Je suis allé plusieurs fois prêcher des retraites pour des prêtres, en Afrique, au Burundi plus précisément. Et pour l’une de ces retraites, j’avais voulu emmener avec moi la relique du cœur du curé d’Ars. Avant que le corps du curé d’Ars ne soit installé dans cette chasse qui le rend visible aux pèlerins, son cœur a été retiré pour en faire une relique qui pourrait rejoindre les prêtres dans le monde entier. De fait, elle est déjà allée dans de nombreux pays, je l’ai donc emmenée au Burundi. J’imaginais bien que ça allait me valoir de connaitre pas mal de difficultés ! J’avais toutes les autorisations nécessaires, mais je savais bien que le Grappin, comme aimait l’appeler le curé d’Ars allait essayer de me décourager pour que les prêtres du pays ne puissent pas bénéficier de l’intercession de leur saint patron. Ça n’a pas manqué, pour des raisons pratiques, j’ai dû passer par le Rwanda et j’ai été arrêté, 17h de garde à vue ! Finalement, j’ai été relâché et avec 24h de retard, j’ai pu commencer le programme et je peux attester que le curé d’Ars a fait du bon travail !
Pour la messe de clôture de chacune de ces retraites, j’ai eu l’idée de faire passer la relique entre les mains de chaque prêtre. Ce fut pour eux un moment d’émotion intense, beaucoup pleuraient quand ils l’avaient dans les mains et moi, ça me touchait beaucoup de les voir à ce point touchés ! Et ce qui m’a le plus touché, c’est de voir le geste qu’ils ont posé ; sans que je ne dise rien, chacun a posé la relique du cœur du curé d’Ars contre son cœur en reprenant une partie de la fameuse invocation au Sacré-Cœur de Jésuus, ils disaient : Saint Curé d’Ars, rendez mon cœur semblable au vôtre ! C’était vraiment émouvant de les voir avec le cœur du saint Curé d’Ars contre leur cœur et de les entendre dire avec des larmes dans la voix : Saint Curé d’Ars, rendez mon cœur semblable au vôtre ! Et de fait, c’est bien le Saint-Esprit qui avait inspiré au premier de faire ce geste et de prononcer cette parole, c’est pour cela que les autres ont enchainé et, de manière étonnante, la même chose s’est reproduite dans les retraites suivantes.
Je n’ai jamais rien lu concernant une quelconque dévotion du Saint Curé d’Ars au Sacré Cœur, mais peu importe ; conscients de son extrême pauvreté, il a dû, avec ses mots, demander sans cesse à Jésus de rendre son cœur de pauvre semblable à son cœur d’amour. ET c’est parce que cette ressemblance s’est accentuée de plus en plus, c’est parce que son cœur de pasteur a été chaque jour un peu plus configuré au cœur de l’unique grand pasteur qu’est Jésus que les prêtres du Burundi qui, eux aussi, voulaient que leur cœur soient configurés au cœur de Jésus qu’ils pouvaient, dans un raccourci saisissant, en tenant le cœur du curé d’Ars dire : Saint Curé d’Ars, rendez mon cœur semblable au vôtre ! Et les larmes qu’ils versaient montraient qu’ils vivaient, dans cette démarche, une véritable expérience spirituelle. Et cette expérience spirituelle était essentielle pour leur ministère, en effet, le cœur dans la Bible, ce n’est pas d’abord le siège des émotions mais de la décision bonne et droite, on décide avec son cœur. En demandant : Saint Curé d’Ars, rendez mon cœur semblable au vôtre, ils demandaient de pouvoir, à chaque instant, prendre des décisions justes et droites, empruntes du plus grand amour, pour devenir chaque jour un peu plus des bons pasteurs.
Je ne vous ai pas raconté tout cela pour vous faire baver d’envie, mais pour vous dire que cette expérience spirituelle, nous pouvons tous la vivre dans chaque Eucharistie. Quand nous venons communier, nous faisons une démarche encore bien plus grande que de serrer une relique contre notre cœur puisque nous recevons Jésus lui-même. Nous allons donc vivre un authentique cœur-à-cœur avec lui, l’amour de son cœur va passer dans notre cœur et plus que dans notre cœur, puisque c’est tout notre être qui va être visité. En assimilant l’hostie, notre corps diffuse vraiment l’amour de Jésus dans tout notre être, c’est un mystère d’une grandeur bouleversante. Peu importe que nous le ressentions ou pas, la communion fait son effet, l’amour de son cœur passe dans nos cœurs et dans nos corps. Même si vous ne sentez pas immédiatement l’action et les bienfaits de ce que vous mangez, en assimilant la nourriture, votre corps reçoit une énergie de vie. Ainsi en va-t-il avec l’Eucharistie et c’est pourquoi, après avoir communié, nous pouvons dire : cœur de Jésus rends mon cœur semblable au tien, pour que mes décisions, à chaque instant soient justes et droites, empruntes du plus grand amour.
Mais après avoir communié, non seulement nous pouvons dire : cœur de Jésus rends mon cœur semblable au tien, nous pourrons aussi rajouter : Jésus, rends mon regard semblable au tien, rends mes mains semblables aux tiennes, rends mes paroles semblables aux tiennes. Nous pouvons le dire puisque c’est tout notre être qui se trouve irrigué par l’amour de Jésus reçu dans l’Eucharistie, c’est donc tout notre être qui se trouvera, de communion en communion, toujours plus configuré à Jésus.
Cette fête du Sacré-Cœur est donc une invitation qui nous est faite à rendre grâce pour la chance que nous avons de pouvoir communier si souvent ; invitation aussi à reprendre conscience de tout ce qui se joue dans ce processus de configuration qui se réalise dans chaque communion. Cette fête du Sacré-Cœur est aussi une invitation à nous retourner pour voir tout ce que le Seigneur a déjà accompli en nous. Certes, pour vous comme pour moi, il reste encore beaucoup à parfaire, mais chaque communion a rendu nos cœurs un peu plus semblables au cœur de Jésus, nous a un peu plus configurés au Christ doux et humble de cœur. Ne pas le reconnaitre, serait de l’ingratitude et, plus grave encore, un manque évident de foi en la puissance transformante de l’Eucharistie. Le chemin qui reste à parcourir ne doit pas nous aveugler sur le chemin déjà parcouru.
C’est pour ce chemin parcouru au cours de ces 25 années de consécration religieuse que Sr Marie-Agathe rend grâce, aujourd’hui ; joignons-nous à son action de grâce en reconnaissant nous aussi les bienfaits du Seigneur dans nos vies. Cœur sacré de Jésus, merci pour tout ce que ta puissance transformante a déjà parfait en moi, je te fais confiance, je sais que tu continueras ton œuvre avec patience et persévérance. Cette prière, en ce jour béni, nous la faisons monter par l’intercession de Notre Dame de Laghet.

L’atout maître reste bien l’ Ars de cœur !!!!!!
Dire que j’étais hier la bas……..