Pour nous les prédicateurs, cet Evangile est comme un modèle puisqu’il nous montre Jésus en train de prêcher. Et le premier point que je veux souligner, c’est la simplicité avec laquelle Jésus s’adressait aux gens. Il n’utilisait jamais un mot compliqué, il parlait de manière vivante et percutante en s’appuyant sur des histoires qu’il aimait raconter, histoires qu’on appelle des paraboles. Ces histoires, elles étaient tirées de la vie quotidienne et si elles pouvaient paraitre un peu naïve, en fait, elles cherchaient à toucher les cœurs.
Dans la parabole d’aujourd’hui, parabole bien connue, Jésus parle d’un semeur. Parmi les auditeurs de Jésus, tout le monde avait vu un semeur en action, sans doute, même, qu’un certain nombre de ses auditeurs semaient régulièrement. Donc ils comprennent bien ce que Jésus veut dire. Oui, mais, la manière dont Jésus va raconter cette histoire va tout de suite leur faire poser deux questions. Je les énonce tout de suite et je les développerai ensuite chacune d’elle. 1° question : pourquoi ce semeur gaspille-t-il tant de semence ? 2° question : Où se fournit-il pour que la semence soit capable donner de tels rendements ?
Commençons avec la 1° question : Pourquoi ce semeur gaspille-t-il tant de semence ? Oui c’est une vraie question pour ses auditeurs parce qu’à son époque, la plupart des paysans étaient de très petits paysans, quelques moutons et un petit bout de terre où ils essayaient de faire pousser ce qui pourrait nourrir la famille. Il y avait bien quelques grands domaines, Jésus en parlera dans certaines paraboles, mais ce n’était pas la situation majoritaire. Alors, vous comprenez que, dans ces conditions, quand le paysan allait semer, il faisait extrêmement attention de ne rien perdre de la semence qui était si précieuse. Or, dans cette histoire, Jésus parle d’un semeur qui, s’il ne sème pas directement, volontairement, sur le chemin ou dans le sol pierreux ou encore dans les ronces, n’est pas très vigilant. Beaucoup de grains tombent en dehors de la bonne terre et ça ne semble pas l’inquiéter ce semeur. Peut-être même est-il content de nourrir les oiseaux du ciel et de permettre à la mauvaise terre de pouvoir, ne serait-ce qu’un moment donner du fruit.
Il est vraiment très étrange ce semeur, il ne ressemble à aucun autre semeur de l’époque ! Comme vous pouvez le constater, Jésus est un très bon narrateur, il sait piquer la curiosité de son auditoire qui ne pouvait pas échapper à cette question : mais qui est-il donc ce semeur si particulier ?
Venons-en à la 2° question : d’où vient cette semence pour être si féconde ? Les études qui ont été faites montrent que les rendements, à l’époque, étaient bien maigres : 20 grains sur un épi, c’était déjà pas mal ! Alors, quand Jésus annonce un rendement de 30, 60 et même 100, c’était absolument impensable ! Les auditeurs ont dû tous se dire, j’aimerais bien savoir où est cette coopérative qui vend des graines capables d’obtenir de tels rendements. Là encore, les talents d’orateur de Jésus sont extraordinaires.
Je ne sais pas avec quelle rapidité les auditeurs ont compris que la semence, c’était justement la Parole qu’annonçait Jésus et que le semeur, c’était donc lui. Mais, pour nous, c’est assez clair qu’il nous faut lire la parabole avec cette clé de lecture. Dès lors, on comprend pourquoi le semeur n’est pas regardant sur la semence et pourquoi cette semence porte, en elle, une fécondité invraisemblable. Du coup, vous comprenez que Jésus a raconté cette histoire pour nous inviter à devenir des semeurs qui agissent à la manière de Jésus.
Ne disons pas trop vite : inutile d’annoncer la Parole à telle personne, ça ne l’intéressera pas, son cœur n’est pas ouvert. Même un cœur ressemblant à un sol pierreux, à des ronces ou à de la rocaille peut donner un épi. Certes, cet épi ne durera pas, il ne s’épanouira pas totalement. Mais ce qui aura levé pourra venir alimenter ce qu’on appelle la mémoire spirituelle. C’est-à-dire qu’un jour, au temps favorable, cette personne se rappellera que l’espace d’un instant son cœur avait été capable de fécondité et, qui sait, ce souvenir l’encouragera peut-être à une vraie conversion pour devenir plus durablement une bonne terre qui porte de beaux fruits.
A la suite de St François d’Assise, comprenons bien que c’est là où il y a de la haine qu’il faut semer le pardon, là où il y a la discorde qu’il faut semer l’union … donc là où la terre est ingrate, c’est là qu’il faut semer la Parole. Arrêtons de toujours vouloir faire pleuvoir là où c’est déjà bien mouillé ! Faisons confiance en la puissance de la Parole du Seigneur ! Ne cherchons pas uniquement des résultats immédiats et spectaculaires, donnons sa chance à chacun et croyons que cette Parole semée finira un jour par trouver une bonne terre qui saura lui faire porter beaucoup de fruits.
Aujourd’hui, notre cœur a été particulièrement bien ensemencé par la Parole, au cours du temps de prière de guérison et au cours de cette messe, demandons, par l’intercession de Notre Dame de Laghet, de lui permettre de porter de beaux fruits.
