15 mars : samedi 1° semaine carême … Goûtez la différence chrétienne !

Il peut arriver que nous nous demandions ou qu’on nous interroge pour savoir ce que les chrétiens ont de plus que les autres, sous-entendu en quoi ils sont meilleurs que les autres. Je ne pense pas que nous soyons toujours meilleurs que les autres et que nous ayons quelque chose de plus, de mieux, mais, ce qui est sûr, c’est que nous sommes différents.

Eh bien, cet extrait du sermon sur la montagne que nous venons d’entendre aujourd’hui, tout comme celui d’hier, d’ailleurs, nous parlent, à leur manière, de la différence chrétienne. En effet, cette différence chrétienne, on l’entend dans cette parole de Jésus qui revient comme un refrain dans cette partie du sermon sur la montagne : « vous avez appris qu’il a été dit aux anciens, et moi, je vous dis… » Jésus demande à tous ceux qui veulent devenir ses disciples de ne pas se contenter de vivre comme tout le monde, de ne pas se contenter d’appliquer les grands principes de vie ou de la loi juive. Le chrétien, il doit se reconnaître à sa manière de vivre, une manière différente d’aborder les relations avec Dieu et avec les autres. N’ayons pas peur d’assumer nos différences sans pour autant nous croire meilleurs !

Lors d’un de mes séjours au Burundi, ce petit pays d’Afrique qui connait bien des difficultés, j’avais entendu une homélie très percutante sur ce thème. Le prédicateur avait pris des exemples très ajustés à la culture de ce pays. Il expliquait : on vous a dit que dans nos cultures, il était bon de frapper sa femme pour qu’elle soit plus soumise, eh bien, écoutez Jésus quand il interdit la violence ! On vous a dit que dans nos cultures, il n’était pas bon de fréquenter, et à plus forte raison de se marier avec ceux qui ne sont pas de la même ethnie que nous, les Tutsis doivent rester entre eux et les hutus aussi, eh bien, écoutez Jésus quand il dit que tout homme est un frère et que la dignité de tout être humain est la même. Son homélie m’a vraiment fait prendre conscience de la différence chrétienne, de la nouveauté que Jésus est venu apporter.

Avant d’aller plus loin, il me semble utile de faire deux remarques importantes.

1/ Comme chrétiens, c’est précisément notre différence qui va devenir appelante. Il n’y a aucun intérêt à rejoindre un groupe s’il vit comme tous les autres groupes ! Vous connaissez peut-être la lettre à Diognète, un écrit de l’Eglise primitive. Dans cette lettre, on trouve une sorte de bilan de l’expérience chrétienne qui conclut que les chrétiens, à première vue, vivent comme tous les autres hommes. A 1° vue, mais lorsqu’on regarde de plus près, on voit de réelles différences qu’on peut résumer très rapidement en disant que les chrétiens s’efforcent ou doivent s’efforcer de rompre avec les manières du monde : soif de pouvoir, d’argent, de plaisir, entrer dans un respect inconditionnel des personnes. 

Et la lettre argumente en expliquant que ces différences permettent aux chrétiens, au cœur de la vie quotidienne qu’ils partagent avec leurs semblables, de mener un combat spirituel destiné à faire advenir le Royaume, de tout mettre en œuvre pour que le monde soit davantage en accord avec le projet de Dieu. J’aimais bien ce que disait un prêtre sociologue : quand on gomme les différences, on interdit les connivences. La différence ne sépare pas, elle permet, au contraire la communication et même la communion à condition, bien sûr, qu’on n’interprète pas ces différences en termes de de supériorité ou d’infériorité, je vais y revenir ! Quelqu’un, qui décide de devenir catéchumène se mettra en route après avoir découvert que chez les chrétiens, il y a quelque chose de différent. Il aura perçu dans la différence chrétienne, un chemin qui pourrait le conduire à une vie plus épanouie, un chemin qui pourrait le conduire à trouver la réponse à ses aspirations les plus profondes. 

2/ Maintenant, faisons bien attention, cette différence, elle ne nous rend pas supérieurs, elle nous rend autres, c’est tout. Il est bon de le rappeler dans notre société et même dans notre Eglise où, trop souvent, les différences sont interprétées en termes de supériorité. Il est ridicule de chercher à savoir si on est plus grand quand on est laïc ou quand on est prêtre, quand on est blanc de peau ou de couleur, quand on est homme ou femme ! La différence, et la différence chrétienne en particulier, ne donne aucune supériorité. Avec toutes les affaires qui ont secoué et qui ne cessent de secouer l’Eglise, nous serions bien mal placées pour oser prétendre le contraire !

Cette différence, elle ne nous invite pas non plus à constituer de petits ghettos dans lesquels nous pourrions vivre paisiblement en nous séparant de ceux qui ne nous ressemblent pas, de ceux qui ne font pas les mêmes choix que nous. 

Ces remarques étant faites, une question se pose : comment parvenir à incarner toujours et partout cette différence chrétienne ? Comment répondre à l’appel entendu dans la 1° lecture qui disait : « Aujourd’hui le Seigneur ton Dieu te commande de mettre en pratique ces décrets et ces ordonnances. Tu veilleras à les pratiquer de tout ton cœur et de toute ton âme. »

Evidemment, quand on entend ça, on prend peur : comment vais-je y arriver ? D’autant plus que Jésus, dans l’Evangile, va reformuler cette demande de manière encore plus radicale : « Vous donc, vous serez parfaits comme votre Père céleste est parfait. » En fait, cet appel de l’Evangile n’a rien à voir avec un appel à la perfection. Car la perfection restera toujours inaccessible et le désir de la perfection est la pire tentation du diable, c’est un poison terrible qui risquerait de nous enfermer dans l’orgueil, la suffisance. En nous invitant à devenir parfaits, Jésus nous invite à nous laisser parfaire, ce qui change tout ! Et celui qui nous parfait c’est l’Esprit-Saint, il a déjà bien travaillé dans nos vies mais il est loin d’avoir fini le travail, alors, jusqu’à notre dernier souffle, laissons-nous parfaire ! C’est la grâce que nous demandons par l’intercession de Notre Dame de Laghet.

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