6 février : mardi 5° semaine temps ordinaire. Dieu habite en tout lieu … ce qui scandalise le plus Jésus

Hier, la 1° lecture, nous rapportait le récit de ce qu’on pourrait appeler la prise de possession par Dieu du Temple qui lui a été construit. Nous avions assisté à ces sacrifices si nombreux qu’on ne pouvait les compter, puis à l’installation de l’Arche d’Alliance dans le Saint des Saints et, au final, à la venue de Dieu lui-même signifiée par cette nuée qui emplissait la totalité du Temple. Cette mention était intéressante car, elle montrait bien que Dieu se donnerait à rencontrer dans la totalité de l’espace. Certes, le Saint des Saints allait être l’espace le plus sacré, mais Dieu refusait d’être confiné exclusivement dans cet espace sacré, il voulait se donner à rencontrer par tout le monde. Or le Temple était un espace construit comme une série d’ensembles qui finissaient par filtrer la présence des personnes : d’abord une cour très vaste où tout le monde pouvait entrer, même les païens, puis un espace réservé aux juifs, puis un espace réservé aux hommes, puis un espace réservé aux prêtres et enfin, le fameux Saint des Saints. En nous laissant contempler la nuée qui envahit la totalité de l’espace, il était donc clair que Dieu se donnerait à rencontrer par tous. Vous vous rappelez que Dieu n’avait pas été très chaud face à ce projet de construction du Temple quand David lui avait fait part de cette formidable idée qui lui était venue. Dieu avait peur qu’on l’enferme dans un espace. Il a fini par accepter, mais il ne sera pas enfermé puisqu’il sera partout présent !

Aujourd’hui, nous assistons à la suite, maintenant que tout est en place dans le Temple, maintenant que Dieu lui-même habite cet espace, la consécration du Temple peut être menée à son achèvement. Intervenant dans cette cérémonie, le roi Salomon va avoir une très belle prière que nous avons entendu dans la 1° lecture. Dans cette prière, le roi, de manière très inspirée, va reconnaître que si Dieu est présent ici, il n’est pas qu’ici, je cite : « Est-ce que, vraiment, Dieu habiterait sur la terre ? Les cieux et les hauteurs des cieux ne peuvent te contenir : encore moins cette Maison que j’ai bâtie ! » Non seulement Dieu refuse d’être confiné dans un espace particulier du Temple, mais Salomon a compris que nul ne pourrait prétendre assigner Dieu à résidence, oui, il est là, présent dans le Temple, mais il est aussi présent ailleurs, notamment dans la création dont il est le maître.

Vous comprenez que si j’insiste tant, c’est parce que nous sommes confrontés à la même problématique avec nos églises. Certes, à la différence du Temple, des églises, il y en a partout, dans chaque village, même le plus petit, alors que de Temple, il n’y en avait qu’un pour le monde entier et il était à Jérusalem. Mais, avec ces textes, nous comprenons que nous ne devons pas enfermer Dieu dans nos églises. Il a accepté de s’y rendre présent parce qu’il connait nos besoins d’êtres humains. Par délicatesse à notre égard, Dieu a accepté de se rendre présent dans les maisons que nous avons construites en son honneur, mais ne l’enfermons pas dans ces lieux. Quand il m’arrivait, par exemple, de célébrer la messe en pleine nature, j’aimais bien commencer en expliquant que nous nous retrouvions dans la plus belle des cathédrales puisque celle-là, elle a été construite par Dieu lui-même. Il n’y a donc pas de lieux qui ne me permettrait pas de rencontrer le Seigneur. Où que je sois, je peux le rejoindre puisqu’il habite principalement les cieux, or le ciel, c’est ce qui remplit l’espace. Du coup, où que nous soyons, nous pouvons lui adresser ces demandes si fondamentales qui concluaient la prière de Salomon : « Toi, dans les cieux où tu habites, écoute et pardonne. » Ecoute et pardonne ! Ecoute parce que ma vie n’a plus de sens si elle n’est plus nourrie par ce dialogue qui nous unit. Et pardonne, parce que je me connais trop bien !

Quant à l’Evangile, il nous a fait entendre l’une des nombreuses controverses qui nous présente Jésus ferraillant avec les bien-pensants de son époque qui s’estimaient garants de l’intégrité de la Loi. Souvent, c’est la question du sabbat et de son respect qui sera au cœur de ces polémiques ; là, il s’agit du respect des règles de pureté et de purification. Bien sûr, Jésus n’est pas contre le respect des règles élémentaires d’hygiène qui veulent qu’on se lave les mains avant de manger. Mais pour comprendre ce qui énerve Jésus, il faut revenir au texte, seulement, on ne peut que regretter que la version liturgique ait fait sauter quelques mots. Quand Marc rapporte les traditions que les juifs respectent, il dit : Les pharisiens en effet, comme tous les Juifs, se lavent toujours soigneusement les mains, jusqu’au coude, avant de manger, par attachement à la tradition des anciens.

Il manque le « jusqu’au coude. » Et cette petite mention nous aide à comprendre l’une des choses qui pouvait énerver Jésus et nous verrons qu’il en est une autre qui, elle, ne l’énervait pas mais le scandalisait carrément !

« Jusqu’aux coudes. » Cette petite mention, elle permet de voir à la fois le côté pointilleux des prescriptions et leur caractère excessif. Jusqu’aux coudes, mais pourquoi faut-il remonter jusque-là ? Et les coudes, sont-ils compris ou pas ? Quand on commence comme ça, il n’y a plus de raison de s’arrêter ! Et c’est bien ce qui va alimenter les débats entre spécialistes qui vont débattre des heures et des heures sur coudes compris ou coudes pas compris ! Mais on s’en fiche et Dieu s’en fiche encore plus que nous ! On peut passer des heures à débattre sur ces questions oiseuses et pendant ce temps-là, il y a des pauvres qui meurent de faim, des personnes qui souffrent d’exclusion. Méfions-nous bien de ne pas retomber dans ces travers. Hier, comme aujourd’hui, ce côté pointilleux et excessif des prescriptions exaspère Jésus car il détourne l’attention de ce qui devrait nous mobiliser totalement, à savoir le respect du frère, de tous les frères en humanité. C’est sans doute ce que voulait dire Jésus en prononçant ces paroles si fortes : « Vous aussi, vous laissez de côté le commandement de Dieu, pour vous attacher à la tradition des hommes. » Les commandements, Jésus les a résumés en plusieurs endroits, il s’agit d’aimer, Dieu et les frères et tous les frères. Ne nous laissons pas détourner de ce qui est vraiment important.

Mais il y a encore plus grave ! Il était rappelé que les bien-pensants, au retour du marché, ne mangent pas avant de s’être aspergés d’eau. Le marché, pour un juif pointilleux, c’était un lieu terrible car on y côtoyait toutes sortes de personnes, comme des étrangers, par exemple, qui étaient considérés comme totalement impurs. Alors, les bien-pensant avaient tellement peur, ne serait-ce que les avoir frôlés, qu’ils vont su purifier en rentrant, c’est pour cela qu’ils s’aspergeaient généreusement, c’était pour faire disparaître toute impureté éventuellement contractée. Vous vous rendez compte : des personnes peuvent se souiller en rencontrant d’autres personnes qu’elles considèrent moins bonnes, moins pures qu’elles ! Ça, je pense que ça devait carrément scandaliser Jésus. En effet, lui, il donnera sa vie pour chaque être humain, n’excluant personne. Et cela, nous le rappelons au cours de chaque messe avec les paroles de la consécration : ceci est la coupe de mon sang, le sang de l’alliance nouvelle qui sera versé pour vous ET POUR LA MULTITUDE. Nul ne peut être déclaré infréquentable puisque Jésus a versé son sang pour lui ! 

Par l’intercession de Notre dame de Laghet demandons la grâce de pouvoir rencontrer Dieu en tout lieu comme nous y invitait la 1° lecture et, comme nous y invitait l’Evangile, de ne jamais perdre de vue que la loi la plus essentielle nous invite à aimer chaque homme comme un frère.

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