Avec les premiers mots de la 1° lecture, nous comprenons vite que c’est une nouvelle page de l’histoire du Peuple de Dieu qui commence et une page qui sera plus douloureuse. En ces jours-là, un nouveau roi vint au pouvoir en Égypte. Il n’avait pas connu Joseph. Joseph, nous avons lu son histoire la semaine dernière, une histoire assez tourmentée mais, qui, au final avait permis à sa famille, base du Peuple de Dieu, d’être sauvée de la famine. En effet, Joseph, vendu par ses frères avait fini par devenir le quasi 1° ministre de Pharaon, il avait donc pu, grâce à ce poste influent, répondre favorablement et sans rancune à ses frères venus chercher du blé en Egypte. La famine ne s’arrangeant pas, ils avaient tous fini par s’installer en Egypte, jouissant d’un grand respect puisqu’ils étaient la famille de Joseph, le protégé de Pharaon. Cette histoire de Joseph, on peut vraiment la résumer avec cette parole bien connue : Dieu sait écrire droit à partir des lignes tordues de nos vies puisqu’il a été capable de changer un quasi-fratricide en occasion de Salut.
Oui, mais, voilà, le Pharaon qui avait promu Joseph et protégé sa famille est mort et un nouveau Pharaon vint au pouvoir en Égypte qui n’avait pas connu Joseph. Cette phrase laisse sous-entendre que tout va changer et, de fait, la suite du texte, montre bien que tout a changé. Dans cette famille, tout le monde a fait beaucoup d’enfants et le nouveau Pharaon, qui n’a pas connu Joseph, décide de réduire ce peuple en esclavage, lui imposant des travaux très pénibles pour tenter de stopper sa fécondité. Mais rien n’y fait, même avec des travaux très pénibles, le peuple continue à se multiplier d’où la terrible décision de Pharaon : Tous les fils qui naîtront aux Hébreux, jetez-les dans le Nil. Ne laissez vivre que les filles.
En entendant cela, on aurait presque envie de poser la question : mais pourquoi Dieu a-t-il abandonné son peuple ? Dans l’histoire de Joseph, il avait pris les choses en main, pourquoi laisse-t-il faire Pharaon dans son projet d’exterminer le peuple ? Cette question est l’une des plus fondamentales que se posent les hommes : pourquoi Dieu ne fait-il rien pour empêcher le mal ? Pour tenter une réponse, il faut d’abord se rappeler que, dans l’histoire de Joseph, Dieu n’est pas intervenu pour empêcher les fils de Jacob de vendre leur frère. Le concile Vatican II l’avait affirmé, il y a une autonomie des réalités terrestres, c’est-à-dire que les hommes ne sont pas des marionnettes entre les mains de Dieu qui tirerait les ficelles, orientant l’histoire à sa guise. Il en va de même dans la suite de l’histoire des hébreux avec cette épreuve de l’Egypte.
Par contre, Dieu n’a pas regardé ce drame en restant impassible, il est intervenu au cœur de cette histoire sordide pour que d’un mal puisse jaillir du bien. Et c’est ainsi que Dieu agit de manière habituelle. Il n’a pas écrit notre histoire à l’avance pour nous éviter les problèmes en récompense si nous avons été bons ou au contraire pour nous plonger dans les problèmes si nous avons été mauvais ! Nous sommes libres d’écrire nos histoires, de vivre dans un amour qui construit ou dans un égoïsme qui détruit. Mais, jamais, Dieu ne nous regardera nous débattre dans nos problèmes sans venir à notre secours, même si nos problèmes, nous nous les sommes créés nous-mêmes. Mais ce n’est pas toujours le cas, nous pouvons aussi être victimes des problèmes que les autres nous créent. D’une manière ou d’une autre, souvent en nous envoyant des frères et sœurs bienveillants, Dieu va agir en notre faveur pour ne pas nous laisser couler. C’est ce qu’il va encore faire dans cette nouvelle page de l’histoire de son peuple, il enverra Moïse, mais n’anticipons pas, c’est pour les jours prochains !
Quelques mots sur l’Evangile ! Quand on entend ce que Jésus dit, au début du texte, on aurait envie de lui faire remarque qu’il semble se contredire. Là, il dit : Ne pensez pas que je sois venu apporter la paix sur la terre : je ne suis pas venu apporter la paix, mais le glaive. Alors que, dans l’Evangile de St Jean, il dit exactement le contraire et ce sont d’ailleurs ces paroles qu’on a retenues pour la messe et intégrées à la messe : Je vous laisse la Paix, je vous donne ma Paix, que vos cœurs ne se troublent pas. Alors, Jésus, il donne la paix comme l’annonce l’Evangile de St Jean ou il ne donne pas la paix comme le dit l’Evangile de Mathhieu ?
Eh bien, les deux ! Tout dépend de ce qu’on met sous le mot paix. Si pour nous, la paix, c’est équivalent à la tranquillité, c’est sûr que Jésus ne nous la donne pas. Suivre Jésus, c’est sûr que ça ne conduira pas à la tranquillité. Une théologienne protestante a d’ailleurs écrit un livre sur ce sujet au titre évocateur : l’intranquillité ! Jésus ne nous donne pas la tranquillité car le suivre, ça sera toujours une aventure pleine d’imprévus ! Je peux vous dire que si on m’avait dit, il y a 40 ans, quand j’ai été ordonné à Ars, qu’un jour, je serai recteur d’un sanctuaire marial dans le diocèse de Nice, ça m’aurait fait rigoler ! C’est sûr, Jésus ne laisse pas tranquille, les choix qu’il nous pousse à faire et que cet Evangile évoque ne peuvent pas nous laisser tranquilles. Et pourtant, de manière très paradoxale, pour vivre sereinement cette intranquillité, il donne sa paix !
Pour l’expliquer concrètement, j’aime bien raconter cette petite histoire que nous tenons du Saint Pape Jean XXIII, lui-même qui est venu dans ce sanctuaire, mais avant d’être pape ! Au début de son pontificat, un soir, il se couche, avec un très gros souci en tête qui l’empêche de s’endormir. Au bout d’un moment, il se dit : demain, il faut que j’en parle au pape pour voir avec lui comment on peut s’en sortir … et immédiatement, il se rappelle que c’est lui, le pape ! On pourrait imaginer que cette prise de conscience l’a terrorisé, eh bien, c’est tout l’inverse ! Il explique qu’il s’est tourné sur le côté en se disant : Angelo, tu n’es que le Pape, alors, endors-toi, ce qu’il a fait très paisiblement ! Tu n’es que le pape, voilà une belle parole qui exprime un grand acte de foi : c’est le Seigneur qui conduit son Eglise. Alors, il peut y avoir des tempêtes, le Seigneur est là ! C’est aussi vrai dans nos vies et voilà ce qui peut nous tenir en paix dans l’intranquillité quotidienne.
Par l’intercession de Notre Dame de Laghet, demandons la grâce de croire que, quelles que soient les tempêtes qui secouent nos vies, le Seigneur est avec nous, qu’il nous accompagne pour nous conduire à vivre parfaitement dans la Paix en restant unis à Lui.
