22 avril : lundi 4° semaine de Pâques : relire sa vie pour ne pas résister à l’Esprit

C’est une belle 1° lecture qui nous est donnée pour commencer notre retraite. Remarquez, je suis à peu près sûr que j’aurais pu commencer mon homélie avec ces mêmes mots quelle que soit la lecture ! En effet, quand nous faisons appel à l’Esprit-Saint, il rend toujours la Parole parlante, c’est-à-dire qu’il nous aide à voir comment la Parole peut nous parler dans l’actualité immédiate que nous vivons et, nous, cette semaine, notre actualité immédiate, c’est le début de cette retraite ! 

Nous assistons à une belle relecture des événements que l’apôtre Pierre a pu vivre et qui ont eu un impact si fort dans la vie de l’Eglise. De manière assez étonnante, notre lecture continue du livre des Actes nous a fait sauter ces chapitres qui racontaient la rencontre de Pierre avec le centurion païen Corneille qu’il finira par baptiser, ouvrant ainsi les portes de l’Eglise aux païens. Je ne veux pas trop commenter cet événement, mais je souligne juste son importance car si nous sommes là, aujourd’hui, c’est grâce à cette décision de Pierre. En effet, nous, selon la définition des Ecritures, nous sommes des païens, c’est-à-dire que nous ne sommes pas juifs et nous n’avons pas été obligés de passer par le judaïsme pour devenir chrétiens, ce qui était la règle avant que Pierre n’ait l’audace de baptiser Corneille.

Cette décision a provoqué quelques remous dans l’Eglise, tout le monde ne s’en est pas réjoui. Et c’est encore ainsi aujourd’hui, toutes les décisions qui aident l’Eglise à s’ouvrir toujours plus ne font pas que des heureux ! Mais ce qui m’intéresse, c’est de voir comment Pierre va se justifier au moment où il est attaqué par les plus conservateurs qui n’accueillent pas favorablement sa décision.

D’abord, 1° élément, Pierre ne recourt pas à un argument d’autorité en citant le règlement intérieur de l’Eglise : article 1, je suis le chef ; article 2, le chef a toujours raison ; article 3, si le chef a tort, se reporter aux articles 1 et 2 ! Pierre ne fait pas non plus un long raisonnement pour expliquer le bien-fondé de sa décision en s’appuyant sur des arguments théologiques. Il va faire une relecture des événements pour expliquer comment, du début à la fin, c’est le Seigneur qui était à la manœuvre dans toute cette histoire. Pierre veut ainsi montrer que ce n’est pas lui qui a été audacieux, mais c’est le Seigneur qui l’a conduit, poussé à prendre cette décision. Pour finir de se justifier, il prononcera cette merveilleuse parole : qui étais-je, moi, pour empêcher l’action de Dieu ? 

Une retraite, c’est toujours un temps béni pour effectuer une relecture de nos vies, c’est-à-dire pour voir comment le Seigneur est intervenu dans nos vies pour nous guider et, peut-être nous conduire là où nous n’aurions pas pensé aller. Effectuer cette relecture nous permet de voir si, à certains moments, nous n’aurions pas résisté, empêchant l’œuvre de Dieu de s’accomplir en nous ou par nous. Effectuer cette relecture nous permettra de vérifier que, lorsque nous consentons à déployer nos voiles pour avancer en prenant le souffle de l’Esprit, nous avançons bien plus vite et nous nous fatiguons beaucoup moins ! Par contre, quand nous n’en faisons qu’à notre tête, quand nous nous arcboutons sur nos convictions, peut-être légitimes, mais que le Seigneur n’est pas obligé d’épouser, nous ramons péniblement et, d’ailleurs, souvent, dans ces moments-là, nous devenons vraiment pénibles pour les autres !

Que l’Esprit-Saint nous éclaire pour que nous profitions de tous les temps de méditation de cette retraite pour entreprendre cette relecture, ou pour l’actualiser si nous avons l’habitude de faire le point chaque année. Et qu’il nous montre, avec la douceur mais aussi la fermeté qui le caractérise, si nous sommes entrés en résistance et comment redresser la barre.

L’enjeu est grand et l’Evangile nous le rappelait bien avec cette belle image du bon berger qui était déjà développée dans l’Evangile d’hier, aujourd’hui, nous ne lisons pas la suite, mais les versets qui précédaient. Avec cet Evangile, nous reprenons conscience que, celui qui, nous souffle, par l’Esprit-Saint, l’une ou l’autre suggestion pour conduire nos vies, c’est le bon berger. Lui dont il est dit : Moi, je suis la porte. Si quelqu’un entre en passant par moi, il sera sauvé ; il pourra entrer ; il pourra sortir et trouver un pâturage. Le voleur ne vient que pour voler, égorger, faire périr. Moi, je suis venu pour que les brebis aient la vie, la vie en abondance. Ces versets le montrent clairement l’enjeu, dans notre réponse, ce qui se joue, c’est notre liberté et, ultimement, notre vie.

Quand on est fidèle aux motions de l’Esprit, quand on écoute la voix du bon berger, alors, selon les mots de l’Evangile, on peut entrer, on peut sortir et trouver un pâturage. C’est-à-dire que le bon berger nous veut libres et c’est très bien exprimé dans cette double action : il veut que nous puissions entrer et il veut aussi que nous puissions sortir parce que, ce qui compte, c’est que nous trouvions notre nourriture. Mais attention, il y en a un qui cherche à brouiller les cartes, c’est l’Ennemi. Et lui, sous l’apparence de propositions alléchantes, qui ne sont, en fait, que des escroqueries, il cherche à voler, égorger, faire périr. Le discernement, à certains moments de crise dans nos vies, ne sera pas forcément facile. Pourtant il nous faudra bien faire la lumière pour savoir qui nous sommes en train d’écouter et de suivre. Dans ces moments-là, une sérieuse relecture de vie s’impose et il ne sera pas inutile de la soumettre au regard bienveillant d’une sœur ou d’un frère formé à l’art du discernement. En tout cas, gardons, gravée dans nos cœurs cette parole du bon pasteur : Moi, je suis venu pour que les brebis aient la vie, la vie en abondance. Et ne nous faisons aucune illusion, il n’y a pas de vraie vie qui ne passe par la croix, c’est-à-dire par ce choix de vivre l’amour jusqu’au bout, jusque dans les situations les plus crucifiantes.

Que cette retraite nous aide à accueillir la vie que le bon Pasteur ne cesse de vouloir nous communiquer.

Cette publication a un commentaire

  1. Adéline

    Amen ! Bon début de retraite ! 😉

Laisser un commentaire