7 février : samedi 4° semaine ordinaire … demander l’essentiel pour tout recevoir !

La grande saga concernant le roi David est terminée, jeudi nous avons entendu les dernières volontés de David transmises à son fils, Salomon. Hier, nous avons entendu Ben Sira, le Sage faire l’éloge de celui à qui on donnera le titre de « saint roi David », saint malgré tous ses égarements, saints parce que sanctifié par l’amour miséricordieux. Aujourd’hui, nous entrons donc dans une autre saga, celle des rois qui ont succédé à David, à commencer par son fils, Salomon. Cette saga nous occupera jusqu’au 14 février et elle nous permettra de voir comment Dieu est vraiment capable d’écrire droit avec les lignes courbes de nos vies. En effet, cette histoire de la royauté est une histoire dans laquelle peu de rois auront répondu aux attentes du peuple et encore bien moins aux attentes du Seigneur qui les avait mis à cette place. Mais, n’anticipons pas et restons avec Salomon, 3° roi d’Israël après Saül et après son père David.

Dans la 1° lecture, nous avons entendu le récit de la 1° rencontre de Salomon avec le Seigneur, dans ce sacrifice offert, dans ce sanctuaire si important de Gabaon, suivi du 1° dialogue avec le Seigneur au cours d’un songe… quel beau texte ! Dieu dit à Salomon : demande-moi ce que tu voudras et je te l’accorderai. C’est encore bien mieux que de voir un bon génie sortir d’une lampe magique parce qu’on sait très bien que les lampes magiques avec des bons génies, ça n’existe pas, alors que Dieu existe et quand il promet, il tient toujours ses promesses !

C’est alors que Salomon va faire la plus belle demande qui soit puisqu’il dit à Dieu : « Donne-moi un cœur attentif pour que je sache gouverner ton peuple et discerner le bien et le mal. » Et cette intention de prière devient donc comme un modèle pour nos prières de demande, comme pouvait déjà l’être celle du petit Samuel qui disait : parle, Seigneur, ton serviteur écoute … et non pas, comme nous, nous disons trop souvent : écoute, Seigneur, ton serviteur te parle … sous-entendu, sois obéissant à ce que je te demande ! C’est une prière aussi juste, aussi ajustée que va faire Salomon. Il accède au trône, ce qu’il demande, c’est le charisme de gouvernement : Donne-moi un cœur attentif pour que je sache gouverner ton peuple. Il y a au moins deux éléments que nous pouvons souligner dans cette demande.

  • 1° élément c’est que Salomon demande ce qui est le plus essentiel pour qu’il puisse exercer sa mission et qu’il puisse l’exercer comme Dieu le lui demande. Il n’a pas des projets en tête pour lesquels il demanderait à Dieu la force de pouvoir les accomplir. Il a été revêtu de l’onction royale pour gouverner ce peuple au nom de Dieu, eh bien, il demande à Dieu de ne jamais manquer de ce qu’on appelle « la grâce d’état ». Hier, comme aujourd’hui, tous ceux qui sont appelés par le Seigneur à accomplir une mission, reçoivent cette grâce d’état, ce don de Dieu qui leur permettra de faire ce qui, humainement, les dépasse. C’est pour rester branché sur le Seigneur et sur ce don qu’il veut nous faire en permanence que Salomon demande ce cœur attentif. Dans la Bible, le cœur, c’est le lieu qui nous permet de décider et quand on gouverne, il faut nécessairement décider. Mais, pour bien décider, pour prendre des décisions qui soient accordées à la volonté du Seigneur, il est nécessaire d’avoir ce cœur attentif, branché sur le Seigneur et pas branché sur nos désirs personnels, sur nos marottes, quand ce ne sont pas nos caprices personnels !
  • Et, à cette 1° demande, Salomon en rajoute une autre, tout aussi essentielle et complémentaire : la capacité de discerner le bien et le mal, une qualité indispensable à tous ceux qui gouvernent, que leur gouvernement soit à grande échelle ou à petite échelle. En effet, comme je l’ai dit, quand on gouverne, il faut nécessairement décider, les pires chefs sont ceux qui ne décident pas, mais encore faut-il prendre des décisions justes. Or ces décisions justes ne peuvent être prises que par ceux qui ont une conscience éclairée, capable de ne pas prendre le mal pour un bien, de ne pas faire prendre aux autres un mal qu’ils décideraient pour un bien ! Maintenant, on pourrait rajouter que l’art de bien discerner, c’est encore plus et encore plus compliqué que la simple capacité à discerner entre le bien et le mal car, souvent, le discernement qu’il faut opérer, c’est entre un bien et un mieux ! Mais, nous, nous avons plus de chance que Salomon, St Ignace nous a donné des repères précieux !

Et alors, la réaction de Dieu est merveilleuse, à la suite de cette demande de Salomon, il dit : « Puisque c’est la sagesse que tu as demandée, et non pas de longs jours, ni la richesse, ni la mort de tes ennemis, mais puisque tu as demandé le discernement, je fais ce que tu as demandé : je te donne un cœur intelligent et sage, tel que personne n’en a eu avant toi et que personne n’en aura après toi. De plus, je te donne même ce que tu n’as pas demandé, la richesse et la gloire, si bien que pendant toute ta vie tu n’auras pas d’égal parmi les rois. » Il en va toujours ainsi pour nous et Jésus le confirmera avec cette parole que nous connaissons bien : Cherchez d’abord le royaume de Dieu et sa justice, et tout cela vous sera donné par surcroît. Mt 6,33

Hélas, Salomon ne sera pas, toute sa vie, aussi brillant, c’est vrai que la sagesse qu’il obtiendra en réponse à sa demande restera très célèbre, mais son cœur ne restera pas toujours branché sur le Seigneur et la fin de son règne deviendra plus difficile aboutissant très vite à la partition du pays en deux royaumes.

En contrepoint, l’Evangile nous montre la fécondité du ministère de Jésus qui, lui, est resté, en permanence, branché sur le cœur du Père. Et vous avez bien entendu, j’ai parlé de la fécondité pas du succès parce que, Jésus, ces foules qui ne voulaient pas le lâcher, ça ne lui a jamais monté à la tête ! Il était conscient de sa responsabilité à leur égard parce qu’ils étaient comme des brebis sans berger. Du coup, il deviendra capable de réviser tous ses projets, même les plus légitimes, comme celui de se reposer un peu. Comme Jésus, il peut nous arriver de devoir renoncer à ce qui nous semble bien légitime, mais comme lui, nous expérimenterons que ce n’est pas le fait de beaucoup se donner qui fatigue le plus, mais de mal se donner, de se donner d’une manière non-ajustée. Le pape François avait très bien réfléchi cette question à partir du n°82 d’Evangelii Gaudium. Evidemment, ça ne veut pas dire qu’il ne faudra jamais se reposer !

Par l’intercession de Notre Dame de Laghet demandons que la grâce que nous soit donnée d’avoir des prières de demande ajustée et que notre manière de nous donner soit aussi réajustée.

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