jésus a dû le surprendre, parce qu’il y a quand même quelque chose de vraiment étonnant dans cette réponse. Je ne sais pas si vous avez déjà remarqué que Jésus ne cite aucune des 10 paroles de vie, ni aucune des 613 prescriptions. Pour répondre au scribe, il va chercher ailleurs dans les Ecritures et il lui donne le double commandement de l’amour. Vous l’aurez compris, Jésus n’est pas intéressé par ces débats d’école, pour lui, c’est clair : l’accomplissement parfait de la loi, ce n’est pas la stricte observance de tel ou tel commandement, l’accomplissement parfait de la loi, comme le dit St Paul, c’est l’amour. 

Permettez-moi de m’arrêter quelques instants sur les 613 prescriptions, parce que très souvent on critique les excès du judaïsme et je le fais, en l’accusant de légalisme, ce qui n’est pas toujours faux ! Mais, comme souvent, avant de critiquer, il faut d’abord chercher à comprendre ! De fait, il y a quelque chose de très beau à découvrir dans les commentaires que les rabbins font de ces 613 prescriptions. Les rabbins, comme tous les juifs, aiment jouer avec les chiffres et ils font donc remarquer que 613, c’est 365 + 248 ! 

Or, 365 c’est le nombre de jour de l’année et comme c’est aussi le nombre de prescriptions qui interdisent, ils font remarquer que c’est un peu comme si la loi disait : chaque jour, tu devras rester vigilant pour ne pas franchir la ligne rouge ! Et il y a 248 obligations. Là, c’est un peu plus tiré par les cheveux, mais ce sont les commentaires rabbiniques qui l’affirment : selon les connaissances médicales de l’époque, 248, c’était le nombre de parties qui composaient le corps humain. Si vous additionnez les deux oreilles, le nez, les dents et tout le reste, ça fait 248 ! Et alors, c’est un peu comme si la loi disait : tout ton corps doit être engagé dans le respect de la loi, il n’y a pas un seul organe qui soit dispensé de bien se comporter ! Il me semble d’ailleurs que c’est ce que veut dire le passage de l’Ecriture que cite Jésus en faisant cette énumération : de tout ton cœur, de toute ton âme, de tout ton esprit et de toute ta force. Bien sûr, on pourrait se livrer à une étude anthropologique en analysant chacun de ces termes et leur interaction. Mais, avec cette énumération, l’Ecriture veut avant tout nous dire que c’est toi et toi, tout entier, qui est engagé dans cet immense défi qui consiste à aimer Dieu. 

En ce vendredi de carême, où nous sommes invités à plus de pénitence, de prière et de partage, nous pourrions donc nous interroger pour vérifier si c’est tout notre corps est véritablement engagé dans le combat de l’amour. Je ne veux pas passer en revue les 248 parties de notre corps, mais chacun pourrait s’employer à passer en revue les organes qui commandent les différents sens. 

Comment mes yeux sont ou ne sont pas au service de l’amour ? Et mes oreilles, qu’est-ce que je refuse d’entendre ou qui est-ce que je refuse d’écouter ou que j’écoute avec un filtre ? Je vous laisse faire le travail pour les autres sens, et, si pour l’odorat, vous manquez d’idées, demandez-vous qui vous ne pouvez pas sentir ! Pour que l’examen soit complet, je nous suggère d’aller encore un peu plus loin en examinant aussi ce qu’on pourrait qualifier comme des excroissances du corps humain. Chez certains, le téléphone portable est vraiment devenu une excroissance de leur corps au point qu’il leur semble inconcevable de pouvoir s’en passer, leur retirer leur téléphone, c’est comme les amputer ! Alors, comment mon usage du téléphone est-il un atout ou un handicap dans mon engagement pour le combat de l’amour ? Pour d’autres, c’est leur carte bancaire qui est devenue une excroissance, ils l’ont tellement souvent à la main pour satisfaire leurs envies permanentes et débridées ! Prenons donc le temps de bien tout regarder : de tout ton cœur, de toute ton âme, de tout ton esprit, de toute ta force, de tout ton corps et de toutes ses excroissances !

Par l’intercession de Notre Dame de Laghet, demandons que la grâce nous soit donnée de nous donner tout entier et tous les jours pour que nous devenions des semeurs d’amour.

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