Depuis que nous sommes entrés dans le temps ordinaire, nous lisons le sermon sur la montagne, c’est-à-dire, les chapitres 5 à 7 de l’Evangile de Matthieu. Nous sommes toujours dans cette partie de ce sermon qui permet à Jésus de manifester que l’accomplissement parfait de la Loi, c’est l’amour. Il ne s’agit donc pas simplement de chercher à éviter le mal, ce qui est le minimum quand on veut vivre en chrétien, mais il s’agit surtout de vouloir vivre dans l’amour, un amour qui ne sera pas fait de vagues sentiments.
Le passage d’aujourd’hui commence par évoquer une pratique concernant les serments qui fait référence à des coutumes disparues qui ne nous concernent donc plus ! Mais la fin du texte, elle, elle nous concerne tous même si nous ne sommes pas normands. Vous savez on nomme réponse de normand ces réponses dans lesquelles on dit : « pt’être bien qu’oui, pt’être bien qu’non ! » Ce genre de réponse ne convient pas du tout à Jésus qui nous dit : Que votre parole soit “oui”, si c’est “oui”, “non”, si c’est “non”. Ce qui est en plus vient du Mauvais. En résumé de ce passage, on pourrait dire que Jésus nous met en garde : ne donnez pas à vos paroles une dimension sacrée qu’elles n’ont pas en engageant Dieu dans vos serments. Par contre, vous, vous devez vous sentir engagés dans les paroles que vous prononcez : Que votre parole soit “oui”, si c’est “oui”, “non”, si c’est “non” !
Quant à la 1° lecture, elle commençait par ces mots : l’amour du Christ nous saisit quand nous pensons qu’un seul est mort pour tous. A la suite de cette déclaration de Paul et de ce qu’il dit ensuite, j’ai envie de nous poser deux questions :
- 1° question : Est-ce que nous sommes vraiment saisis, bouleversés par l’amour du Christ quand nous pensons qu’il a accepté de donner sa vie pour tous les hommes ? Nous sommes sortis du temps pascal, ce temps au cours duquel nous avons justement médité sur l’amour inouï de Jésus qui a accepté de verser son sang pour sauver tous les hommes. Ne nous habituons jamais à entendre ces mots sans être saisis comme nous y invite St Paul, nous habituer conduirait très vite à l’ingratitude.
- 2° question, elle m’est suggérée par ce que Paul dit ensuite : Désormais nous ne regardons plus personne d’une manière simplement humaine. Voilà comment je comprends cette parole, c’est comme si Paul disait : nous ne pouvons plus regarder nous regarder avec un simple regard humain. Chaque personne que je regarde, quand je la regarde, il faudrait que je puisse dire : cette personne est sauvée par Jésus qui a versé son précieux sang pour elle. Evidemment, si nous le faisions, ça changerait notre regard sur elle ! Alors, sommes-nous prêts à nous regarder comme des personnes sauvées, rachetées par Jésus donc infiniment précieuses puisque Jésus a accepté de verser son sang pour nous ? Essayons, jusqu’au soir, de porter ce regard sur chaque personne rencontrée et si cette nouvelle manière de regarder les autres illumine notre 2° partie de journée, recommençons demain et les jours suivants !
Enfin le texte se terminait par cette invitation pressante : nous vous le demandons au nom du Christ, laissez-vous réconcilier avec Dieu. A travers cette invitation solennelle, Paul nous transmet le désir le plus profond du Seigneur : nous accorder l’accolade de la miséricorde. Cette accolade, le Saint Pape Jean-Paul II aimait rappeler que nul ne devait s’en trouver exclu. Le pape François l’a redit aussi sur tous les tons et sans doute que le pape Léon le redira avec son charisme propre. Nous pouvons vraiment rendre grâce parce que, dans notre sanctuaire de Laghet, la miséricorde coule à flots. J’aime bien dire aux pénitents que j’accueille que, dans l’accolade de la miséricorde, parce que nous vivons un cœur à cœur avec le Seigneur, c’est une transfusion d’amour qui se réalise.
L’amour de son cœur passe dans notre cœur et son amour est tellement puissant qu’il purifie nos cœurs des souillures du péché ; son amour est tellement bienfaisant qu’il restaure en nos cœurs tout ce que le péché a pu abimer ; son amour est tellement grand qu’il emplit nos cœurs pour que nous puissions aimer ceux qui nous entourent de l’amour même dont le Seigneur nous aime. Cet amour miséricordieux est tellement extraordinaire qu’on comprend que Paul nous supplie de nous laisser réconcilier avec le Seigneur.
C’est la grâce que nous demandons à Notre Dame de Laghet pour tous les pèlerins qui passent ici : qu’ils se laissent réconcilier avec le Seigneur pour accueillir cette transfusion d’amour.
