Ce texte que nous avons entendu en 1° lecture porte en lui une difficulté majeure particulièrement pour ceux qui découvrent la Bible et qui, courageusement, commencent une lecture continue. Ce Dieu qui punit n’est pas le Dieu dont ces personnes ont entendu le murmure d’amour au fond de leur cœur, murmure qui les a mis en route pour découvrir ou redécouvrir la foi des chrétiens. Alors qui a raison ? Est-ce l’Ecriture qui disait dans la 1° lecture : Le Seigneur envoya contre le peuple des serpents à la morsure brûlante, et beaucoup en moururent dans le peuple d’Israël ? Ou est-ce cette douce voix qu’ils ont entendue au plus intime d’eux-mêmes disant que Dieu est amour, miséricorde infinie ?
Pour comprendre, il nous faut remettre les choses en perspective ! Ce n’est pas Dieu qui parle directement quand il est écrit : Le Seigneur envoya contre le peuple des serpents à la morsure brûlante, et beaucoup en moururent dans le peuple d’Israël. Si ça avait été Dieu qui parlait, il aurait été écrit : j’ai décidé d’envoyer contre le peuple des serpents à la morsure brûlante, pour que beaucoup meurent dans le peuple d’Israël. Mais ce n’est pas ce qui est écrit ! Autrement dit, ce verset qui affirme que Dieu a envoyé des serpents à la morsure brûlante pour faire mourir, c’est le peuple qui l’a inventé. Parce que pour lui, il était clair que Dieu fonctionnait comme l’ignoble directeur du pensionnat dans le film les choristes qui ne cesse de répéter : action-réaction !
Samedi soir, je faisais un enseignement sur la miséricorde lors de la veillé de louange à Mandelieu et je suis parti du très beau verset qu’on trouve en Ex 34,6 : LE SEIGNEUR, LE SEIGNEUR, Dieu tendre et miséricordieux, lent à la colère, plein d’amour et de vérité. Là, ce ne sont pas les hommes qui parlent de Dieu, c’est lui-même qui dit qui il est. C’est donc la définition la plus assurée que nous ayons de Dieu puisque c’est lui-même qui nous la donne. Voilà qui est Dieu : tendre et miséricordieux, lent à la colère, plein d’amour et de vérité et il faut ces 5 mots que Dieu a choisis entre tous pour dire qu’il est miséricorde.
D’ailleurs dans la 1° lecture, nous avons un écho de cette miséricorde qui définit l’être-même de Dieu et son agir. C’est qu’il va montrer à Moïse en manifestant bien que ce que, lui, il envoie, c’est la guérison. Ce serpent dressé au sommet d’un mât apportera la guérison à ceux qui seront mordus. Jamais nous ne pourrons dire que le malheur et la mort viennent de Dieu. Ayant passé plusieurs années dans les Foyers de Charité, j’aime cette parole de Marthe Robin qui a connu ce qu’était la souffrance, elle aimait dire : « La douleur et la souffrance ne vient pas du ciel, mais le secours en vient, le bonheur en est. »
Il n’y avait pas besoin de Dieu pour que le peuple soit confronté à la présence de serpents, ils pullulent dans le désert. Jusque-là, parce qu’ils écoutaient la voix du Seigneur, ils avaient été épargnés parce que Dieu les conduisait par une route sûre. Mais voilà qu’ils entrent dans une phase de rébellion que le texte l’évoque avec retenue : le peuple récrimina contre Dieu et contre Moïse. Alors, c’est sûr qu’ils ne peuvent que connaître des problèmes en décidant par eux-mêmes de ce qui est bon pour eux ! Mais Dieu ne veut pas les abandonner à leur triste sort, du coup, il va donner à Moïse le mode d’emploi pour que ces morsures de serpents ne provoquent pas une hécatombe.
Mais il faut bien remarquer comment Dieu va agir. Il ne supprimera pas les serpents, en revanche, il donnera un moyen de guérison pour tous ceux qui auront été mordus. Nous, nous aimerions que Dieu puisse supprimer le mal. S’il était à l’origine du mal, il pourrait le supprimer en arrêtant de le faire. Mais comme Dieu n’est en aucune manière lié au mal, comme il n’en est pas à l’origine, il ne peut donc pas le supprimer. La toute-puissance de Dieu n’a rien à voir avec des supers pouvoirs, sa toute-puissance est une toute-puissance d’amour. C’est-à-dire qu’il peut tout mais uniquement dans les cœurs qui s’ouvrent pour de bon à lui. Pour actualiser le texte, il nous faut donc comprendre que la guerre épouvantable qui a lieu actuellement s’arrêtera non pas quand Dieu le décidera, ce n’est évidemment pas lui qui a mis le feu aux poudres ! Elle s’arrêtera donc quand ceux qui l’ont déclarée décideront de l’arrêter. Et nous pouvons prier pour que ce jour vienne le plus vite possible.
Cet épisode des serpents au désert est donc très riche d’enseignements et nous invite à revoir pas mal de nos manières de réagir spontanément quand nous attribuons à Dieu la responsabilité du mal ou quand nous lui attribuons des supers pouvoirs qu’il n’a pas. Reste qu’à un moment donné, le Seigneur a voulu marquer cette lutte contre le mal par un engagement plus personnel. Le Seigneur a compris que nous ne pourrions pas nous en sortir seuls. Alors, il a envoyé Jésus mener ce combat et remporter la victoire pour nous, c’est ce que nous célébrerons la semaine prochaine.
Désormais, plutôt que d’entretenir ce rêve illusoire de ne plus jamais être victime de la morsure du serpent, nous savons que lorsque nous sommes mordus, nous pouvons nous tourner vers celui qui a accepté d’être élevé sur le mât de la croix en disant comme nous l’avons entendu dans l’Evangile : Quand vous aurez élevé le Fils de l’homme, alors vous comprendrez que moi, JE SUIS. Ce « JE SUIS », c’est le nom même de Dieu. C’est donc sur la croix que se manifestera le mieux la Seigneurie du Christ qui est venu pour sauver les hommes. Et donc, à chaque fois, que nous nous tournons vers lui quand nous sommes mordus par le serpent, il nous sauve. C’est bien ce que nous expérimentons quand nous venons célébrer le sacrement de la réconciliation.
Par l’intercession de Notre Dame de Laghet que la grâce nous soit accordée de croire en la miséricorde infinie du Seigneur et de faire la démarche nécessaire pour la goûter !

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